RÉCEPTION DU CONCILE
danles *. C'est dans ce chaos que vinrent se perdre définitivement, vers la fin de juillet, les négociations avec TEspagne et les tentatives faites pour Télection d'un roi.
Les députés de la noblesse et du tiers commençaient à perdre patience. Ils avaient voté en faveur de la trêve, ils avaient ajourné et en réalité refusé les offres espagnoles. Leur tâche semblait donc accomplie. Le clergé seul, dominé par les plus exaltés, voulait retarder une dissolution qui était aussi prochaine qu'inévitable. Mayenne aurait désiré retenir à ses côtés les députés ou du moins un signe quelconque de la volonté nationale. Il leur fit promettre de demeurer assemblés.
Henri IV venait d'abjurer : des portes de Paris, on avait pu entendre le joyeux tintement des cloches de Saint-Denis, et les bourgeois admis à cette cérémonie avaient, dans la soirée du 25 juillet, répandu la nouvelle que le chef de la maison de Bourbon, l'héritier et le successeur de Henri III, était désormais catholique. C'est sous le coup de cet événement que ^ut signée la trêve.
Les dernières séances furent remplies par une proposition émanée du clergé, qui voulait obtenir la réception en France du concile de Trente. Depuis le commencement de la session, la motion avait été ^'^Ite, mais les ordres laïques avaient opposé à ce Projet toute leur force d'inertie. Au mois de juillet, ^û aurait pu croire que cette affaire hérissée de diffi* cultes serait mise de côté d'un commun accord ; mais ^6 qui aurait dû la faire oublier servit à la faire ^6vivre. Les échecs du légat sur toutes les questions
. ^' Relation d'Odet Soret, du 15 au 22 juillet. Documents médite.
100 ÉÏATS DE LA LKxUË
OÙ il s'était prononcé s'étaient tellement multiplias que les États, mis en présence d'une nouvelle demande, n'osèrent pas lui refuser cette satisfaction* (( Les assemblées, comme le dit M. Vivien, passent ordinairement d'un acte d'opposition à un acte de complaisance. L'occasion était bonne. » Aux scrupules du bas clergé, qui se préoccupait de la situation des chapitres, le légat promit l'appui de la cour de Rome; aux ordres laïques qui venaient de voter purement et simplement la réception, on permit d'iasérer dans leurs procès-verbaux une réserve en faveur des libertés de l'Église gallicane *.
La dernière assemblée générale se tint le 8 août pour célébrer la réception du concile et faire prêtai aux députés le serment de revenir à Paris à l'expira--' tion de la trêve.
Un petit nombre d'entre eux demeurèrent autouf du duc de Mayenne ; chaque ordre, en se séparant^ avait nommé à cet effet quelques-uns de ses membres. On les vit pendant l'automne se réunir souvent, non pour travailler aux affaires publiques, mais pour se partager avec une révoltante avidité l'or espagnol. A chaque distribution nouvelle, les mêmes scènes se répétaient et mettaient à nu la basse cupidité d'hommes si peu dignes de représenter la France. Au milieu de ces hontes, la pensée se reporte avec consolation sur des citoyens honnêtes, tels que du
1. La noblesse et le tiers firent en quelque sorte des restric* tions mentales. Après avoir publiquement adhéré à la récep* tion, ils résolurent que <i par articles séparés, leurs registres seroient chargés de supplier très humblement Sa Saincteté dé conserver les privilèges, franchises et immunités de TÉglise gallicane, et le Roy qu'il plairoit à Dieu donner à la France, de les garder, faire garder et observer. » Documents inédits sur l'histoire de France, ihid., p. 667. Voir, sur cette question, le chapitre des États de 1614 : Discipline ecclésiastique.
far.
SATIRE MKNIPPRE 101
Vair et Thielement, qui firent porter à l'Hôtel-Dieu, pour la nourriture des pauvres, l'argent qui leur était donné *.
Cette ombre d'assemblée se dissipa d'elle-mthne au milieu de décembre. Chaque jour avait augmenté le mépris qu'inspiraient ses délibérations : la Satire Ménippée répandue dans Paris courait de main en main. A défaut d'imprimerie, on en multipliait les copies manuscrites *. Elle avait achevé de perdre dans l'esprit d'une bourgeoisie railleuse les députés irrésolus qui composaient l'assemblée. Les contemporains rapportent que cet écrit fut le coup le plus fetal porté aux ligueurs. Les États succombèrent sous le ridicule. Parmi les députés, plusieurs étaient demeurés à Paris plus d'un an. Quand ils revinrent dans leurs villes, au lieu d'y trouver l'enthousiasme ?ui les avait accompagnés à leur départ, ils furent accueillis par l'indifférence ou le mépris. Les plus "Ounétes avaient perdu leur popularité dans le cours "® Cette session sans résultats.
Malgré la .justice de ce sentiment général h cette
époque, les Etats de 1593, indignes à tant de titres
"®^ assemblées qui les avaient précédés, ne méritent
P^s une condamnation sans réserve. Un grand nombre
^ leurs membres étaient corrompus; mais, dans un
|. • Jean L'HuilIier, prévôt des marchands et président du lei*^^ avait fait une belle réponse à ceux de ses collègues qui
. ^l^maient une dèputation afin de demander au duc de Féria
?, ï^^yement des députés : « Ce n'estoit, dit-il, aux estrangers ^^^Iretenir les Estats; on avoit toujours présumé que l'argent
^^ ^n avoit reçu provenoit de Mayenne et non des estrangers;
^®*^ ne pouvoit estre trouvé bon. » — Procès-verbal du tiers,
^» Elle ne parut imprimée qu'en 1594. La date de 1593 que Ç ^tent les premières éditions paraît inexacte, mais dès la lin ^ Vannée les copies manuscrites des di(Térents discours cir- ^*^ient dans Paris,
temps OÙ toutes les passions étaient déchaînées, ces députés, élus au milieu des violences, entourés d'intrigues, poussés à tous les excès, ne se prêtèrent à aucune des combinaisons intéressées de Mayenne et Philippe II; ils rejetèrent à quatre reprisés les propositions du roi d'Espagne, c'était là le plus grand service que pût rendre à la France une assemblée issue de la Ligue.
Ce n'est, dit-on, qu'un mérite négatif, mais quel autre pouvait-on raisonnablement attendre d'elle? Née des secousses des factions, sortie de la plus ardente d'entre elles, condamnée par son origia© à repousser Henri IV, en quelques mois elle noae des relations avec les royalistes, convient d'une suspension d'armes, conclut une trêve, et pendant ^^ temps elle repousse successivement tous les candi' dats que lui soumettent tour à tour les Espagnols ^ Mayenne, jusqu'au jour où le Parlement, prenB-^^ l'initiative hardie dont les États étaient incapable ^ paralyse d'avance toute élection et donne ainsi ^ roi le temps de prononcer cette abjuration qui dev^être le coup de mort de la Ligue. Considérée s(7^ cet aspect, l'assemblée qui s'est réunie en 1593 t^ mérite point d'attirer sur elle les reproches qui 1 ^ ont été prodigués.
Si l'on se place à un point de vue absolu, si l'on ve^ substituer une fiction à la réalité des événements, ^ est beau de rêver une assemblée française appelait de ses vœux Henri de Bourbon et le faisant mont^^ sur le trône en chassant l'étranger et en écrasan-^ les derniers frémissements des partis. Mais ce n'e^^ point ainsi que procède l'histoire. Apres trente-cinc| ans de corruption et de guerre civile, une nation ruinée, déchirée et abattue n'a point de ces élanî^ subits.
GABACTÈBE DE L'ASSEMBLÉE 103
uand on songe à quels périls la France se Irout exposée en janvier 1593 et qu'on rapproche du ractère des députés le résultat politique de la seson, on peut assurer que les États de la Ligue n*ont ié la cause directe d'aucun des malheurs de ce temps t que la lenteur même de leurs résolutions ainsi pe la publicité de leurs débats ont largement contribué à réveiller le sentiment national et à déjouer 'fis projets espagnols.
SoiiMAiRE. — Brièveté et rareté des doléances, p. 104. — Éleclî du roi, p. 105. — Hérésie et réception du Concile, p. 105. États provinciaux et généraux périodiques : vote de rimp p. 106. — Indépendance provinciale, p. 106. — Abolition la vénalité des charges, p. 106. — Exécution des délibéi tions de Blois, p. 107. — Maintien des juges consuls, p. K -- Désordre des gens de guerre, p. 107.
Les réformes qui avaient été le but principal de plupart des assemblées préoccupèrent fort peu 1 députés. Leur mission était exclusivement politiqu Assurer à la France l'unité religieuse, élire un r< constituer le gouvernement central, voilà en réal les seules pensées qui préoccupaient en 1591, comi en décembre 1592, les députés et leurs commettan En dehors de ces points principaux, il y eut bi quelques doléances, brièvement rédigées, écrites la hâte, mais on a peine à leur donner le nom cahiers, tant elles diffèrent des monuments qui p< tent ce nom.
D'ailleurs les députés se rendaient si bien comj de cette situation, qu'au moment où ils commencèn leurs travaux il ne vint à la pensée de personne d'i tamer comme à Orléans et à Blois le dépouillemi des cahiers. Il en résulte que nous n'avons pas
travail d'ensemble qui représente sur chaque question
1 opinion de la majorité des États.
Nous ne possédons que trois cahiers du tiers état
^manant de Rouen, de Troyes et de Reims. Il nous reste en outre un cahier du clergé d'Auxerre *.
Ces documents donnent une idée assez exacte de l'état des esprits. Tout en se ressentant des ardeurs de la Ligue, les doléances laissent entrevoir en même temps le fonds permanent des espérances communes à toutes les époques de notre histoire. Il y a donc deux parts à faire dans ces vœux : ce qui vient des passions religieuses et ce qui tient aux aspirations nationales. L'élection du roi était intimement liée aux préoC' cupations religieuses : Reims et Rouen demandent « qu'il soit procédé à Teslection d'un prince françoys 6t catholique, non fauteur ni adhérant aux hérétiques ». La ville de Troyes est plus explicite : elle ne SG contente pas d'indiquer les conditions, elle exclut Positivement le roi de Navarre dans les termes les plvis violents : on reconnaît là Tesprit qui anime les ^^ize. Les députés de Troyes sont prêts à se vendre *^x Espagnols.
On devine ce que peuvent être les cahiers vis-à-vis ^^ la nouvelle religion. Non seulement ils réclament 1^ destitution de tous les hérétiques possédant des ^flices, mais l'extirpation absolue de l'hérésie. La *^vreur anime d'autant plus les esprits que la Ligue se *^iît plus profondément menacée.
Au point de vue purement ecclésiastique, la récep- ^•^On du concile de Trente est presque le seul vœu ^5^ primé. (Rouen, Reims, Auxerre.) Par une déclara- ^•îon du 7 août 1593, le duc de Mayenne et les États ^^çurent les décrets du concile *.