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FI. Rapine, États Généraux, t. XVI, 2<' partie

212 KTATS DE PARIS, 1614

consacrer exclusivement à la compilation des cahiers. En effet, pendant huit jours, il ne fut plus question de l'article. L'affaire était loin toutefois d'être complètement étouffée.

Les termes de l'évocation, qui satisfaisaient le tiers état, jetaient la plus vive agitation parmi le clergé et la noblesse, auxquels la cour avait pensé plaire. Quand ils connurent le texte de la décision royale, ils ressentirent une vive déception. La suppression, qui avait été le seul but de leurs efforts, ne leur était pas accordée. L'arrêt du conseil parlait des différends qui existaient entre les ordres, et laissait voir clairement que le clergé avait sollicité cette mesure. C'étaient, aux yeux des prélats, autant de fautes graves qui les compromettaient auprès de l'opinion publique saisie de la question et exaltée par la résistance du tiers état. Au lieu de laisser cette affaire s'endormir dans l'oubli, le clergé voulut user jusqu'au bout du pouvoir dont il disposait. Malgré les efforts d'une minorité intelligente, il fit « un grand éclat ' ». Une députation chargée des plaintes des députés ecclésiastiques fut envoyée au chajicelier pour lui demander formellement la suppression de l'article du tiers et une défense générale au Parlement de jamais traiter de matières théologiques.

Le clergé voyait une question religieuse dans une déclaration que le tiers état tenait pour essentiellement politique. Le chancelier se garda d'aborder le fond des choses : il soutint que le roi ne pouvait faire autrement, ni mieux; il promit seulement de prescrire une enquête sur la publicité donnée à l'arrêt du Parlement avant qu'il eût été signé.

1. Procès-verbal du cler^'é, 1 janvier. Voir la discussion fort curieuse entre les exaltés et les modérés.

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Après une longue discussion, le clergé jugea, le 8 janvier, qu'une telle réponse était insuffisante et se détermina à agir de nouveau auprès du roi. L'arrêt du l'arlcment comineneait à se répandre; pour échapper à révocation, les magistrats s'étaient empressés de faire imprimer et distribuer larrét. I.a noi>lesse, invitée à unir ses forces à celles du clergé, ne lui accorda son cfjucours qu'à la condition de s'associer également pour deuiander la révocation absolue de la Paulette. Ainsi l'alliance des deux ordres se faisait sous l'empire des rancunes qui agitaient en sens divers les ecclésiastiques et les gentilshommes contre une bourgeoisie reuiuante qui, sous la robe du magistrat ou à l'aide du mandat de député, attaquait leurs privilèges et ruinait leur influence.

La dépulfilion ne rapporta du Louvie ([uune réponse vague ' ; cl lorscjue le clergé se trouva de nouveau réuni, les mesures les plus graves furent proposées. La chambre du clergé ne parlait de rien moins (|ue de se retirer dc!^ États, mais elle se contenta de décider (ju'elle suspendrait ses travaux jusipià ce

1. L'audience accordée par le roi fut des ]iliis iuleressanles : l'animation du clergé était telle, que, à en croire la relation de Florimond Rapine, il menaça les membres du conseil, les magistrats du Parlement et les gens du tiers des censures ecclésiastiques s'ils ne cédaient pas de gré ou de force. Enfin le cardinal du Perron déclara (|u'il récusait pour cette question M. de Bouillon, qui était de la religion prétendue réformée. Cette récusation, i|ue justifiait parfaitement le déchaînement des passions religieuses réveillées par cette querelle, excita les discussions les plus vis'es entre le prince de Condé et le cardinal de Sourdis. Il courut même à cette époque dans Paris un mot spirituel du prélat. Vous avez la tête bien légère, disait .M. le prince. A quoi le cardinal lui repartit : Je n'irai pas chercher du plowh dans la vôtre. Ainsi la présence du roi n'empêchait pas les éclats d'une irritation qui gagnait peu à peu tous les ordres. Rapine, États Gcnernii.r, t. XVI, 2« partie, 191.

qu'une satisfaction lui eût été donnée par le roi. Quatre séances se passèrent à attendre une réponse; enfin le 14 janvier on apprit que le cardinal de Joyeuse, s'unissant aux efforts de l'assemblée, s'était transporté au Louvre, malgré sa santé chancelante, qu'il y avait vu le jeune roi, qu'il avait exercé une action sur son esprit et que cette entrevue avait eu pour résultat une conférence du cardinal avec le chancelier, Villeroy et le président Jeannin. Les effets de ces tentatives ne tardèrent pas à se faire sentir. Le 15, Marillac annonça au clergé que la cour accueillait ses demandes et que déjà, comme gage des résolutions du roi, l'imprimeur du Parloment'ètait arrêté. Le lendemain, le maréchal de Brissac vint de la part du roi confirmer ces nouvelles : l'arrêt du conseil évoquant celui du Parlement devait être envoyé, ainsi que le procès-verbal d'emprisonnement de l'imprimeur *, à tous les bailliages du royaume, pour y être enregistré et public. Quant à l'article du tiers, il n'était pas seulement évoqué, mais retiré *, et le roi engageait le clergé à lui en présenter un sur le même sujet, alin de statuer définitivement selon son avis.

1. Le procès-verbal d'arrestaLion, qui se trouve rapporté par erreur dans le procès-verbal du tiers à la séance du 7 janvier, est daté du 14. En voici le texte : « Pour obéir par moi Henri de Mesmes, sieur d'Irval, conseiller du roi en ses conseils d'État et privé, et son lieutenant civil en sa ville, prévôté et vicomte de Paris, au très-exprès commandement que nous avons reçu du roi et de la reine, de faire mettre prisonnier un nommé Pierre Métayer, qui a imprimé un écrit, intitulé : Arrêt de la cour du Parlement du 2 janvier 1613. nous avons fait prendre au corps ledit Métayer, et constitué prisonnier, es prisons du grand Gliàtelet de Paris, où il est présent; ce que nous certifions être vrai. Fait le 14 janvier 1613. Signé : Henri de Mesmes. »

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