‹ Histoire des États généraux (volume 3)Chapitre 104 sur 208 · Voici les termes dont Miron se servit · texte numérisé non relu

Voici les termes dont Miron se servit

a Quant à la noblesse, il s'y est glissé tant d'excès, tant de mépris de la justice et des juges, tant de contraventions à nos ordonnances, soit pour les duels, rencontres feintes et simulées, oppression des pauvres, détentions injustes de bénéfices, violence contre les plus foibles, et autres désordres, que quelques-uns pour leurs mauvaises mœurs donneroient tout sujet de ne les plus reconnoltre en ce degré où la vertu de leurs ancêtres les a élevés et placés, et leurs défauts propres les en peuvent à bon droit faire décheoir. Les grands privilèges dont jouissent les nobles, et les grands fiefs qu'ils possèdent, leur ont été octroyés pour leur servir d'aiguillons à la vertu, afin qu'ils fussent comme victimes dévouées au salut et au repos de l'Etat; qui en fussent des digues très puissantes contre les efforts et violences des étrangers. Aujourd'hui leurs principales actions se consomment en jeux excessifs, en débauches, en dépenses superflues, en violences publiques et particulières; monstres et prodiges de ce siècle, qui obscurcissent l'éclat et le lustre ancien de cet ordre respectable et redouté par tout le monde. » Harangue de Robert Miron. Recueil des pièces, p. 254.

souffrances. « C'est miracle, s'écria-t-il, qu'il puisse fournir à tant de demandes. Aussi s'en va-t-il accablé : la nourriture de Votre Majesté, de tout l'état ecclésiastique, de la noblesse et du tiers état est assignée sur ses bras. Sans le labeur du pauvre peuple, que valent à l'Église les dîmes, les grandes possessions? A la noblesse, leurs belles terres, leurs grands fiefs? Au tiers état, leurs maisons, leurs rentes et leurs héritages? Il faut passer plus outre. Qui donne h Votre Majesté les moyens d'entretenir la dignité royale, fournir aux dépenses nécessaires de l'État, tant dedans que dehors le royaume? Qui donne le moyen de lever les gens de guerre, que le laboureur? Les tailles, le taillon (que le peuple paye), ordonnés en France pour Tentretenement des gens de guerre, les font mettre sus, et ils ne sont pas sitôt en pied, qu'ils écorchent le pauvre peuple qui les paye; ils le traitent de telle façon, qu'ils ne laissent point de mots pour exprimer leurs cruautés. Combien ont été plus doux les passages des Sarrasins, quand on les a vus en France, que ne sont aujourd'hui les raffraîchissements dos gens de guerre !

« Les tigres, les lions et autres bêtes farouches que la nature semble avoir produits quand elle a été en colère contre les hommes, font du bien ou du moins ne font pas de mal à ceux qui les nourrissent. »

Après les plaintes venaient les menaces. « Si Votre Majesté n'y pourvoit, reprenait-il, il est à craindre que le désespoir ne fasse connoître au pauvre peuple que le soldat n'est pas autre chose que le paysan portant les armes; que le vigneron, quand il aura pris Tarquebuse, d'enclume qu'il est, ne devienne marteau... Ce n'est point la noblesse qui fait le mal, mais, si elle vouloit bien y travailler, elle en empêcheroii une grande partie, » Il passait ensuite aux

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