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SUU LA
La situation de la noblesse du xivc au xvn" siècle nous présente l'exacte contre-partie du gouvernement contrai pendant la même période : au développement réijulici' de la puissance royale correspond une (h'cadence également rapide des institutions féodales. A côté du pouvoir qui sélève, nous voyons un pouvoir qui décline : dans les deux sens, la marche est semblable, les progrès sont les mêmes.
Dans le sein des États, où nous allons la suivre, la noblesse cherche incessamment à retarder sa décadence, lente de retenir les privilèges qui lui échappent et s'ellorce de ressaisir le pouvoir ([u'elle a connu.
11 est très difficile de tracer la part qui revient à la noblesse dans les grandes ordonnances issues des États du roi Jean. Unie aux réformateurs, la noblesse s'éloi.una d'eux dès que les violences r<(inuif'ncèrent. Si un petit groupe voulut donner la i-ouionne au roi de Navarre, la masse demeura lidèle au Daupiiiu, dont elle entendait limiter mais non renverser la puissance. Ainsi, malgré les fautes de queb|ues-uns i\o «t's membres. <a eonduile fut r(iiisl;uiiiiieiil modéré».'.
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l^a longue anar("hi<' du i'(\i;iic de Charles VI. les misères tle l'invasion suivie i\i' la di'livraneo nationale, nionlrèrent tour à Idur les aniliiliims remuantes et le l'ouraiïé personnel des .nenlilsliommes. Quand eonimenea la réaction i"(»yale, Charles VII n<^ se snuvini plus que de hmrs |)rétenlii)ns : il les priva à la fois du droit de lever d<'s troupes et des tailles et prépai-a le règne de Louis XI, ipii devait achever de les dominer et de les ahaftre.
C'est aux Ktats de Tours que nous retrouvons la noblesse, à peine délivrée du joug (pi'elle portait depuis quarante ans. La transformation s'est faite : ceux qui parlent en son nom senddent prêts à éehane,er les vestiges des droits féodaux contre l'autorité que donnent les charges militaires et le conseil du roi. L'expérience récente d'un despotisme tourné contre elle, loin de l'avoir rejetéc vers le passé, semhle lui avoir fait entrevoir le rêve d'une monarchie (prelle entoui-era de ses conseils et qu'elle limitei-a par son contrôle. Philippe Pot est un de ses orateurs. Commynes, seigneur d'Argenton, siège dans le conseil de régence. La théorie du gouvernement royal tempéré par les lois et par l'expression régulière de la volonté nationale est défendue parles gentilshommes, qui se réunissent chaque jour aux gens du tiers poui' délibérer en commun et rédiger d'accord leurs cahiers de doléances. Il y a donc à la lin du xv" et au commencement du XVI" siècle un apaisement, une sorte de trêve entre les classes; heureuse période pendant laquelle un p(uivoir habile aurait pu fonder en France, avec le concours de tous les (U'dres, un gouvei-nement mixte tel que la nation le souhaitait I
Malheureusement une suite de rois devait anéantir cette première tentative de conciliation. François I'"' et Henri 11 reiidiient à in noblesse ses espérances et
NOULKSSF, 2!;'i
•ion t)rtiiieil. l^o^ Klals (^()^l|■•all■^ virent se rallmncr une lutte qu'un (lemi-sietlf dt- préfV-renees et de laveiw's avait préparée. La noblesse, accusée par le fiers ('lat. ne cherche pas à nier ses violences; elle soutient, il est vrai, lu légitimité de sun droit, elle défend les souvenirs du passé ; mais, en réalité, ce qui la préoccupe, c'est de se faire une place dans l'organisation qui naît autour d'elle. A Orléans, à Bluis. à Rouen, aux Ktats de Paris, son but est i<ientif(ue. Klle veut d'abord entourer le roi, ne permettre qu'aux gentilshommes de le conseiller, de le servir ou de le défendre. Elle veut ensuite arracher le pouvoir au tiers qui s'en est emparé : siéger dans les parlements, gouverner les provinces, occuper les bailliages, remplir toutes les charges militaires, obtenir les dignités épiscopales, voilà dans tfjules les carrières les espérances de son insatiable anil>ition. Elle ne se contente pas de disputer la puissance publifjue à ceux qui en sont revêtus; elle veut obtenir pour elle-même une sorte de monopole qui constitue à son profit une nouvelle féodalité, non plus composée de fiefs, mais d'offices et de charges. .\vec ce désir immodéré d'honneurs, ce besoin d'action, de bruit et d'éclat, les pas- >ions s'exaltent ; le goût de la domination que les gentilshommes tiennent de leur naissance même se développe et l'orgueil de race s'accroît à chaque session. Loin de se rapprocher de la masse de la nation, il semble que la noblesse s'en détache peu à peu jusqu'au jour où. laissée à sa propre inspiration, entre la mort de Henri IV et l'avènement de Richelieu, elle laisse échapper les derniers éclats de sa colère contre les entreprises heureuses du tiers état.
Henri IV s'efforça pendant son régne d'employer au protit de lÉtnt l'ardeur de la noblesse : il eut lart de s.- <rrvir de felte aiiiliilinii et de ne se point
2 le» ui:siMi';s gi':n'i':raux
laisser dominoi' par nllc IJicliclini alla clicrcliri' plus loin SCS cxciiiplrs : il l'cpril en (pichpic smic l'iL'uvro tli' Louis XI, sans repousser les nobles ipii étaient prêts à se courber devant le roi.
En résumé, il faut l'aire deux parts des vn'ux de la noblesse : les uns, favorables au passé qu'elle voulait faire renaître, écbouèrent devant la volonté coalisée de la nation et du roi; les autres, destinés à la faire pénétrer dans les fonctions publiipu's, buvMit souvent accueillis. (^Inujue sessifni d'ivliits. de iriGDà Kil'i, est pour les seif:;neurs féodaux une nouvelle défaite. Pour ceux (}ui se livrent au souverain et acceptent francbement les conditions du jj;ouv(>rnement central, cliacpu' session est un profrrès.
Entre la rébellion et la servitude, on ne vit pas se former une classe supérieure, imb' pendante et lidéle, qui aurait sans cesse rappelé au roi << les vieilles formes du royaume » et qui aurait assiu'é sans secousse les transformations de l'axenii-. Pour le malbeur de notre histoire, b^s seiij;neurs, en cessant de dominer, devinrent courtisans. Les antichambres et les ruelles recueillirent les liabitants des châteaux forts rasés par Richelieu. La noblesse, qui n'avait jamais joué comme ordre qu'un rôle secondaire, abdi<pia de plus en plus, sans (îomprendre qu'elle rendait inévitable l'avènement plus ou moins proeliaiu des lioniines aiix(piels elle abandonnait en qU(d([Ue sorte le privilège de ractiviii' intelleeluelle
et sociale '.
1. Un inslant, elle panil dcviniT le paili (j\i'elle poiirrail tirer des assemblées périoilifiues. Voir, à la fin de ce veininc, l'Api'KNDir.E B. Note snr la tentative de \C)'\\.
INFLUENCE
DES
SUIl
i;01lGAXISÂTI0X ET L.V DISCIPLINE DE L'AI{MÉE
Au xiY" sircle, il n'y avait pas onfioro d'arméo permanento; à vrai dire, il n'existait niènic pas d'oriiianisalion niilitairr. Le liaii et rarrirrc-han cdiivocpirs par \o suzerain, ([ui n'avait le droit de les retenir sous les armes que pendant quelques jours, étaient la seule force régulière dont le roi de France pût disposer. Le pouvoir royal sentit bientôt eonihien était précaire un secours que le caprice des seigneurs pouvait si vite retourner contre lui. Sous l'empire de cette crainte, les compagnies soldées se multiplièrent : eng.agées à prix d'argent poui- la durée (ruue expédition, elles vinrent s'ajouter aux forces en déclin de la hiérarchie féodale.
Telle était pendant la guerre de Cent ans la composition de nos troupes. I^es premiers Etats influèrenl peu sur l'organisation militaire. Se confiant à l'initiative royale, ils confirmèrent simplement ses décisions. Cependant nous distinguons dès celle è|ni(|iie une ré;ie|i(tii de l;i masse de la nalimi cniilre les
218 RKSUMKS GÉNÉRAUX
armoos soignoiirinlos : les désaslros dr ('i-écy cl irAzinoùiirt étaionl altril)ii(''s ii lanU'ur iimnodérét' des chevaliers, celui de Poitiers avait servi de prétexte aux plus violentes attaques. Les bourgeois auraient évidemment souhaité une organisation plus forte, mettant dans les mains du jiouvoir central une milice plus exercée et mieux disciplinée. Quoi (|u'il en soit, les députés ne tentèrent rien jusqu'au jour où Charles YII triomphant leur soumit à Orléans If plan (piil avait conçu.
Les seigneurs dépouillés du droit d'armer leurs vassaux, le roi seul maître de lever et de réunir les gens d'armes, voilà la double réforme que les victoires du prince lui permeti aient de proposer aux Ktats de 1439. De ce jour l'armt'c royale était créée.
Cette transformation fut profondément populaire : l'abaissement des seigneurs déchus de leurs droits excita lenthousiasme national. Il fallut plus de ([uarante années pour qu'on discernât le danger de ce nouveau système. C'est aux Étals de Tours qu'appartient l'honneur davoir protesté les premiers contre l'exagération des armées permanentes. Ils admeltaient l)ien l'existence d'un noyau autour du(iucl viendraient au moment du danger se grouper les ressources extraordinaires; mais, au delà de ces limites, un état militaire trop considérable leur semblait à la fois une cause de ruine et mu^ tentation pi'rilleuse pour la royauté en quête d'aventures. L'organisation mixte que défendait le tiers état ne prévalut point. Les guerres d'Italie absorbèrent bientôt l'attention de la France : la royauté en prolita piuir développer ses armées, répudiant en même temps l'élément féodal en décadence et l'élément national que l'opinion publique aurait voulu y introduire.
Lu ioOO, l'armée i-oyale avail l'ait de grands pro-
ORCANISATION liT DlSCII'LINi; l)i: LAIlMKK iW*
uTi's: lt>s n''i;imonls vonauMif d'èlro ivooniincnl erres, l^es hJlats dOrléans el cotix ([ni los suivirent s'ocmipèrcnt peu de l'organisa linii militaire. La noblesse demandait que tous les i;ia(l<- lui fussent réservés. Le liers iin[)iorait timidenicnl iiin' li'duction des eadres, uiais aueune réforme ii,(Miérale ne l'ut tentée. Les nota- Itles de Rouen s'en remirent au génie du prince (\u\ \ euait de conquérir la France. Outre la cliarge de connétahje dont ils réclamèrent hautement la suppi-ession, les Ktats de KJIi demandèrent laltolition île la vénalité et une organisation [t\u< régulière. La main tle fer de Richelieu allait bientôt i-éaliser ces vœux et préparer l'armée aux réformes qui devaient la placer si haut à la lin du siècle.
(Jiioi qu'il en soit, les modiiications introduites au point de vue de la composition des troupes sont fort insiguifinntes. Il n'en fut pas de mémo de la discif)line.
Depuis les Ktats du roi Jean jusqu'en KVli. les cahiers et les ordonnances contienneni à toutes les époques le plus douloureux tableau i\o> désordres des gens de giu^rre. Pendant trois siècles et demi, ils ont été le tléau des canqjagnes. Les grandes compagnies traversant la France à la fin du xiV siècle et laissant derrière elles une longue trace de sang el de feu ne sont que l'avant-eoureur des calamités qui signalèrent la dernière moitié de la guerre de Cent ans. L'horreur de l'oppression féodale est ilépassée par la terreur (|ue cause l'approche des compagnies. (Qu'elles appai'liennent à l'un ou à l'autre parti, les désordres sont les mêmes. La création de l'armée royale amena quelques progrès, mais le xvi*" siècli- vil se renouveler les mêmes maux.
Les compagnies ineomidètes, les passe-volants nudliplianl tictivi-nienl le nombre des hommes, les ea|ii-
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t aines drldiirnanl. la xildo. les yens ilarnies mal payés, les déplacements de troupes donnant aux soldats débandés l'occasion tlf vivre sur \r itaysan, les exactions et les crinu.'s ini|iiinis, voilà en quclciues mots le thème invariable des doléances. A ces excès, les députés opposaient une série de mesures si éclairées que, lorsqu'on voulut dans la suite établir une solide organisation, on se Ixirna à les transcrire. Un contrôle sévère des revues et des payements, un règlement sur les étapes, la création d'un corps d'intendance sous le nom de commissaires des guerres furent dus à Henri IV et à Richelieu, qui ne firent en cela ({n'exécuter le vceu général des Etats (lénéraux et des notables.
L'action des assemblées se nutntra donc en celte matière énergique et féconde. Les députés déployèrent surtout cette faculté d'organisation qiii a toujours été une des premières qualités du tiers élal. Réagir contre le désordre, substituer la règle à l'anarchie, tel fut partout son but. On peut assurer «[ue de 1560 à 10:21) ses v(eux n'ont été étrangers à aucune des réformes.
Pourquoi notre pays, au uiilit-u duciuel élaicuL ut'-s de si bonne heure les États (jénéraux, a-t-il dû attendre einq siècles avant de voir les assemblées dt'-lil)érantes devenir une des institutions du gouverm-ment? Sur qui doit retomber la responsabilité d'uu retard si fatal à Texpérience politique des Français?
Telle est la (piestion que nous sommes l'atalement amené à nous [toser, en parvenant au terme de ce travail.
Quand les responsabilités s'étendent sur une idu- ,ixue suite de siècles, elles se partagent à l'intlui. Cependant, au milieu de cette triste accumulation de fautes, nous pouvons distinguer celles qui appartiennent à la royauté et celles qui pèsent sur la nation.
Pleins du souvenir d'Ktienne Marcel, les rois ont toujours considéré les Ktats Généraux comme leurs plus redoutables adversaires; ne les ayant jamais convoqués de bonne grâce, mais s<»us l'empire d'une nécessité dont ils gémissaient comme d'une faiblesse, ils se sont toujours trouvés dès les premières délibérations en lutte avec les députés. Pénétrée de la tradition impériale que les juristes avaient puisée dans le droit romain, la royauté française n'a compris (\u'a de rares intervalles ce (|u'elle g;ign;)il
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;i vive <Mi coiiiiminicnlioii iixcc ses siijrls. (h'muMl- Ifusr et j.ilousc (le ses droits. rWc nvail (levant les yeux je no sais ((ucl rêve de jj,raiul('ui' aiitiijiie qui s'accomnKîdait mal avec la libre délibération. Elle songeait trop à sa proiire puissance et pas assez à la prospérité rc(dle du pays, ou plutôt elle avait identifié ces deux h iiues au point de confondre les intérêts de la patrie et ceux du trc'me dans un prodigieux égoïsme dont Louis XIV devait être le plus illustre représentant.
I>a nation voulait exercer une iniluencc directe sur les allaires de IKtat. Le roi aurait cru uuuKjuer aux serments du sacre en ne relenanl pas intacte entre ses mains la plénitude de la toute-puissance. Voilà linéhranlable conviction (pii se dressait devant les députés quand ils se réunissaient pleins dai-deur pour réformer l'État! Voilà l'opposition de niaxinu's et de vues qui devait soulever fatalement un eoiillil entre deux principes si contraires! Comment s'étonnei" dès lors de la lutte ((ui naissait entre les députés et le conseil du roi, des moyens aux(|uels recourait l'impatience du prince, des délais et des ruses, des tromperies et des artifices qui abusaient les membres des États jus(prau jour oii, trouvant la salle des séances démeubli''e nu close, ils ouvraient les yeux et maudissaient leur trop longue confiance!
Ainsi, la royauté a une part considérable dans l'insuccès immédiat des sessions d'Ktats; il ne faut pas cependant exagéi'er l'iuipoi-taiice de son action : elle n'est après tout que le premier des coupables. Sur la noblesse et le tiers doivent peser devant Ibistoire de lourdes r(^<ponsabilitl'•s.
La noblesse française sétail trouvée investie, au x*-' siècle, d'un di-oit absolu sur les terres et sur les hommes; elle avait exerce une tyrannie d'autant plus
iiil(ik'i"al)le quelle était plus voisine de ceux (|u"ello écrasait. Il était arrivé un jouroù lesoppriniésavaient tenté de secouer le joug. Les eoniuiunes et la hourgeoisie étaient issues de cette réaction, .\iiisi le liers était né avec une passion ([ui Taisait partie de sa nature. Loin de saiTaiblir avec le temps, elle demeura aussi vivace après six siècles qu'au miunenl où il luttait contre la servitude. Toute son histoire poliliipie se résume en une seule pensée : l'abaissement de la noblesse. Le tiers y consacre toutes ses forces : pour effacer les traces de son esclavage, il se courbe devant le despotisme royal. 11 imploi-e son alliance, sans eu débattre le prix, et, ((uand il vient siéger dans les assemblées nationales, il met au service de sa liaimî le pouvoir (jui lui est accordé.
Que faisait de son côté la noblesse? Kssayait-elle par une conduite loyale de faire oublier les rancunes qu'elle avait soulevées? Nullement. Elle se tenait à Técart. mécontente des réformes, ne vivant (jue pour les armes, et ne participant à la vie nationale que par un goût ardent de la guerre, et le sentiment de la grandeur extérieure de la France. Quand les États Ciiénéraux rapprochaient les deux ordres, l'animosité des bourgeois se réveillait au contact des prétentions des gentilshommes. Privilèges ab(dis dont les seigneurs demandaient le rétablissement, exemption de l'impôt dont ils se targuaient, juridictions seigneuriales dont ils revendi([uai('nt les droits, organisation militaire (ju'ils voulaient dominei", prescjue toutes les (|uestions faisaient naitre la lutte entre les deux ordres et renouvelaient l'irritation du tiers état.
Quelquefois cependant ils se renconlrèi-ent dans les mêmes souhaits, mais des principes tout différents les inspiraient. La noblesse, qui avait un profond mépris pour les roturiers.se montrait mécontente du roi
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parce qu'il les soutenait. (Juand elle deniamlait la périodicité des Etats, c'est le i)ouvoir royal (ju'eile voulait battre eu brèche; quand elle réclamait les libertés que soutenait le tiers, c'était presque toujours sous la forme d'un privilège, tant les gentilshommes se rendaient peu compte de l'égalité des droits.
Leur âme contenait un singulier mélange de présomption et de générosité. Suivant le courant qui emportait la nation, les cahiers nous montrent les défauts fui les qualités de la noblesse. Avant Richelieu et Louis XIV, Louis XI fut le seul roi qui sut les abaisser, mais les guerres d'Italie et le souvenir glorieux du sang versé pour la France leur rendirent bientôt cette hauteur dédaigneuse qui semblait s'accroître d'assemblée en assemblée, jusqu'aux Etats de iCH, où l'on vit ressortir, dans leurs querelles avec le tiers, toute l'insolence de leur morgue. Leur vanité croissait avec le déclin de leur pouvoir.
Ainsi, l'attitude de la floblesse fut une des causes les plus sensibles de l'échec des États (îénéraux de France. Tout autre l'ut la conduite de la noblesse anglaise. Dès l'oritrine elle s'était unie à la foule du l)euple pour attaquer la royaulé : elle avait pris la tète du mouvement et elle avait entraîné les communes à l'assaut de la puissance royale. En France, les seigneurs, maîtres du sol, alors que la royauté était faible, furent naturellement le point de mire des haines et des réactions populaires : ce fut à l'assaut de la féodalité que le roi conduisit le peuple. Tandis qu'en AngleteiTe les barruis protégeaient les communes contre l'arbitraire du souverain, en France le roi protégeait les bourgeois contre l'oppression des seigneurs. En Angleterre, les communes étaient dévouées aux barons; en France, les bourgeois tenaient le roi poiu" leur di'-t'enseur.
CONCLUSION 22o
Mais, dans ce icraiicl insuccès thinl nuiis reclierciions les niotils, (juelle est la pari du tiers état? Nous avons vu les entraînements de la royanli' ('-prise du pouvoir absolu, nous venons de montrer l'orgueil de la noblesse déplorant la chute de la féodalité, arrivons à cette bourgeoisie française qui avait dans le cœur le sentiment de ses maux, sans se rendre un compte précis du remède. Il ne s'agit point ici de juger le tiers dans le développement complet de son histoire, mais son attitude dans le sein des États. Rien n'est plus différent. Pendant (jue la nation, depuis l'affranchissement des communes jusqu'à la Révolution, s'avance sans dévier de sa route vers l'égalité civile, le tiers étal dans le sein des assemblées nationales tente timidement ses premiers pas vers la liberté politique. Son expérience marche d'accord avec sa passion dominante. Adroit et ferme dans sa lutte séculaire contre la noblesse, il est faible et inhabile quand il s'agit de contrôler le pouvoir royal. Une seule fois il voulut être courageux et.il se montra téméraire : il pensait réformer, et il s'aperçut qu'il avait mené la France aux abîmes. Son ardeur, qui avait besoin d"èlre entretenue, fut glacée par ce premier échec : dans la suite il lui arriva de refuser les droits qui lui étaient laissés. Trois minorités lui offrirent d'admirables occasions de limiter la puissance du prince ; il les laissa échapper, non pai- indifférence, mais par je ne sais quelle lenteur dans la décision qui donna toujours le temps au pouvoir de clore l'assemblée avant que l'autorité défi Ktats se fût développée. Cette faiblesse du tiers a deux causes : la rareté des sessions et la f(jrme des Etats Généraux.
Il faut de longues années pour quun corps ou une compagnie arrive au complet développement de sa force. Quand il s'agit du rôle du tiers, on se montre