ÉTATS GÉNÉRAUX PROJETÉS SOUS LA FRONDE
La Fronde parlementaire était devenue maîtresse de Paris. Entre les cabales des princes et les empiétements des magistrats, la reine se trouvait prisonnière, lorsque, dans la nuit du .-) au 6 janvier 1640, elle s'échappa du Louvre et emmena le roi à Saint-Germain. Cette fuite, secrètement préparée, exécutée avec décision, était un coup de génie. Dans la matinée du 6 janvier, Paris apprit avec stupeur le départ de la cour : en apparence, le parlement avait le champ libre; en réalité, le pouvoir royal, appuyé sur les provinces, venait de recouvrer son indépendance.
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Mazaiin ne perdit pas une heure pour profiter de ses !ivantai:o5. 11 rappela les troupes rpaises, ("crivit à tous les serviteurs fidèles pour les encourager, à tous It's hésitants pour les retenir; autour de la reine, les plus grands seigneurs étaient douteux : le prince de Conti, le duc de Longueville, Marsillac, Noirmouliers (luittaient Saint- Germain pour apporter leur épée à la cause du parlement. 11 fallait frapper les imaginations.
Les États Généraux furent convoqués ^ à Rouen - pour le i."j mars suivant. Avant que les lettres fussent expédiées, Rouen avait secoué l'autorité royale. Orléans fut substitué à la capitale de la Normandie.
Le langage mis dans la bouche du roi ne manquait pas de grandeur. Après avoir lappelé la lutte soutenue depuis quatorze ans contre les forces de l'Empire et de l'Espagne par son père et par lui, le roi montrait les ennemis de la couronne mettant tout leur espoii- en une prochaine révolution qui aurait changé la face des afîaires. C'est au lendemain de la i)aix si « heureusement faite avec l'empereur, à la sollicitation et avec l'applaudissement général de tous les princes et Estats de l'empire », c'est au moment où chacun voyait que les Espagnols allaient être « contraints d'y consentir par le mauvais estât de leurs affaires, que par un malheur insigne, les pratiques de nos ennemis ont prévalu sur les esprits inconsidérés et factieux de quelquesuns de nos officiers du parlement de Paris ». « Us en sont venus à cet excès de témérité que d'avoir conspiré de se
1. Les lettres de convocation sontdti 23 janvier {Arch. du Beauvais, di' Melun], du 24 janvier {Arch. de la Gironde], mais la décision du conseil fut prise antérieurement. Mazarin écrit à Servieu le 15 janvier qu'u on a convoqué les Étais Généraux ». (Doc. inédits. Lettres de Mazarin, t. IIF, p. 2G7.) Le même jour, Mazarin écrit dans les mêmes termes à M. Chanut. (AIT. Etr., SuMe, t. VU, p. 412.)
2. Le choix de Rouen indiepie claiiemeut la date de la décision royale. Dans les premiers jours de janvier, la cour comptait sur la fidélité des Rouennais.Du 10 au IS janvier, Mazarin n'avait de ce côté aucune inquiétude. L'alarme se répandit entre le 20 et le 23, quand on sut que le [larlement de Rouen avait refusé de recevoir le comte d'Harcourt.
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saisir de notre personne cl d'usurper eutièienienL Tadministration de ce royaume cl enlin ont ordonné des levées de troupes et de deniers contre noire service, se sont emparés de ceux qui estoienl en nos recelles, ont pris par force nostre chasteau de la haslille do Paris et ont usé d'hostilité contre nous, prétendant profiler de notre minorité pour satisfaire à leurs amliitions particulières et pour renverser toute la forme et ordre de TEstat. » Après avoir flétri la défection de quelques princes du sang et des premiers officiers de la couronne, peint leurs intérêts particuliers mis au-dessus de Tintérét public, le roi montrait les Espagnols informés de tout, guettant les progrès du désordre, calculant leurs chances, « s'éloignanl de plus en plus de la paix, espérant que ce trouble intestin sera capable de porter les choses au point qu'ils souhaitent ». En une telle conjoncture, le roi faisait appel aux États Généraux, ajjpelant autour de lui, au 15 mars, les députés des trois ordres pour rétablir la paix extérieure et intérieure, « espérant que Dieu bénira notre dessein et qu'il n'y a point (rocclésiastiqucs. de gentilshommes, d'ofliciers et d'hommes de bien dans nostre royaume qui n'essaye de nous seconder ' ».
Cette habile proclamation, qui rejelait dans le même camp les Espagnols et les parlementaires, parvint aux gouverneurs vers le commencement de février. Des assemblées électorales furent tenues dans le courant du mois en plusieurs bailliages *, où l'autorité royale était respectée;
1. Lellre adressée au bailli de Meliin. {Arch. ih: la mairie de Melun.)
2. Bailliage de .Melun. assemblée du 22 février 1649 {Archiv. (lu r/rcffe). Bailliage de Beauvais [Arch. jud., n» 230d). Nous avons également retrouvé des pièces relatives aux élections, qui eurent lieu, à Bordeaux les 20, 26 et 27 février, à Melun le 22, à Nérac le 28, dans le Koresl. dans l'Auxols (où le prince <le Coadé fil savoir le nom des candidats dont il désirait la nomination'], dans le Quercy, dans r.\^'enois.à Bourges, à Biois.
Ce qui frappe le plus à la leclure de ces pièces, c'est le uombre exlraorJiuaire de coiillits auxquels les élections don nèrent naissance : les lieulenanls de bailliage et les maires, les autorités civiles el ecclésiastiques, les nobles pour leurs
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mais en Noiniandie la guérie civile soulevée par le duc de l.onguevilie, eu Guyenne et en Provence des mouvements qui semblaient pn-céder de sérieuses rébellions, et par-dessus tout la résistance de Paris qu'exaspérait le blocus des troupes royales, empêchaient les provinces de croire ci la réunion prochaine des États (Généraux. Les assemblées de bailliages tardaient à se réunir. Mazarin. qui n'avait pas eu de doute sur l'avantage de jiromettre une tenue (l'Etats, ne se souciait pas de hâter la date des élections. Trois provinces soulevées, la capitale en feu, les parlements l'rémissani, les princes ligués n'allaienl-ils pas apporter leurs passions dans l'assemblée d'Orléans? Ne convenait-il pas tout au moins d'ajourner cette crise'' Les nouvelles qui arrivaient d'Angleterre ne donnaient guère envie de pousser à fond un duel entre le parlement et le roi '. En même temps que Mazarin pressait ceux qui étaient demeurés à Paris lidéies à la cause royale de favoriser l'ouverture des négociations, il faisait ajourner d'un mois la tenue des États -.
Peu de jours après s'ouvraient les conférences entre le cour et le parlement : elles aboutissaient le il mars au traité de Hueil. La première Fronde était finie : le sang cessait de couler; il fallait panser les blessures de la guerre civile et songer aux Espagnols. Le 29 mars, des lettres royales informaient les gouverneurs et baillis que l'autorité était rétablie à Paris, qu'elle allait l'être sur d'autres points, mais que rarchiduc Léopold s'avançait à la tète des Espagnols, que cette reprise de la guerre obligeait le roi à un grand effort, que la campagne allait absorber tous ses soins et toutes ses forces, et qu'il convenait de ne tenir les États Généraux qu'à l'entrée de l'hiver : ils étaient fixés au fe^ octobre -^
préséances, le tiers irrité contre les deux ordres, partout les luttes, partout des débats aussi aigres que futiles remplissent les proci'.s-verbaux.
t. La nouvelle du supplice de Charles l"', décapité le :}0 janvier, était arrivée à Paris en pleine crise.
2. Dépêche du 2t février, citée dans les lettres du 29 mars 1649. (Arch. du greffe du bailliaiji- de Melun.)