‹ Histoire des États-Généraux (volume 4)Chapitre 92 sur 134 · Arch.jud. de Beauvais · texte numérisé non relu

Arch.jud. de Beauvais

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les principaux seigneurs, dans chaque bailliage les hobereaux s'agitaient ji i'envi. Des entrevues secrètes, des conférences eurent lieu à Paris, puis le mouvement, un instant suspendu par l'arrestation des princes, reprit vers l'été de KîiiO. Mazarin fut averti (|ue de nouvelles assemblées de la noblesse se tenaient, alin d'obliger le roi à convoquer les États Généraux. Le lieutenant civil ajoutait qu'une requête en ce sens courait la ville et qu'il en avait vu une copie *. Toutes ces intrigues eussent avorté si Mazarin n'était rentré à Paris en janvier ^6ol. Son retour fut le signal d'une levée de boucliers. Le parlement rentra en scène pour donner les mains aux princes et favoriser les émotions populaires. Le cardinal fut forcé de s'enfuir, et, dix jours après, les princes remis en liberté faisaient dans Paris une entrée triomphale (17 février).

Le parti qui l'emportait avait trop souvent parlé depuis quinze mois des Etats Généraux pour ne pas tenir sa promesse. Le bruit courut aussitôt que le roi allait les convoquer. Mazarin en fut informé : éloigné de la scène, il n'était étranger à rien; il avait eu soin de s'arrêter sur la frontière : du fond des Vosges ou des Ardennes, de Bouillon ou de Bruhl. où l'électeur de Cologne lui avait donné asile, il ne cessait d'écrire à Lionne, à Colbert, à tous ceux qui lui étaient demeurés secrètement fidèles, non pas seulement pour les engager à surveiller ses intérêts privés, mais alin de leur indiquer la direction à donner aux affaires. Ses lettres contiennent des instructions d'État aussi nettes que s'il les avait dictées au Palais-Cardinal. « Je crois, écrit-il le 10 mars, qu'il est bon de parler de convoquer les États Généraux, si cela est capable de faire prendre à M. le duc d'Orléans et à M. le prince une autre conduite; mais de les convoquer en effect, c'est ce que je ne me saurois pas résoudre de conseiller. » Les gouvernements sont tous dans les mains des princes ou de leurs amis; ils ont avec eux tous ceux « qui ont envie de brouiller »; leur succès dans les élections n'est pas douteux; l'assemblée sera à leur dévotion, le duc d Orléans

1. Mazarin à Le Tellier. Poitiers. 22 juillet 1650. (Lettres, t.IH, p. 619.-

la présidera et le roi mineur n'aura pas même pour le défendre « un premier ministre qui porte fortement la parole de sa |inil, sans se sourier de dcsplaire aux princes * )>.

Mazarin inspirait la politique, mais il n'était pas là ponila diriger; ceux ([ui conseillaienl. la reine n'avaient pas l;i souplesse du cardinal. Pressés par Condé et les princes, inquiets de la prolongation de l'assemblée de la noblesse, ils se décidèrent à convoquer - les États à Tours, mais ils en ajournèrent la tenue au i^' octobre ^. Au commencement de septembre, le roi serait majeur et il serait facile de tenir pour non avenues les promesses *.

Au milieu de mars, le maréchal de THospital alla porter la nouvelle de la concession royale aux Cordeliers. où était réunie la noblesse, et il obtint qu'elle se séparât ".

Assurément le ministre exilé qui gouvernait des bords du Rhin espérait bien éviter la réunion des Etats; mais il était trop habile pour se reposer sur cette es[)('>rance : il multiplie les conseils en vue de rendre rassemblée moins dangereuse; il explique comment on doit « rompre les mesures que M. le )»rince peut avoir prises d'avoir en main une armée toute composée de gens dépendant de luy pour s'en servir pendant la tenue des Estats '' » ; il recommande d'écarter les intrigants : « la Reyne doit faire arrester sous quelque prétexte Montrésor, Saint-lbar et de

1. Mazarin à Lionne. Bouillon, li mars t6oi. [Lettres, t. IV, p. 73.)

2. Le maréchal de THospilal signilia la volonté royale ;ï l'assemblée de la noblesse ou la sommant de se dissoudre le 16 mars. [Étals Généraux, t. XVIII, p. ;!13.)

3. Lettres du 17 mars 1651. (Arch. jud. de Beauvais. Liasse 2.305.)

4. Le ParLmenl avait bien senti (|u'aprcs la majorité la concession était vaine. Jouru/il du Pari., 23 mars.

o. Voyez Card. de Hetz, cdit. Hachette, t. III, p. 273. Loret dit, dans la Gazette des 12 el 10 mars : Car on leur promet les Eslals El voilà rassemblée h bas.

6. Mazarin à Lionne. Tîrnhl. Il avril ICol. {Lettres, t. IV, p. 126.)

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semblables jiens qui sont eapablcs tir rair'(> du mal itendant la tenue des Estais ' ».

Le véritable danger était ailli'urs. Si Cdiidi' elles princes, Tasseniblétî de la noblesse et celle du clergé l'éunies à la l'ois à Paris étaient d'accord pour dominer les États, toute lutte serait impossible; l'autorité royale couriait au-devant d'un désastre. 11 lallait diviser la coalition, se servir du parlement, l'amener a « prendre l'alarme des Estats », à se mettre en campagne pour em])écher leur réunion et favoriser ainsi les intérêts du roi -. Mazarin revient dans chaque lettre sur les moyens de semer la division parmi ses ennemis : il le fait avec un art merveilleu.\, discutant les secrets desseins, les vues, les appétits de chacun des alliés et calculant les obstacles qu'il s'agit de suimonlcr avant le ii septembre, date de la majorité royale.

Les princes auraient voulu tenir les États sous la minorité du roi. Le projet de la noblesse n'allait à rien moins qu'à modilier ])iorondément la constitution : un conseil de vingt et un membres devait être institué; la reine, le duc d'Orléans et le prince de Condé y siégeraient, les di.v-huit autres conseillers seraient choisis à raison de six par chaque ordre. La majorité serait reculée de linij années, et pendant ce temps les États gouverneraient '.

Anne d'Autriche avait eu soin de les ii.xer au 1°'" octobre; mais les princes multiplièrent les intrigues pour en avancer la date. « La reine ayant tenu bon à ne le vouloir pas, on a travaillé à gagner des jours et on a insisté fermement à ce qu'ils se tinssent trois jours après la majorité *. « Les lettres de convocation furent modifiées ", et le 8 septembre assigné comme jour de réunion. Le danger le plus grave se trouvait écarté : l'heure de la majorité sonnerait avant

I. .Mazarin à Lionne, Brulil. 23 avril lOai. {Lettres, t. IV,

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