‹ Histoire des États-Généraux (volume 4)Chapitre 69 sur 134 · Ui INFLUENCF DES ÉTATS · texte numérisé non relu

Ui INFLUENCF DES ÉTATS

ou s'acc(''h"'ro suivant uno loi mysir-riouse dont Dieu seul a le secret. Il arrive même (juc le but semble parfois s'éloigner; ee sont là les temps d'épreuve : périodes douloureuses d'angoisses et de doute dans lesquelles l'àme in(|uiètc a besoin de tourner ses regards en arrière et de demander eonseil aux générations écoulées! A ces époques ténébreuses, l'bistoire est à la fois une étude et une diversion! Qu'elle soil mille fois bénie, quand elle est nne force et un encouragement! quand elle nous apprend qu'avant nous nos pères ont plus longtemps gémi, (ju'ils ont plus douloureusement soufï'ert, sans que le but si souvent entrevu et si vaillamment poursuivi ait échappé à leur courage.

Le grand mal de notre temps, c'est ral)attement : l'illusion et l'impatience l'ont également produit. Nous avons cru trop tôt que notre pays avait atteint le terme de ses destinées : nous nous sommes trop vite irrités (le ses échecs.

Du xii" au w'ii'' siècle, la France a vu un grand fait s'accomplii' : l.i destruction du [loiivoir féodal et l'abaissement de la noblesse; cinq siècles y avaient contribué; la nation était née et avait grandi au milieu de cette lutte ipie nulle génération n'avait désertée. Sous TefTort d'une grande oppression, les Français s'étaient montrés capables d'une grande suite. Richelieu et Louis XIV marquent le terme de ces ardeurs nationales : désormais la noblesse n'a plus de pouvoir, la royauté l'a écrasée et l'a privée de toute autorité dans l'État. Le roi a tout concentré sur sa tète. Le peuple qui n'a vu jusqu'ici <{u'un ennemi, la noblesse, s'aperçoit ([uc la domination vient de ce roi qu'il avait toujours eu pour allié. Il se sent abandonné et s'in- • piiète. Un siècle s'écoule, siècle de calme ap])arent, mais ;iu Iniid |)l('in de trouble et d'a.iiitalion. be tiers

olal n'eu ddulr |ilii>. il a deux iulvci^aircs.. Les haines s'accumulent, et, ({uaiid la Révululi<jn éclate, elle cin- |)i>rte avec les derniers vestiges de la féodalité le Irùne dont il a si longtemps défendu les droits et soutenu les prétentions.

Quoi qu'on en ait pu dii'e, la réwduliou de 178!) n'i'lahlit délinilivement en France tpic l'égalité. — Celte victoire a eoiUé cinci siècles d'elForts.

11 reste aujourd'hui à fonder parmi nous la liherté. — H n'y a ([ue (puilre-vingts ans (pi'il nous est permis il "y travailler de nos i)roi)res mains.

Les antécédents de cette grande idée n'onl pas une si lointaine origine que les elTorts de la nation vers l'égalité ; quelques hommes en ont dans tous les temps conservé le culte, nous en avons rencontré les germes, mais elle ne s'est développée et n'est devenue populaire qu'au xviii'' siècle. Mêlée à la Hévolution comme une grande espérance, déshonorée par ceux (jui en lirenl une menace, la liherté fut souillée de sang et demeura étoufTée entre deux despotismes. Elle a traversé depuis toutes sortes de périls et de misères, mais, si l'on veut marquer exactement ce qu'elle a définitivement fondé en 1789, nous ne trouvons à vrai dire ([u'un seul droit réellement conquis, c'est celui que nos pères nommaient : le libre vote des subsides, le vote annuel de l'impôt, (jui entraine à sa suite, comme consé(juencc forcée, la périodicité des États.

11 n'y a pas d'illusion à se faire, voilà jusqu'ici les seules garanties indiscutahles, dont une réaction passagère peut altérer les formes, mais dont le fond ne saurait être arraché à la nation. Kn dehors de cette douhle sauvegarde, qui contient en germe l'cnsemhle des droits puhlics, tout est à faire. L'intervention politique du pays dans ses propres affaires, la responsahilité sérieuse et incessante des agent- du pouvoir.

Î3S INFLUKNCE DES ÉTATS

nexistout ni en druil ni en fait '. Nous avons cru tenir un instant ces instruments de la liberté : ils ont échappé à nos débiles mains. Il faut les saisir de nouveau, y api>liquer nos forces et cet esprit de suite rpii a fait le triompiu» ab^iiu de réi;alit(''. Le succès de nos espérances lii)érales est à cette seule condilion. I.a nation, héritière de ce courageux tiers état (pii a créé sa puissance, comi)rendra-t-elle que l'égalité est à tout jamais fondée et qu'il est temps de réunir toutes les forces viriles du pays pour conquérir la vraie liberté? Le peuple écoulera-t-il au contraire ces esprits envieux, précurseurs de sa ruine et de son abaissement, qui le poussent à considérer comme ses adversaires une noblesse anéantie, un clergé aujourd'hui sans pouvoir dans TËtat ou iuen une J)()urgc(»isie ouverte à tons les mérites ou à toutes les fortunes? Contre ces ennemis imaginaires, la lutte est déraisonnable et funeste : cette déplorable méprise ajournerait sans doute, mais ne pourrait empêcher le triomphe des institutions libres.

Si ce malheur de notre histoire excite nos regrets, rappelons-nous que le gouvernement représentatif n'a pas un type uniipie; si nous ne pouvons lui donner les formes qui l'ont l'ail jtrosfjiTer dans d'autres |)ays, nous ne nuuKjuous ni de modèles à imiter ni d'exemples à suivre. Comparons, lisons, étudions, ne nous lassons j)as de connaître, d'agir et d'espérer. Nous avons le droit de demeurer tiers de ce que notre histoire nous a légué. Tous les peuples ont-ils dans leurs annales une tradition constante du gouvernement pondéré? Trouvent-ils à toutes les époques des

1. Nous donnons cette conclusion telle ([u'clie a été écrite eu décembre 18G8. Depuis cette époque, la b'rance a été mise en possession de tous les instruments de la liberté. En a-t-elle acquis l'esprit? C'est au lecteur de répondre.

âmes gônércusos, des orateurs ardouls [juiusiiivaiil avec constance l'idéal qne nous rêvons encore aujoiird'Iiui? Il y a là une fortune rare qui ne nous permet ni de déchoir ni d'abdi((ut>r. Eh ([uoi! nous perdrions courage parce (juc cinquante ans après la Cliaile nous n'avons pu donner à la nation les nio'urs de la liberté! Enfants que nous sommes, ignorons-n(tus donc qu'il faut des siècles pour mûrir une idée ".'Trois cents ans ont été nécessaires pour fonder le régime féodal; cinq cents ans ont été employés à le détruire. 1789, c'est hier pour les hommes de notre temps. Il n'y a de puissant en ce monde que les forces qui se composent de petites forces accumulées. De même, dans l'histoire des peuples, il n'y a d'irrésistible que les principes composés d'une multitude d'idées successives qui ont pénétré une à une dans le cerveau des hommes. Voilà pourquoi les institutions ne s'établissent pas en un jour : comme les vieux chênes de nos forêts, pour s'attacher au sol, elles ont besoin de profondes racines. Ne nous laissons pas enivrer par de folles illusions! Substituons à nos impatiences fébriles une ferme confiance en des destinées meilleures! L'étude de nos annales doit retremper notre foi dans l'avenir, fortifions-la sans cesse, et, quel que soit le sort que la Providence réserve à notre chère patrie, proclamons, au nom de son passé, l'inébranlable certitude de nos espérances.

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