‹ Histoire des États généraux (volume 3)Chapitre 76 sur 208 · LA NOBLESSE ET LE TIERS · texte numérisé non relu

LA NOBLESSE ET LE TIERS

parvint par son habile langage à rétablir la concorde.

Ce fut Richelieu qui remplit cette mission. Singulier ®t mémorable rapprochement! L'évéque qui joua ce ï*ôle devait plus tard, sous la pourpre de cardinal, se ïïiontrer le plus puissant adversaire de la noblesse, et ^ïi quelque sorte un des précurseurs de cette révolution dont il blâmait si fort la timide prédiction.

Savaron se justifia devant Richelieu avec autant

d'adresse que de fierté : il commença par rappeler que,

s'il avait servi le roi dans ses cours de justice depuis

vingt-cinq ans, il avait porté cinq ans auparavant les

armes, « de manière qu'il avoit le moyen de répondre

k tout le monde en l'une et l'autre profession ». Après

ce défi, il expliqua fort librement sa pensée, etTévéque

de Luçon, se déclarant satisfait, demanda seulement

qu'une démarche fût faite auprès de la noblesse pour

terminer le différend.

Cette exigence souleva un débat qui occupa toute la séance du 20 novembre. On disait avec raison qu'il fallait se borner à remercier le clergé sans aller spontanément porter à la noblesse des excuses que rien ne motivait. La majorité jugea plus habile d'agir vis-àvis des deux ordres et décida qu'un nouvel orateur, le lieutenant civil de Mesmes S se rendrait dans leur sein.

Le surlendemain 22, la députation allait partir pour la chambre de la noblesse, lorsqu'on apprit que des propos injurieux avaient été proférés par les nobles : les gentilshommes avaient dit que, pour toute satisfaction, il fallait mettre Savaron entre les mains des pages et des laquais. Aussitôt grand tumulte dans le sein de

1. Le président de Mesmes, lieutenant civil et député de Paris.

rassemblée du tiers, qui décida à runanimité que la.^ démarche n'aurait pas lieu.

Deux jours après (24 novembre), une nouvell médiation des évêques ayant calmé les esprits *^ M, de Mesmes se transporta dans la chambre de I» noblesse, mais son discours n'était pas fait pour effacerr les rancunes. Il apporta des plaintes et non des excuses- Il dit que la France était « mère commune des trois ordres » ; que TÉglise était l'aînée, la noblesse puinée et le tiers état le cadet et le dernier, « mais qu'il se rencontroit quelquefois aux familles que tels derniers relevoient les maisons que les aînés avoient ruinées * ». Le président de la noblesse protesta contre ces paroles; de Mesmes déclara à l'archevêque d'Àix qu'il ne s'en irait pas, sans avoir obtenu satisfaction, et le baron de Senecey fut forcé de désavouer celui qui avait tenu le propos sur Savaron '.

On pouvait croire le débat terminé : il n'en était rien. Avant la démarche du lieutenant civil, la noblesse s'irritait déjà de la lenteur du tiers état, qui faisait attendre ses excuses toute une semaine et ne les apportait que le dernier jour à huit heures du soir, forçant l'assemblée à demeurer en permanence. Après le discours éclata un bien autre mécontentement : on s'aperçut « que la dispute, qu'on croyoit apaisée, s'étoit plus échauffée et aigrie * ». Les membres de la chambre entourèrent le cardinal de Sourdis ainsi que les députés du clergé qui avaient conduit toute lanégocia-

1. Procès-verbal du clergé. La séance du 22 novembre fut entièrement consacrée aux efforts des prélats allant alternativement dans les deux chambres laïques pour les apaiser.

2. Procès-verbal du tiers, 24 novembre. Le procès-verbal de la noblesse cite les mêmes phrases.

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