‹ Histoire des États généraux (volume 3)Chapitre 94 sur 208 · Procès-verbal du tiers, du 23 janvier · texte numérisé non relu

Procès-verbal du tiers, du 23 janvier

â26 ÉTATS DE PARIS, 1614

La cour se décida enfin à faire des concessions ; quand les députés se montraient fermes, ils atteignaient toujours leur but. Un arrêt du conseil statua sur toutes les demandes du tiers : révocation d'édits, rappel de commissaires, réduction des tailles, toutes ces questions étaient successivement abordées. Les députés apprirent ce résultat sans savoir encore les termes exacts de l'arrêt; leur joie fut des plus vives.

Ce succès arrivait fort à propos : depuis quelques jours un nouveau démêlé s'était produit avec la noblesse, et le tiers état se trouvait sous le coup d'une humiliation qu'il avait hâte d'effacer. On sait que le troisième ordre était presque entièrement composé de riches bourgeois, propriétaires de charges de justice ou de finances * : les ordres privilégiés, pour jouer pièce au tiers état, faisaient grand bruit de l'incontestable nécessité d'une réduction des offices. La longue querelle au sujet du pape venait de finir, lorsqu'un faiseur de projets, comme les réunions d'États avaient toujours eu le privilège d'en attirer, vint trouver la noblesse pour lui présenter un système de remboursement général des charges : il se bornait à montrer les résultats auxquels il aboutissait, sans dévoiler son secret. Malgré ce mystère, qui aurait dû éveiller la défiance des gentilshommes, ils acceptèrent sans hésitation le projet de Beaufort : ravis de trouver une occasion d'embarrasser le tiers en le plaçant entre son intérêt personnel et le bien public, le clergé et la noblesse se mirent vite d'accord. On fit proposer au troisième ordre le remboursement des offices. Pour éclaircir le plan de ses deux adversaires, le tiers voulut connaître les moyens dont disposait riiabile homme qui prétendait faire ce prodige sans

J. Voir plus haut, page 178, note 4.

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obérer le trésor. Une commission mixte fut nommée afin d'entendre Beaufort, mais elle ne réussit pas à lui arracher les conditions pratiques de son projet.

En apprenant ce silence, une grande discussion eut lieu dans le sein du tiers. La plupart étaient convaincus que Beaufort n'était qu'un vil charlatan et ses inventions de pures chimères. Il y avait donc lieu d'écarter le projet pour ne pas en paraître dupe, mais dans le pays on commençait èi répéter que les officiers pensaient plus à leur fortune qu'à l'intérêt de l'État. N'était-il pas plus politique de continuer un examen dont l'issue ne pouvait être douteuse? Le débat s'était prolongé pendant plusieurs heures ; lorsqu'on passa au vote, il y avait partage. Cette déclaration augmenta encore le trouble, et ce ne fut pas avant le soir que la Bretagne, en se rangeant au rejet immédiat, fit prévaloir cette opinion. Les députations partirent pour annoncer ce résultat aux autres ordres, au milieu des protestations de la minorité, qui attribuait le vote à la pression des officiers intéressés et proclamait que la plus saine partie était d'avis d'examiner attentivement la proposition * (26 janvier).

La réponse du clergé et celle de la noblesse furent des plus froides. Le ton en était presque blessant. On laissait entendre que l'intérêt seul avait guidé le tiers état et qu'il trahissait la cause du peuple. Les députés sentirent vivement ces nouvelles marques de dédain.

Ce fut vers la même époque que le tiers apprit l'heureuse nouvelle de l'arrêt du conseil. Sa joie ne devait pas être de longue durée : lorsqu'il en

1. tt Une seconde conférence n'eût pas engagé la compagnie... on auroit mieux servi la cause du peuple en étudiant le projet... il y a danger enfin qu'on ne veuille prendre ce refus pour preuve d'intérêt. » Procès-verbal du tiers, 26 janvier.

connut le texte, il ressentit une cruelle déception. Dans chaque article, le commencement était fait pour contenter les députés ; « mais il y avoit sur la fin des conditions, exceptions et réserves qui détruisoient » tout le profit « qu'on en espéroit pour le peuple * ». En un mot, on y lisait beaucoup de promesses, beaucoup de phrases, mais toutes les réformes importantes étaient ajournées à la réponse des cahiers.

Autant l'espérance avait été ardente, autant fut vive l'indignation des députés. Sous le coup de l'émotion, la séance fut suspendue. Les opinions se croisaient en tous sens. On évoquait le souvenir des incidents qui auraient dû ouvrir plus d'une fois les yeux des plus aveugles. On rappelait les mauvaises dispositions du chancelier à l'égard des États Généraux, qu'il était disposé à traiter comme des parties devant un tribunal et non comme la voix même de la France '. Ne valait-il pas mieux, disait-on, se retirer dans les provinces que de demeurer davantage? Si le pouvoir faisait si peu de cas des États pendant leur réunion, que ferait-il de leurs vœux après la clôture de la session? Tout pesé, « il y avoit plus d'honneur aux députés et de profit au public, de rompre sur l'occasion d'un refus fait sur demandes que de s'en retourner étant assurés que, l'autorité des États n'étant plus, la crainte des ministres cesseroit ^ ».

Malgré cette opinion, qui était soutenue par les « plus résolus et courageux * », on se borna à décider

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