AMBASSADE ESPAGNOL K
pourJa seconde fois son député aux États. Le clcrgcS tout en essayant « de faire une responce sans rcsponce », fut forcé de suivre le mouvement et de se joindre aux ordres laïques : il déclara seulement qu'il mettait pour condition à sa démarche l'assentiment du légat.
La réponse aurait dû être expédiée sur-le-champ, mais les difficultés d'une rédaction délicate en retardèrent indéfiniment l'envoi. D'Espinac pour le clergé, Le Maistre pour le tiers, Jeannin pour le duc de Mayenne, préparèrent des projets qui furent soumis ta États. On délibéra longuement sur la forme dci^ trois lettres, puis, quand le style eut été minutieusement examiné et corrigé, on accepta la rédaction de Jeannin. Il y avait plus de quarante jours que les députés avaient reçu la proposition de conférence. Un trompette, équipé aux frais de la ville de Paris, porta la lettre à Chartres le 9 mars.
Le même jour entrait dans Paris, quelques heures après le départ de l'envoyé des États, le duc de Féria, ambassadeur d'Espagne. C'est à Soissons qu'il avait Rencontré Mayenne : il avait appris du lieutenant gé.uéral de la Ligue les efforts des royalistes et l'ébranlement des États. Il avait aussitôt hâté son voyage, et il avait pu atteindre, dans la soirée du 9 mars, la porte Saint-Antoine, qu'il avait franchie aux flam^ beaux.
L'influence de l'Espagne dans la politique française avait pris depuis quelques années une trop grande importance pour que la présence de ce personnage pût passer inaperçue. Les États résolurent aussitôt d'envoyer une députation au duc de Féria « pour lui faire la révérence par forme de courtoisie et honesteté seulement ». Cette députation fut reçue le li mars, et l'Espagnol promit de faire connaître, en ^e texvà»'
dans le sein de rassemblée, les intentions de son maître.
Quinze jours s'écoulèrent avant que le duc de Féri8 mît à exécution sa promesse. Des difficultés de touteî sortes avaient retardé cette démarche . Gomment re cevoir l'ambassadeur d'Espagne? quel rang lui don ner? en quelle langue lui répondre? Toutes ces queS tions avaient servi de texte aux plus longs débats Enfin il fut reçu le 2 avril, avec le même cérémonie que pour la séance d'ouverture. Il présenta ses lettre de créance et fit un discours plein de morgue dan lequel il énumérait avec hauteur tous les service rendus à la France par ses maîtres : il en prenai occasion de donner aux États des conseils sur leu conduite, et sur la nécessité de choisir pour roi ui bon catholique. A part ce langage dédaigneux e protecteur, aucune allusion directe n'était faite au: prétentions de Philippe II. Le cardinal de ' Pellev répondit en montrant à son tour les services rendu par la France à l'Espagne, puis, changeant de ton il termina sa harangue par un éloge démesuré d Philippe II, qui trahissait les sympathies de l'ora teur. La séance se termina sans que les projets di Roi Catholique se fussent laissé voir. Ses partisan préféraient agir dans l'ombre et dissimuler leu plan.
Les événements allaient bientôt forcer les Espagnol à se découvrir. Pendant que le duc de Féria pronon çait sa harangue, les députés apprenaient qu'une noi velle communication des royalistes était arrivée, j peine l'ambassadeur d'Espagne s'était-il retiré, qu'oi fit sortir de la salle tous ceux qui étaient étranger aux États. Les assistants pensaient que les député voulaient délibérer sur le discours de l'ambassadeur Il n'en était rien : la majorité décida que ce suje
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serait ajourné, et que les lettres de Chartres seraient lues séance tenante. Cette résolution blessante pour l'envoyé espagnol montre combien était modifié le sentiment des États. La sympathie avec laquelle furent accueillies les réponses nous en offre une nouvelle preuve. D'après la lettre des royalistes, il ne restait plus qu'à nommer des commissaires et à rédiger les instructions qui leur seraient remises. Loin d'hésiter au moment d'accomplir une telle démarche, les députés ne cherchèrent que les moyens de rendre leur réponse plus gracieuse, offrant aux commissaires royalistes des saufs-conduits du duc de Mayenne et allant jusqu'à supprimer le titre d'États Généraux, pour ne pas éveiller les susceptibilités des princes et seigneurs, qui avaient parlé seulement des « personnages assemblés à Paris ».
Tout allait donc pour le mieux et infiniment plus vite que ne l'auraient voulu les chefs de la Ligue. Dès le milieu d'avril, les instructions étaient prêtes : conçues dans les termes les plus larges, elles ne faisaient aucune allusion au roi de Navarre *,et laissaient toute latitude aux députés qui seraient chargés de représenter les États. — Ceux-ci furent choisis le 20 avril. Presque partout les modérés l'emportèrent. Boucher échoua dans le clergé contre l'abbé de Saint- Vincent deLaon, adjoint à l'archevêque de Lyon et à l'évêquo d'Avranches. La noblesse nomma trois membres aussi conciliants qu'elle l'était elle-même. Le tiers état dé-
1. Le clergé voulut insérer dans les instructions une défense • de parler d'aucune chose concernant rétablissement du roy de Navarre, ny la reconnaissance et obéissance par lui prclendue ». La noblesse et le tiers repoussèrent cette proposition. La négociation se trouvait ainsi étendue : le clergé conipnl la faute qu'il venait de commettre et demanda le secret «urcet incident (Reg. du tiers état, ibid.^ p. 166 cl lô^V