Procès-verbal ile la noblesse, 4 décembre après midi
devaient fatalement Tentretenir. Enfin nous voyons, en face du vieil orgueil nobiliaire, se dresser l'orgueil plébéien qui était né dans le sein des parlements et des villes, s'était développé avec le sentiment de la supériorité intellectuelle et dont le but devait être l'égalité des droits *.
La noblesse, qui s'occupait depuis quelques jours de la création d'une chambre de justice, voulut inaugurer la reprise de ses rapports avec le tiers état en l'associant h la démarche qu'elle projetait. Le o décembre, les députés de la noblesse se rendirent dans la chambre du tiers et développèrent leur proposition. Les trois ordres s'entendirent pour nommer une commission mixte de trente-six membres, chargée do l'étudier. Dès le 6 décembre, cette commission tint sa première séance : il s'agissait de renouveler ce qui avait été tenté aux derniers États de Blois, en obtenant du roi la formation d'une juridiction temporaire tirée du sein des États et destinée à faire rendre gorge aux financiers enrichis. On estimait que de cette recherche il pourrait bien revenir douze millions de livres aux coffres du roi. Malgré une assez vive opposition -, le tiers état donna son adhésion à ce projet : le clergé s'y étant rallié, on se trouva d'accord en principe. Il restait à délibérer sur les conditions d'exécution et notamment sur la composition de la chambre de justice. La noblesse proposait que les juges fussent choisis parmi les députés des trois ordres. Les gens de finance de l'assemblée se montrèrent fort émus de ce projet. C'était transformer les accusateurs en juges, prolonger au delà
1. Voir ce que dit sur ce sujet Augustin Thierry, Hhtoire du tiers état. in-8». page 143.
2. Voir les motifs donnés par la minorité : Procès-verbal du tiers, 10 décembre, matin, iS^ séance.
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de son terme le mandat des députés et confondre tous les pouvoirs; mais ces objections cédèrent devant le désir d'un accord et la secrète espérance des intéressés convaincus (jue « la requête ne seroit pas accordée * ». Ainsi les trois ordres se trouvaient unanimes sur cette question. (13 décembre.)
Au même moment, la réduction des tailles inquiétait bien plus vivement les députés du tiers. C'était le caractère particulier et trop souvent l'écueil de ces trois chambres de s'intéresser h des questions différentes qu'elles discutaient séparément à leur point de vue spécial, de sorte que eha(pie assemblée voyait naître des propositions qu'elle entourait de ses prédilections, tandis qu'une autre affaire passionnait la chambre voisine. Nous en trouvons ici un frappant exeuipli'. Pendant (pu^ la noblesse multipliait hKS députations pour défench'C la chamlire de justice, le tiers état ne songeait qu'à obtenir une décharge sur les (ailles. Il fit si bien, qu'il réunit le premier l'assentiment des autres ordres et se transporta le 14 au Louvre, afin de présenter pour la seconde fois au roi la requête dont le président Jeannin avait annoncé le rejet dix jours auparavant.
La députation fut reçue par la reine mère et le roi, en présence du conseil. Au discours du lieutenant général de Saintes -, exposant la misère du peuple et la nécessité de revenir aux taux des tailles perçues en 1576, la reine répondit fi-oidement que le roi donnerait pleine satisfaction aux vceux des cahiers et qu'il soulagerait le peuple, mais elle évita d'aborder le point précis dont il s'agissait.
Le tiers état attendait avec impatience l'effet du