RÉCIT HISTORIQUE
Sommairb. — Situation de la France à la mort de Henri III, P- 69. — Paris au pouvoir de Mayenne, p. 70. — Premiers symptômes de réaction contre la Ligue, p. 71. — Élections de Paris : les politiques triomphent, p. 73. — i6 janvier ^^93 : procession de la Ligue, p. 74. — 26 janvier : séance d'ouverture au Louvre, p. 74. — Disposition des députés, P- 74. — Attitude de Henri IV et des royalistes, p. 76. — ^*"résolulion des députés et de Mayenne, p. 77. — Les États acceptent la conférence proposée par Henri IV, p. 78. — influence de l'Espagne, p. 79. — 20 avril : nomination des Commissaires à la conférence, p. 81. — Commissaires choisis par Henri IV, p. 82. — Vains efforts des Espagnols, p. 83. ■7- 29 avril : conférence de Suresnes, p. 83. — La conversion de Henri IV est promise, p. 84. — Propositions de Phi- ^^Ppe II; protestations de Mole, p. 86. — Discours de don IiUgo de Mendoza, p. 87. — Indécision des députés, p. 88. 7" Henri IV offre une trêve, p. 91. — Les ordres laïques 1 acceptent, p. 92. — Insistance des Espagnols, protestations ^^ du Vair, p. 93. — Le parlement devient le centre de la ^^sistance, p. 94. — 28 Juin : Assemblée générale des cham- "ï'ea, p. 94. — Discours de du Vair en faveur de la loi s^ique, p. 95. — Arrêt de la loi salique, p. 96. — Décision Conforme de la noblesse, p. 97. — Les Etats renoncent à êVire un roi, p. 98. — 23 juillet : abjuration de Henri IV à Saint-Denis, p. 99. — 8 août : dernière séance générale, p. 100. — Caractère des États de la Ligue, p. 101.
^u milieu de la confusion qui suivit la mort de Henri III, la pensée de convoquer les États Généraux
70 ÉTATS DK LA LIGDK
devait se présenter tout naturellement à l'esprit de seigneurs qui se trouvaient à Saint-Cloiad. InterpèlL à ce sujet, Henri IV promit formellement de réuni une assemblée dans les six mois*. Les événement de la guerre le délièrent naturellement de sa parole Ce n'étaient point des discours, mais des victoire qui pouvaient assurer la couronne au Béarnais. Soi âme était de celles qui n'hésitent point et il avai pour principe qu'en des temps si troublés il ne fal lait pas attendre les faveurs de la fortune, mai courir au-devant d'elles l'épée à la main. Il y a dan l'histoire des peuples des jours où le bon sens nationa est tellement obscurci, qu'il vaut mieux agir qu délibérer. Grâce à Dieu, ces périodes sont rares e doivent être courtes. Au lendemain de l'assassina de Henri III, il n'eût été ni raisonnable ni patrie tique de livrer les destinées de la France aux discus sions d'une assemblée qu'il n'était donné à aucui pouvoir de faire élire librement. La sagesse des poli tiques eût été infailliblement étouffée par les pas sions de la Ligue, et Henri IV aurait vu se dresse devant lui, au lieu d'une faction désorganisée, l représentation plus ou moins tumultueuse d'un» nation déchirée par la guerre civile.
A la nouvelle des assassinats de Blois, Paris avai constitué un gouvernement révolutionnaire qui fonc tionnait depuis sept mois quand Henri III mourut La plupart des grandes villes appartenaient à I Ligue. Mayenne avait été nommé lieutenant généra du royaume, en attendant les États. Il était donc fore de réunir autour de lui une assemblée nationale Il l'avait convoquée d'abord pour le 3 février 159(] puis l'avait ajournée au 20 janvier 1591. Ses irré
J. Déclaration de Henri IV en date du 3 août 1589.
EMBARRAS DK MAYENNE 7i
solutions continuelles, ainsi que les événements de la guerre, avaient également modifié le lieu de la réunion ; Melun, Orléans, Reims et Soissons avaient été tour à tour désignés. Au moment de prendre une détermination définitive, Mayenne avait craint devoir le pouvoir lui échapper, et il avait toujours reculé, espérant obtenir la toute-puissance par ses intrigues. Cependant, les Espagnols ayant menacé de lui refuser les secours qu'il implorait s'il ne réunissait pas les Ëtats pour l'élection d'un roi, le chef delà Ligue avait cédé : il avait fixé la convocation au 20 décembre 159:2, à Paris, où il comptait que les États, protégés par quarante mille bourgeois armés, seraient à l'abri du coup de main que le duc do Parme rêvait pour enlever leurs votes et assurer 'élection espagnole.
La situation de Mayenne devenait de jour en jour moins tolérable ; avec les malheurs du royaume, les sentiments des politiques s'étaient réveillés : dans le parlement de Paris, au sein de cette bourgeoisie catholique, qui était royaliste au fond du cœur, un mouvement général s'était produit vers le mois d'octobre 1592. On parlait vaguement de l'abjuration du roi : cette espérance, qui aurait porté un coup terrible à la Ligue en lui enlevant tout prétexte, suffit à provoquer plusieurs assemblées de bourgeois qui sommèrent Mayenne d'entrer en négociation pour obtenir la paix. Le parlement se joignit à ces démonstrations : il envoya Mole * pour demander au duc de traiter et d'affranchir ainsi la ville d'une famine qui commençait à la désoler.
d. Edouard Mole, né en 1558, mort en d614; il avait été contraint d'accepter en 1589, au sortir de la Bastille, le poste de procureur général, mais il demeura toujours l'ennemi des violents et des factieux.
A ces dangers intérieurs se joignait le progrès ince sant des armées royales. Le duc de Lorraine vena d'être battu, ainsi que Joyeuse; le duc de Savo était forcé d'évacuer la Provence pour se porter pr cipitamment sur Turin, menacé par Lesdiguièrei Alexandre Farnèse expirait à Arras; la fortune ( la Ligue baissait et les espérances de Philippe étaient ébranlées. Pour relever les courages, il n avait qu'une voie de salut, rétablir l'unité d'actic et placer en face du chef de la maison de Bourbe un roi élu par la nation et maître d'organiser lutte.
Au mois de décembre eurent lieu les élections partout où les plus exaltés ligueurs avaient é nommés en 1591, on se borna à confirmer les ai ciennes élections. La Ligue était alors divisée e deux partis ennemis : les plus fougueux suivaiei los inspirations de l'Kscurial, pendant que les modéri se rattachaient à Mayenne. Ces deux factions con battirent dans toutes les villes, et le choix des députa sortit de cette lutte, où l'or espagnol n'avait pas él plus épargné que les menaces.
Les députés n'arrivèrent pas à Paris avant la fi de décembre ou le commencement de janvier. L( brigues reprirent tout aussitôt. « Depuis l'arrivé de quelques membres des États, dit l'Estoile, on vo nuit et jour dans les rues de Paris les agents de prétendants à la couronne, qui les vont visiter ( briguer leurs suffrages *. » Les députés ne devaier savoir auquel entendre : on comptait au moins di (candidats : le roi d'Espagne et sa fille, quatre prince de la maison de Lorraine — Mayenne, Guise, le du de Lorraine et le marquis de Pons, — deux prince
i. Journal du règne de Henri IV, t. I, p. 27.'i.