ÉLECTIONS
de la maison de Savoie — le duc Charles-Emmanuel et le duc de Nemours *, — puis les membres catholiques de la maison de Bourbon. C'est à travers le feu croisé de toutes ces ambitions rivales que venaient se jeter les députés.
On avait ajourné au dernier moment les élections de Paris : elles eurent lieu le 16 janvier. Le clerjré nomma ses plus ardents prédicateurs, à la tête desquels se trouvait Boucher ^. Le tiers montra plus de sagesse : les politiques l'emportèrent; sur les douze députés ligueurs élus à Paris en 1591, huit survivaient en 1593. Dans les élections complé- ^ Dienlaires qui eurent lieu pour le choix de quatre députés, quatre politiques furent nommés. L'opinion de Paris s'était profondément modifiée. Les Seize avaient perdu leur prestige. On voulait la Ligue, mais à la condition qu'elle fût française. Un grand nombre de personnages influents de la bourgeoisie gardaient précieusement la foi royaliste : si la religion que professait Henri IV leur faisait éprouver des scrupules, ils ne voulaient à aucun prix que la France fût divisée ou asservie; ils regardaient comme des « factieux et des ennemis du repos public » la plupart ^68 députés que les villes avaient envoyés. Ils rappelaient tout bas les souvenirs h jamais déplorables de cette assemblée convoquée à Paris par les Anglais pour consacrer leur conquête : ils prévoyaient quelque nouvelle trahison. La défiance envers les États réunis par Mayenne était générale.
1. Charles-Emmanuel de Savoie, duc de Nemours, frère utérin du duc de Guise.
2. Jean Boucher, curé de Saint-Benoît et recteur de l'Université, n'avait cessé de prêcher la rébellion; c'était l'orateur le plus exalté et le plus inûuent de la Ligue. Vrédicaimrs de t" Ufjue, p. 461.
Ainsi une partie de la population parisieqnne la plupart des villes gémissaient en secret de l'a pression des ligueurs. Le bon sens commençait se révolter contre la violence, la raison contre 1 force. On n'était toutefois qu'au début de ce réveî 1 quand les députés se réunirent à Paris. Une grande procession fut faite le 16 janvier S et quelque^ jours après les États Généraux s'assemblèrent a Louvre ^
La première séance eut lieu le 26 janvier, dans 1 grande salle. Des cent vingt-huit députés qui avaien été élus ^, il n'y en eut que cinquante qui répondi rent ce jour-là à l'appel de leur nom. On était loi de ces grandes assemblées où le nombre des membre n'était jamais descendu au-dessous de trois cents ^ C'est en présence de ce petit groupe que le duc d^ Mayenne, entouré de toute la pompe de la royautés prononça un discours. Après lui, le cardinal de Pel- — levé *, archevêque de Reims, prit la parole pour 1^ remercier, et la session fut déclarée ouverte.
Quels étaient les mandats qu'apportaient de leur* villes ceux qui siégeaient dans la salle du Louvref Malgré la formule vague employée dans les lettres de convocation, il n'y avait pas un électeur qui ne sût qu'il s'agissait de choisir un roi. Les cahiers qui
1. Cette cérémonie prit le nom de Procession de la Ligue. La Satire Ménippée en a laissé une longue description, mais qui est peu exacte.
2. Les procès-verbaux des États de 1593 ont été publiés, eu 1842, par M. Aug. Bernard dans la collection des documents inédits. Nous renvoyons à cette publication, qui devrait servir de modèle pour toutes les sessions d'États.