CONSEILS DU ROI
s'en inquiétait vivement. L'ordre sous toutes ses formes était une de ses aspirations les plus vives.
Pleins du souvenir des intrigues ourdies en d'autres temps avec les puissances étrangères dont les ambassadeurs résidant en France représentaient moins la politique que les passions envieuses ou les visées secrètes, les notables accueillirent avec enthousiasme la proposition de défendre à tout sujet du roi de communiquer avec les ambassadeurs. Laissés libres de choisir une sanction, ils réclamèrent pour toute infraction la peine réservée aux criminels de lèse-majesté.
La sécurité des mers ne les touchait pas moins et ils voulaient que, grâce à des mesures de protection, le commerce pût entrer dans une période de développement qui leur semblait indispensable à la prospérité publique. Les corsaires français, en se multipliant, attiraient sur nos navires de commerce les plus cruelles représailles; reprendre la politique de Henri IV, assurer la police des côtes, escorter au besoin dans les eaux de la France les navires sortant de nos ports, nouer enfin des relations commerciales que garantiraient des traités établissantune véritable réciprocité, voilà les avis que donnèrent sur ces divers points les notables.
Il nous reste à examiner la plus grave et la plus nouvelle des propositions soumises à l'assemblée pendant le mois de décembre 1617. 11 s'agissait d'organiser les conseils du roi. C'était certes une œuvre digne de tenter ceux auxquels elle était offerte. De toutes les institutions de la monarchie, le conseil était sans contredit la moins fixe dans sa composition, la plus variable dans sa compétence, la plus soumise aux caprices du prince, et cependant celle de toutes dont l'influence eût été la plus efficace si elle avait obéi à des règles et suivi une tradition.
20* ASSKMBLKE DES NOTABLES, i617
Autour de Louis XIII se groupaient pour le « maniement des affaires secrètes de TÉtat » les « ministres qui avoient eu cette charge sous le roi son père»; c'était à eux seuls qu'appartenait le privilège de conseiller le roi. Fallait-il maintenir ce système ou bien donner une part considérable dans les affaires publiques aux « princes et aux grands du royaume », en organisant un conseil qui serait devenu avec le temps une chambre des seigneurs? Sous une forme détournée, cette proposition contenait la question du gouvernement aristocratique et de la monarchie absolue. L'assemblée des notables craignait de voir attribuer une influence directe aux princes dont les intrigues agitaient si fréquemment le royaume; sous la régence, la France n'avait cessé de sentir les dangers dont le pouvoir était menacé par ces esprits remuants qui se mettaient en révolte pour conquérir une charge, soulevaient une province pour une querelle de cour, et se faisaient acheter sur le plus clair des revenus publics une soumission qu'ils étaient toujours prêts à désavouer.
Les ministres qui entouraient Louis XIII en 1617 n'étaient pas plus disposés que les notables à établir un grand conseil des princes. Il est aisé de découvrir, dans le texte même, leur véritable pensée : après avoir parlé du désir du roi, les rédacteurs de la proposition ajoutent « que plusieurs difficultés s'y sont jusqu'à présent rencontrées ». Le grand nombre des princes (fui prétendaient siéger, la nécessité de garder le secret, la longueur des délibérations, et le règlement presque impossible des préséances, tels étaient les motifs plus ou moins sérieux qui étaient allégués; puis aussitôt après ces objections on lisait : (( Pour ce que Sa Majesté désire qu'il soit rendu auxdits seigneurs, princes, ducs, pairs et officiers de la
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couronne, au gouvernement de l'État et maniement de ses affaires, le plus de part, d'honneur et de respect que faire se pourra, elle veut qu'il soit avisé par rassemblée, s'il se peut trouver quelqu'autre moyen plus propre, plus sûr et plus commode que celui qui est observé de présent pour la conduite des affaires secrètes, et par lequel on puisse sans intéresser l'État et préjudicier au service de Sa Majesté, satisfaire aux désirs des particuliers. »
L'assemblée, après avoir remercié le roi qui la consultait sur une des affaires les plus importantes de son État, crut « ne lui pouvoir donner un meilleur avis que de continuer l'ordre du maniement de ses affaires secrètes en la forme suivie jusqu'à présent, et par Tavis et conseil des mêmes personnes qui y sont employées * ».
A côté* de cette grave question que malheureusement les troubles du royaume et l'attitude des princes devaient faire trancher contre eux, se place une proposition relative à ce qui était alors appelé le conseil d'État et des finances et le conseil privé de Sa Majesté *.
La composition de ces conseils était la première et la plus importante question à traiter. Dans les temps où le royaume était agité, les princes avaient toujours cherché à envahir le conseil; la minorité de Louis Xlli avait vu se produire autour de la régente les mêmes désordres. Afin de satisfaire toutes les ambitions, la proposition faite aux notables consistait à diviser les conseillers en trois séries qui siégeraient chacune pendant quatre mois. L'assemblée ne jugeait pas le remède suffisant.; elle entendait que le nombre des