I. \vl. 1. — [nr.l'jis Imnr., l. XVI. p
Sitiialion de la noblesse en 1614.
Privilèges nohiliairef. — Usurpations, p. 75. — Auoblissemcnts, p. Ta. — Titres honorifiques, p. 77. — Bâtards, p. 78.
Rapports des seifpieiirs avec leurs vassaux, p. 70. — Droits seigneuriaux, p. 80. —Abus de pouvoir, p. 81.
Rapports avec le roi. — Ambition des nobles, p. 83. — Pages; collèges nobles, p. 86. — Commerce, p. 88. — Esprit d'indépeadance des seigneurs, p. 89. — Démolition des forteresses, p. 90. — Restitution du château d'Amboise, p. 93. — Multiplication des duels, p. 94.
Henri IV avait donné à la noblesse deux grandes satisfactions : dans la première partie de ce règne, elle avait jui se livrer à son goCit ardent pour la guerre; dans la seconde partie, les gentilshommes avaient reçu de nombreuses charges des mains du roi comme récompenses de la lidélité de leurs services.
Malheureusement, il y avait dans le sein de la noblesse un grand noinl)re d'esprits turbulents, qui ne pouvaient se plier à Torganisation d'une monarchie (»ù tous les pouvoirs étaient régulièrement cnnstitués ; ils confondaient l'obéissance et l'humiliation. Le règne glorieux du chef de la maison de Bourbon parut à ces cœurs indisciplinés un temps d'épreuve; Tordre du royaume les gênait : ils élouilaient au niilirii de cette administration régulière (|iii ne leur ollVail ni aventures, ni expéditions, ni hiilin. il (pii ne savait même pas. pour les consoler de tant d(> nionotrmie, leur donner ces touriK)is et ces fêtes rpii les avaient attirés prndanl pré< d'un siècle à la cniii- des rois.
NOBLESSK 1''>
Ainsi la nohk-ssc lV)rmait deux groupes ;'i la mort (le lli'nri IV : l'un, cuniposr surtnul de la petite noblesse, eommençant à vivre de la vie nationale, épris d'une violente ambition et décidé à la satisfaire dans l'armée et dans les carrières civiles; l'autre, composé Acfi représentants des plus anciennes familles, plein de rancunes, se rappelant sans cesse le passé pour maudire le présent, cberchait à prendre à la première (ii'casion une revanche éclatante.
Entrons maintenant dans l'examen des vœux émis par la chambre de la noblesse, dominée dans le sein des États par les esprits ralliés au roi. mais ressentant à certains jours l'inlluencc et les aspirations des plus ardents.
Privilèges nobiliaires. — Le chapitre de la iiul)lesse commençait, dans les trois cahiers, par une exposition des services que cet ordre rendait au royaume. La noblesse et le clergé, s'appuyant sur ces preuves de dévouement, sollicitaient ensuite la confirmation pure et simple des anciens privilèges; pour le tiers état, ce n'était là qu'un hommage banal qu'il faisait suivre du vœu formel que le pouvoir n'en admît pas de nouveaux (C. KJi; N. Tti, 1-24; T. 132).
Nous avons vu dans tous les temps la noblesse et le tiers état s'élever avec une égale ardeur, mais à un point de vue tout diiTérent, contre les anoblissements. Ilrnri IV. après avoir, en 151)8, fait rentrer les nouveaux nobles parmi les taillablcs, avait eu la faiblesse de vendre en 1000 des lettres de noblesse. Le commencement de la régence avait vu se développer cet abus; aussi les ordres privilégiés ne manquèrent-ils pas de protester contre l'acquisition à prix d'argent des litres de noblesse; ils réclamaient énergiquement une annulation que le tiers sollicitait dans l'intérêt de la masse des taillables; ils insistaient pour obttMiir
7() KÏATS l.T NOTAI!!. i;s, 1 Cil l - 1 (l^Ci
non scMiloincnl des mesures eoniro les usurpateurs, mais (Micdi'c unr rri'orinalion uriiri-alr de la n(»l)l('ss(', l'inslilutinii d'un syndic (du pdur Icnir un exacl registre de lous les n(d)les du Itailliai;^ cl enfin Ja créalidu d'un juge darincs, arltilre des doules ou des litiges relatifs aux titres, aux blasons r{ aux armoiries (N i»l. loi. I. ■{<>).
En 1(1:^7. la noblesse proposa un système plus (•(unplet ((ui faisait entrer tous les i^entilshommcs dans les liens dune hiérarchie militaire. Dans eliaque bailliage, un eeiiseui' des nobles devait ex<n'cer une surveillanec aetive sur les seigneurs et les gentilshommes de sa juridiction ; un tribunal d'iionneur en chaque province, composé de (piaire conseillers d(^ guerre, exercerait les mêmes attributions '. Ce v(eu ne fut suivi d'aucune mesure conforme; il aurait doum'' ;i la nidjlesse une organisation politique, cest-à-dire ce que Hichelieu, d'accoi-d avec le tiers état, lui refusait le pins (''nergiipienient.
l.e tiers ne man(|uait pas de confier à la justice ordinaire la répression des usurpations (T. 133), et pour le passé il suppliait le roi d'abolir tous les anoblissements accordés depuis la mort de Henri 11, ou tout an moins de prescrire luie enqmMe contradictoire sur la situation de lous ceux qin s'étaient soustraits depuis un demi-siècle au payement de la taille (T. 131).
Cesvo'uxne provo(pH''rent aucun ('(lit : ror(lonnanc(; de IGiî) se borna à intei'dire les usuipatiims de noblesse. Ce ne fut pas avant 1610 qu'une déclaration royale. révo(pi,inl lous les anoblissements octroyés
depuis la i 1 de Henri l\', donna aux États de lOli
une liii'n tardive satisfaction -.
1. Art. .\ cl, .\l lin c.itiier prcscnlé ]»ar la noblesse en \&21. -'. .Nov. IC'iO. Aiir. lois frt/iir., I. XVi, p. o2S.
NOBLKSSi; 77
Le second ordre voulait (juc les lelU'L'S de iiuLlcsse lussent aceordées aux plus dii:;nes et ((u'aurun olfiee ne pût de plein droit c(uitV'rer de privilèges (N. 1):2, lo8). Les gentilshommes tenaicnl \iv('inent à la conservation des prérogatives de la pairie (N. L'ii). ainsi (|u'à Texislence de l'ordre ilu Saint-Esprit, que Louis Xill promit de relever (N. SI; OnL l'Jij. Knlin la noblesse et le tiers se rencontraient pour former le Vd'u (pie les gentilshommes fussent contraints de ne point i)(^rter le nom de leur terre au préjudice de leui" iiuiu (Ir famille (T. 170: N. \)H). Témoin du désoi-drc (pic la Bruyère devait si bien llélrir à la lin du siècle ', la noblesse craignait ipic (Toiiscurs gentilshommes ou de nouveaux enrichis ne s'emparassent peu à peu des plus grands noms. Le tiers voulait simplement bannir des actes la variété des noms, qui y jetait la confusi(ui ■'. 11 fit partager ce désir au pouvoir, qui défendit sous peine de nullité aux nobles de signer dans les actes d'autre nom que celui de leui' famille (Ônl. i>l 1).
La noblesse réclamait vivement contre l'abus de certains titres honorifiques que l'usage commençait à répandre dans toutes les classes : trader de messiro tout autre qu'un gentilhomme, et de tiiadame untî femme de condition bourgeoise, choquait toutes les
1. « Si ciM-laius morts revenoient, disaif la Bniyiîrc, cl ^"ils voyoicnl /e»/'.v ç/rands nomx portns, el leurs terres les mieux titrées, avec leurs châteaux et leurs maisons antiques, possédées par des gens dont les pères étoient peut-être leurs métayers, quelle opinion pourroient-ils avoir de notre siècle? » {Dfs Biens de fortune, n° 23.)
2. Voir, sur ce motif du tiers, les réflexions de Loyseau, Traité des ordres, ch. xi, n° 51. — La noblesse en 1627 demandait, dans le même dessein, l'interdiction absolue à tout roturier d'acquérir des terres nobles sans la permission du roi. (Art. W.
78 ÉTATS KT NOTABLES, KU 1- l()2()
ri'gles (N. lO.'i . CoUo protcstalion cul un grand relentissenienl et arrêta pour quoique temps les progrès du nouvel usage. La Fontaine, en 1651), n'appelait encore sa feuimc que mademoiselle \ Nous pourrions multiplier ces exemples, qui deviennent de moins en moins fré(|uonts à mesure que nous nous approchons de la lin du sirelc.
La situation des bâtards issus de familles nobles préoccupait également les députés de la noblesse et du tiers : aux uns, la barre dans les armes semblait une satisfaction suffisante (N. i)3); aux autres, l'al»sence complète de noblesse, conformément à une déclaration de mars 1600, paraissait nécessaire dans l'intérêt du mariage (T. 171). L'ordonnance déclara c|ue les bâtards des gentilshommes ne seraient pas tenus pour nobles et que, s'ils avaient été personnellement anoblis, ils seraient forcés de placer une barre dans leurs armes et ne pourraient porter le nom de leur père que du consentement de la famille- (()rd.;2Ll).
Situation I'OLItique de la noblessi:. — Personne n'ignore la grande œuvre entreprise par Richelieu, ni comment il abaissa la noblesse ; mais ce qui est moins connu, c'est l'intluence (|ue les Etats de 1014 exercèrent sur cette politique. Entre les vœux exprimés par les organes naturels de la nation et les actes de l'homme d'État, il y a un rapport étroit qu'il importe de faire ressoi-lir.
i. Nous avons sous les yeux une lettre de La Fontaine, du l""" février lCo9, où il appelle sa femme mademoiselle. Elle a été publiée par .M. Monmerqué à la suite des Mémoires de Coulantes, p. o02.
2. La déclaration de 160U choquait tellement les principes favorables aux bâtards admis par rancieune législation, que Loyseau cherche à équivo(|iicr en faisant ressortir qu'il s'a),'it des bâtards des gentilshommes et non de ceux des seigneurs. {Trailé des ordres, cli. v. n» 03.)
Arrivé au xviif siècle, nous louclious nu lernie de la lutte que nous avons vue naître au déclin de la féodalité. La noblesse, (jui avait été attaquée depuis trois siècles par le roi et le peuple, ne peut plus l'emporter de haute lutte : elle sent qu'elle ne peut faire un pas en arrière sans perdre délinitivement son intluence matérielle. Le règne de Henri IV, en organisant l'administration, avait fortifié les barrières qui se dressaient tout autour des seigneurs : ils avaient pu alors mesurer du regard le terrain qu'ils avaient perdu. Contenus par la royauté, mal obéis par leurs sujets, ils tentèrent . sous Louis XIll, une dernière résistance que nous allons examiner sous ses diverses formes.
Rapports dos seigneurs avec leurs sujets. — Les plaintes dirigées par le tiers contre l'oppression des nobles revêtent en 161-4 un caractère particulier : elles ne s'attaquent pas seulement aux seigneurs, mais aussi aux gouverneurs de provinces ou de villes qui réunissaient sur leur tète une double qualité et joignaient volontiers à la délégation royale dont ils étaient revêtus les abus des pouvoirs féodaux. Gentilshommes et gouverneurs sont donc l'objet des mêmes doléances , comme complices des mêmes excès.
C'est ainsi que le tiers demande successivement et obtient de l'ordonnance de 1029 les défenses de lever des taxes , contributions ou impôts quelconques (T. 149; Ord. 205), de prendre sans les payer des denrées sur les habitants (T. loO). d'user des biens communaux et de les aliéner (T. 151 ; Ord. 200), d'exporter l'or et les métaux précieux (T. 152; Ord. 208). Les droits de la justice préoccupent comme toujours le tiers état, qui réclame des « défenses même aux gouverneurs et gentilshommes d'apporter aucun
MO i;TATs rr notables, KWi-l (>:!<■,
L'iiipesolieinoiil i|iii' l;i justice ur soil dislribiiéo en Idulc liberlr fl de >"inLreineltre aucunemenl au i'ail d'irelle, ni du dépaiiemeutdos tailles qu'ils laisseront libres aux habitants des paroisses... à peine d'estre déclarez perturbateurs du repos public;, privez de leurs cbart^es et d(''i<ra(lez de noblesse » (T. iri.'Ji. L'ordonnance transcrivit textuellement les termes (hi cahier (art. -209).
L'ordre public ainsi garanti, le tiers s'occupa plus particulièrement des droits seigneuriaux. Comme ;i Blois. la ju-euve des obligations féodales était toujours l'objet de la plus vive contestation; le cahier du tiers demandait : « (jue tous gentilshommes et autres ne puissent d'oresnavant faire faire aucunes corvées, gardes ou guet aux laboureurs, ou autres personnes, s'ils n'ont titre valable pour ce faire, dont ils feront apparoir aux juges des lieux dans six mois, après la publication de l'ordonnance, sous peine de déchéance de leurs droicts, et sans (ju'ils se puissent aider, pour la preuve d'iceux, de leur possession et jouissance, s'ils udut titre. Et soit ordonné dès à pr»'sent (jue les droicts de guet, gardes et corvées se prescrivent par an et jour, et ne puissent iceux droicts de garde et de guet estre exigez qu'es temps de guerre, sans le pouvoir abonner, ou convertir en taxe de deniers, ou prestation anniu'lle. Soi! encore^ enj(jint à vos juges et procureurs diidbrmer d'office des impositions qui seront faites sur les paisaus et autres, et faire réparer les offenses, sans que les ofTensez soient tenus se rendre parties, si l)on ne leinsemble. » (T. 173.)
Ain-i 1.1 nécessité d'un lilre el la pi'escri|)tion annale, tel était le doulde obstacle qu élevait le tiers, tifint l'imagination était féconde en détours pour é'clia|j|jei' ;iii service IV'odjd. Obligr's pai' le seigiu'ur
(le porter leurs blés ii son moulin, le pain à son four et le raisin ii son pressoir, les paysans faisaient entendre des plaintes qui arraehaient à l'ordonnance une disposition exigeant du gentilhomme pour l'exercice de ces droits la production d'un titre régulier (T. 175; Ord. 207).
Le clergé et le tiers sont d'accord pour protester contre l'atteinte portée par les nobles à la liberté du mariage des filles de leurs sujets, et ils insistent pour la stricte application de l'ordonnance de BloisfC. 180; T. 178). Le tiers veut que le coupable soit privé « du litre tle noblesse, des droits seigneuriaux sur les héritages desdites filles, de leurs père et mère et de tout droit de justice ».
Le tiers réclame une fixation exacte des droits de tailles et aides appartenant aux seigneurs. Il rappelle (jue les seigneurs ne peuvent les « exiger sur leurs vassaux et tenanciers sinon en cas de mariage de leur iille, chevalerie du Saint-Esprit, prise pour le service du roi et voyage d'outre-mer » (T. 17G). C'étaient les seules aides connues sous le régime féodal, mais elles étaient presque toutes tombées en désuétude. Proclamer que ces aides étaient l'unique impôt exigible, c'eût été détruire tout l'ensemble des contributions seigneuriales, multipliées depuis quelques années, à mesure que les obligations personnelles rachetées par les vassaux s'étaient transformées en taxe. Le pouvoir royal se garda bien de rompre si ouvertement en visière avec la noblesse et préféra laisser, suivant sa coutume, dans les questions délicates, la solution du problème à l'action lente et sûre dos cours de justice.
Le tiers voulait que « les laboureurs ne pussent s'obliger avec les seigneurs ou gentilshommes », et que « telles obligations fussent déclarées nulles,
82 ÉTATS F.T NOTABLES, Kil i-lC.2()
ct)iniiH' pivsurnt'es faites par force, poui- le legarcl (lesdils laboureurs seulement «. A cette rèylc, il n'y avait d'exception que pour les fermiers jusqu'à concurrence (lu lermage par eux dû (T. 180). A ce vœu qui révélait les abus de pouvoir commis sur les paysans, le clergé ajoiila le poids de son adbésion (C. 198). L'tirdonnance prononça la nullité dans les termes des doléances (art. "lH)). C'est encore aux parlenuMits et aux jurisconsultes (pic le pouvoir conliait le soin dallVancbir le paysan de l'oppression seigneuriale.
Le tiers voulait (|ue tout geidilliomnic ayant fait loger des troupes de gens de guerre ou compagnie de Bohémiens en leurs terres et seigneuries « pour travailler les habitants » soient privés de leurs terres, ipii seront réunies au domaine l'oyal , et soient dégradés de noblesse (T. 177).
A C(')té de ces graves abus, nous devons encore parler du droit de chasse, contre lequel protestait le tiers avec sa persistance habituelle. « Que les ordonnances, dit-il, sur le fait de chasse, même celles portant défenses d'avoir chi(^ii courans, et de chasser sur terres emblavées, soient estroitlement gardées et observées aux peines portées par icellcs. » (T. 179.) La noblesse répondait au tiers état en demandant « que tous droits et privilèges prétendus des habitants des villes de chasser es terres du roi soient lévoqués et cassés..., que défense soit faite à tout l'oturier de porter arquebuses, ni d'avoir chiens à chasser, ni autres qui n'ayent lis jarrets coupés, soit paysans ou bergers sous couleur de (piel(|ue oflîce que ce soit, à peine de punition corporelle, et sera la connoissance des contraventions attribuée aux capitaines des chasses » (N. lOOi. Ce fut la noblesse qui l'emporta, r<irdMiinaucf' ,ivant drlcndii a la, l(ii>- aux l'oluriers
NOBLESSK 83
« toutes sortes de i-liasses « et le pnri dr l ;ii(|iH'buse (art. 203).
Rapports de la noblesse ave le roi. — Henri lY avait toujours tenu à Tt-eart la haute noblesse : en lui conférant (juelques eliarges, il avait pris les précaulions les plus attentives. L'ordre lout entier asscniliN'en 1614 réagit contre eette <'\elusion; jamais on n'avait vu la noblesse solliciter avec une plus grande ardeur les {"onctions de toutes sortes; son ambition ne connaît pas de limites : le pouvoir, quelle (|ue soit sa forme, excite également son envie. Elle ne se conlenle plus des grades militaires dont elle a en réalité conquis le monopide, elle veut la préséance sur tous les ofiiciers du roi (N. U6), elle réclame toutes les charges de cour et s'etVorce de faire renaître le faste des Valois, qui lui convenait si bien. Elle demande le rétabissement des gentilshommes de la chambre et cette clef d'or, insigne de la lîdélité des chambellans (N, 82). Elle veut que le eorps des cent gentilshommes tpii gardaient le roi S(jit réorganisé (N. 83). Elle i-éclam.e toutes les ambassades et les états de la maison (Ui roi iN. 77). Elle supplie que le tiers des nominations dans les compagnies souveraines lui soit réservé (^N. 105). Baillis, sénéchaux, prévôts généraux, prévôts des maréchaux, grand maître îles eaux et forêts, telles sont les premières fonctions dont elle soUicile en (piL'hpic sorte le monopole '. i^a marine commençait à naître : les nobles n'admettent point (pi'une navire soit confié à un roturier (N. 129). Les olïices de tinance sont l'objet de leurs vo-ux et les trésoriers de France doivent être gentilshommes (N. 130). l-^nfin il n'est |)as jusqu'aux dignités municipales qui
1. iN. 106, 107, 118, ir.i, J::i. Vuir le inuccà-verbal de la nu- Ijlesse, p. J8."j.
84 ITATS i:T NOTABLliS, I (Il i-lf)2('.
ne coiiiinriicriil à pr(tvi)(|uor Iciir .iiiihitioii. niioUc tlistancc et qurllL' Iraiisl'orni.itiiin didûcs ciilro les liers seigneurs du douziènio siècle on lutte avec les communes et leurs descendants voulant en 1014 que « le premier consul ou maire des villes lYit pris du corps de la noblesse, à pein(^ de nullitr de l'élection » I (N. [±2..
En l():2(i, les anil)itinns sont les inènics. La noblesse s'étend sur sa misère et l'ait le taliii'aii de sa propre décadence. Nous supplierons le roi, disaient les députés, « de croire qu'elle est au plus pitoyable état fju'elle fut jamais, et (]iril nmis seroit mal aise de représenter sans larmes la pauvreté qui l'accable, l'oisiveté qui la rend vicieuse, et l'oppression qui l'a presque réduite au désespoir. Nous en attribuons la cause au mélange des races nobles avec les roturières, aux insolentes et trop efTrénées ambitions d'aucuns de leur ordre du siècle passe, qui. ayant diminué la bienveillance et accru la défiance des rois en leur endroit, les auroient portés h. croire (]u"il falloit en abaisser la puissance par l'élévation du tiers état, et par l'exclusion des charges et dignités dont ils avoient peut-être abusé. Depuis ce temps-là, Sire, étant déchus, nous avons été privés de l'administration de la justice, des finances et de vos conseils, au dernier desquels ' il semble toutefois que Votre Majesté a dessein de nous rétablir-. »
Aucune de ces prétentions exclusives ne fut sanctionnée par le pouvoir, (pii était tout disposé à satisfaire la légitime ambition des gentilshommes, mais non point à leur (•(nir(''nT un dr(til absolu (|iii aurait
1. Ce vœu timide s'apiiliquo au conseil des tinances eL des parties. — Cahier de la noblesse, art. XIV.
2. l'réamhule du cahier de la noblesse. 1621. Étals Généraux, t. XVIII, I». ;juo.
NOBLKSSK 8.')
privé la royniilr do Iniit moyoïi di^ rrconipon^rT libroniont les services.
Une seule concession fut accordée aux Vd'ux de la noblesse et du clergé : rordiuinance pi-escrivil la nomination de deux genlil>liniiiiii('s eu (|u;dil(' de conseillers dans chafiue parlement (C. 1(57 *: Ord. :iOl).
La noblesse voulait en même temps relrvi-r les fonctions des baillis, qui avaient absolunn ni pei-du leurs attributions judiciaires. Elle implore pour ces niafi;istrals, naguère les seuls agents du pouvoir judiciaire, la faculté « d'assister, si bon leur semble, et présider à Taudience tant aux bailliages qu'au présidial et à la chambre du conseil, au jugement des procès, d'y avoir voix délibérative, et de prononcer, s'il leur plait, h faute de quoi faire, leurs lieutenants prononceront par ces mots : M. le bailly ordoune » (N. l-4i). Voilà à quelles prières en étaient réduits sous Louis XIII les défenseurs des baillis I
La noblesse entendait ressaisir à la fois les titres, les fonctions et les faveurs; à propos des pensions accordées sur le ti'ésor royal, il est impossible de laisser voir [)lus clairement ce but : après avoir demandé que le rr)i distribue lui-même les dons, le cahier réclame une diminution générale des pensions et pour celles que reçoit le tiers état une suppression absolue (N. \)^i, 111, 112). C'est ainsi que la noblesse répondait au vœu du tiers qui avait réclamé, pour jouer pièce aux gentilshommes, l'abolition de toutes les pensions.
En échange de tant de faveurs et de privilèges, la noblesse reconnaissait qu'elle devait au roi le service militaire et elle entendait (|uc les gentilshommes dussent y consai'rei' leur \ ic loid cidière. A kmte
i. N. [&21, Xll.
se. KT.VTS ET NOTAHLKS, 1 1'> I î - I (■.2ri
é|)(i(|iic ils devaient <Hro pnHs à partir. « Que tout p;enlilhuinine, purlt^ le rallier, au-dessus de (juiazc cents livres de rente, sera obligé d'avoir un cheval de scrvi(;e. des armes complètes et de se rendre en état près des gouverneurs et sénéchaux, pour être par eux conduit où les Commandements de Votre Majesté l'ordonneront en une pressante nécessité; qu'à cet effet les gouverneurs des provinces, lieutenants généraux ou capitaines des places feront faire visite à ce (ju'il n'y ait aucune contravention à cette ordonnance '. »
La nolilessc vouait ses enfants au métier des armes et dés leur plus jeune Age elle les confiait au roi; elle lui demandait de se charger de ses fils et d'augmenter dans une large proportion le nombre des i)ages dont l'éducation appartiendrait au iJi'ince (N. 8i>.
A la suite de l'assemblée de 16:20, la noblesse supplia le roi « de faire établir en chaque province des cdlléges militaires pour l'institution de la jeune noblesse, depuis la douzième année jusqu'à la dix-septième, dans lesquels les enfants des pauvres gentilshommes soient élevés en la connoissance de Dieu, nourris, entretenus et instruits aux lois et ordonnances de la guerre, aux exercices du corps, autant ([u'il sera besoin pour l'usage d'un soldat, et que l'on y dresse leurs esprits selon la force et le talent (piils auront de la nature, aux parties des mathémati(pu's servans à la guerre, à l'histoire morale, et porteront lesdits collèges le nom de Votre Majesté sans que nul y puisse être reçu, soit pour chef ou gouverneur, que p<»ni' écolier, sinon parle choix et provision de Votre Majesté sur l'attestation de leur nol)lesse - ».
Ce vo'u rui'-riti'rait l,i pkis entière appriiJKition si le
1. Nol)ll■s^c. ir.21, arl. Mil. État^ Généraux, l. Wlll, p. JUd