TENDANCE DES DÉPUTÉS
nous ont été conservés témoignent des passions qui fermentaient dans les provinces. Les uns insistent sur la qualité de Français, voulant avant tout exclure l'Espagnol; les autres n'attaquent que les hérétiques et fauteurs d'hérésie en des termes qui écartent irrévocablement Henri de Bourbon. Quelques députés espèrent en secret l'abjuration, mais la plupart apportent aux États les passions do leurs commettants.
Les trois ordres étaient très inégalement représentés : le clergé comptait parmi les prélats des hommes dévoués corps et âme à la Ligue et, parmi les simples prêtres, quelques-uns de ces fougueux prédicateurs qui s'efforçaient d'enflammer le peuple contre le Béarnais. — A vrai dire, la noblesse figurait à peine dans rassemblée : ses membres les plus actifs et les plus brillants s'étaient rangés derrière Henri IV, et elle s'honorait en devinant la première où étaient l'avenir et le salut de la France. Quelques gentilshommes de second ordre, pressés par l'ambition de se trouver au premier rang, joints à d'autres animés d'une foi religieuse qui inspirait leur conduite politique S étaient venus aux États avec des intentions bien différentes; mais on n'y voyait aucun de ces grands noms qui rappelaient le passé de la France.
Le tiers était composé d'éléments si divers, que les historiens ont pu de bonne foi se livrer aux plus singulières contradictions. Trois groupes le formaient : les ligueurs exaltés, les partisans de la Ligue française, et un petit nombre d'esprits politiques, plus puissants par le talent que par le nombre.
1. Tels étaient Vitry et la Chastre, l'un gouverneur de Meaux, Taatre de TOrléanais.
Tels étaient les partis dont nous allons voir la lutt ^ dans le cours de la session.
La seconde séance eut lieu le 27 janvier; mais, les députés étant trop peu nombreux, on s'ajourna au 4 février. Pendant ce délai arrivèrent les députés dô Bourgogne et de Champagne. Le jour où les séances furent reprises, le légat du saint-siège, Philippe d0 Sega, vint bénir l'assemblée. Il avait désiré qu'il lui fût permis d'assister aux délibérations, mais les États repoussèrent cette proposition et il se borna à prononcer un discours.
Le lieutenant général du royaume fît ensuite une grave communication. Dans les circonstances où s© réunissait l'assemblée, l'attitude que les royalistes garderaient vis-à-vis d'elle était pour les gens sensés la plus grande préoccupation du moment. Le duc de Mayenne avait compris dès le mois de décembre qu'il fallait prendre les devants ; aussi avait-il adressé aux seigneurs catholiques qui entouraient le roi un manifeste destiné à expliquer la conduite de la Ligue : c'était un appel à l'opinion et une tentative de conciliation, puisque ce document contenait une invitation aux partisans de Henri de Bourbon d'assister aux États, afin d'y choisir le nouveau roi *.
Henri IV et les seigneurs qui l'entouraient transmirent séparément leurs réponses : le prince laissait entendre qu'il se faisait instruire dans la religion catholique, qu'il se préparait ainsi h aplanir l'obstacle qui le séparait de la Ligue française, et il terminait en déclarant d'avance nuls les États de Paris. Ses partisans répondirent franchement à l'appel du duc
1. a Pour ensemblement choisir, disait le duc de Mayenne, sans passion et sans respect de l'intérêt de qui que ce soit, le remède qu'ils jugeroient devoir être le plus utile pour la conservation de l'Kstat. »