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Procès-verbal du clergé, 15 décembre, in fine

LE CLERGÉ ET LK TIERS 20:i

pûtes « de 110 rien traiter sur le fait de l'Eglise sans le communiquer au clergé ». Loin de faire allusion il l'artiido dont il était censé ignorer l'existence, l'orateur ajouta que ces communications devaient être de règle dans les matières spéciales à l'un des ordres; qu'ainsi la chambre du clergé avait résolu de ne rien proposer sur la justice, sans le soumettre au troisième ordre.

Le président Miron refusa assez sèchement de prendre aucun engagement, en disant qu'à des généralités on ne pouvait rien répondre île précis et qu'il attendrait une demandi' plus nette.

Le clergé se sentit blessé : il ne concevait pas comment l'attitude du tiers état avait pu se modifier en si peu de temps : pour la première f<»is, il rencontrait une raideur qu'aucun froissement direct n'avait provoquée. Aussi les députés ecclésiastiques étaient-ils fort irrités quand ils se réunirent le lundi 22. Vers la fin de la séance, une députalion du tiers fut introduite. Son orateur était chargé d'expliquer qu'aucune question de foi, de religion ou de discipline intérieure n'avait été abordée par ses collègues, que la police, les mœurs et quelques abus lui semblaient de la compétence du tiers, et qu'il ne pensait pas (jue le système des communications fût compatible avec une rapide rédaction des cahiers.

Le cardinal de Sourdis repoussa cette distinction et, quand les députés du tiers se furent retirés, une nouvelle démarche fut décidée à l'unanimité : elle fut confiée à l'évêque de Montpellier, dont le langage habile sut ébranler le troisième ordre.

Après son discours, une vive discussion s'éleva dans le sein du tiers état. Les opinions furent recueillies. 11 n'y eut que deux gouvernements qui se prononcèrent nettement contre la communication. Six

furent d"avis que tout ce qui concernait l'Église fût envoyé au clergé, et les quatre autres se rangèrent plus ou moins docilement à cette opinion * (23 décembre). La satisfaction du clergé, dès qu'il apprit cette décision, se manifesta par un échange de protestations qui pouvait faire croire à un raccommodement sincère.

Une semaine se passa sans que le tiers état pariU s'occuper de nouveau de cette question, mais on savait que le clergé n'était pas disposé à la laisser dans loubli : le 31 décembre, on annonça dans la chambre du tiers l'arrivée du cardinal du Perron, qui s'y rendait afin de combattre solennellement l'article. 11 ne venait point en la fjrme habituelle des députations : au lieu des cinq députés qui accompagnaient ordinairement les orateurs, plus de quarante prélats et abbés l'escortaient. La noblesse, qui s'était unie au clergé, avait voulu rendre sa sympathie publique en désignantdouze gentilshommes pour assister au discours du cardinal.

En un instant la nouvelle de cette démarche s'était répandue; le résultat en était attendu partout avec anxiété. La cour, qui n'était pas fâchée de voir les ordres divisés entre eux, ne souhaitait pas cependant des débats trop violents, et craignait surtout l'influence croissante du troisième ordre; le Parlement suivait cette lutte avec passion et enviait en secret le rôle du tiers état, quil aurait voulu devancer; Paris ressentait le contre-coup de ces émotions et satisfaisait sa curiosité naturelle en assistant aux diverses phases de cette querelle comme à un spectacle.

i. Contre la communication, la Champagne et la Picardie. Pour la communication, la Guyenne, la Bretagne, le Dauphiné, la Provence, Lyon et Orléans. Paris, la Bourgogne, la Normandie et le Languedoc accordèrent la communication avec des réserves. FI. Rapine, État/^ Généraux, t. XVf. 2^ partie, p. 73.

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