DISCOURS DU CARDINAL DU PERRON
mesure, la chambre du clergé était prête à s'associer au tiers état.
Sans consulter rassemblée, le président Miron répondit en adressant ses remerciements au cardinal et en soutenant que le tiers état avait le droit de maintenir dans son cahier la déclaration de l'indépendance absolue de la couronne. Il fit remarquer que cet article, proposé par les personnes les moins suspectes d'hérésie, avait été voté, « non comme un article de foi, mais comme un article d'état et de police » ; qu'en de telles matières, le schisme ne pouvait naître, « parce qu'il y avoit liberté de croire d'une façon ou d'autre » ; que les députés n'avaient entendu s'occuper que d'une « loi civile destinée à régir les pays de l'obéissance du roi, et non toute la chrétienté qui est libre, selon le besoin et la nécessité du pays, de la recevoir ou de l'omettre ». Il finit sa harangue par les paroles les plus vives. « Si MM. du clergé et de la noblesse, dit-il, viennent en ce lieu pour protester le contraire, ce sera un honneur au tiers état de professer seul ce qu'il devoit faire en compagnie, voire même le dernier, ayant égard à son rang, et non à son affection. Si la question est un point de religion problématique, c'est le moindre passe-droit en fait de religion, que les sujets se portent à l'opinion la plus favorable au bien de leur maître. »
Il se refusait à altérer la substance même de l'article, tout en se déclarant prêt à modifier les expressions.
Pendant que le cardinal retournait dans la chambre du clergé porter à ses collègues le récit de cette séance, le tiers reprenait sa délibération. Les députés étaient fort mécontents de n'avoir pas été consultés par leur président : le résultat eût été le même, mais ils jugeaient que le discours du cardinal méviloit ^Vv\&
â08 ÉTATS DE PARIS, 1614
d'égards. Il y avait surtout une concession dont le tiers aurait voulu qu'on prit acte, c'était la reconnaissance que dans l'article « il n'y avoit rien contre la foi * ». Malgré la violence d'un petit groupe de députés, à la tète desquels se trouvait le lieutenant général de Saintes, on ne prit aucune résolution sur la conduite à tenir. La fin de la séance se passa en conversations.
Le 5 janvier, lorsque le tiers état se réunit, la querelle avait pris un autre caractère : le Parlement, jaloux de voir cette question s'agiter sans lui, n'avait pu résister au désir de se jeter dans la lutte .'jusqu'au discours du cardinal, il s'était contenu, mais, lorsqu'il apprit les proportions que prenait le débat, il rendit le 2 janvier un arrêt par lequel il défendait « à toutes personnes de tenir propositions contraires aux maximes de tout temps tenues en France et nées avec la couronne * », puis, après avoir défini les principes (ju'ii voulait entourer d'une telle consécration, le Parlement avait déclaré que « nulle puissance n'avoit le droit de tenir lesdites maximes pour problématiques ».
Une déclaration si formelle devait bien autrement indigner le clergé : elle avait pour effet de déplacer les rôles en mettant en présence les deux véritables adversaires que ces querelles trouvaient toujours comme champions des droits de l'Église et de l'État. A la première nouvelle de l'arrêt du Parlement, une grande députation se rendit au Louvre pour réclamer la suppression de l'article du tiers et de l'arrêt. Le cardinal du Perron fît ressortir avec force le péril d'une controverse dans laquelle presque tous les
1. Procès- verbal du tiers. Séance du 31 décembre, in fine, 2, Procès^verbàl du tiers, 5 Janvier.