Voir plus haut, tome IV, p. UO
Tadvenir, fait par eux aucune fortification, et que ceux qui ont, à cause de leurs fiefs, droict de Motte et pontlevis, soient tenus se contenter de la mettre en la forme ancienne, selon qu'il est porté par leurs adv^ux et dénombremens vérifiez, sans les pouvoir aucunement fortifier de fossez, tours et rampars; et si aucunes fortifications ont esté faites pendant et depuis les troubles esdils chastcaux, elles soient razées et démolies, trois ans après la publication de vostre ordonnance, sans qu'il leur soit loisible, ni à aucuns de vos subjects, de quelque qualité qu'ils soient, de bastir de nouveau aucuns chasteaux qui puissent endurer le canon, à peine de deux mille livres d'amende, dont le tiers appartienne au dénonciateur, et l'autre tiers aux pauvres des lieux. » (T. 165.)
Rien ne pouvait être plus précis et plus net que ce vœu : le conseil était résolu en principe *, mais il ne savait pas se décider. Le rasement des forteresses ne fut réalisé que onze ans plus tard. En 1626, le roi était à Nantes lorsque les États de la province renouvelèrent le même souhait. Ce fut dans cette réunion que Richelieu fit rendre une déclaration célèbre qui rappelait les vœux des États de 1614 et ordonnait « que de toutes les places fortes, soit villes ou chasteaux qui sont au milieu de notre royaume et des provinces d'icelui non situées en lieu de conséquence, soit pour frontières ou autres considérations importantes, les fortifications en soient rasées et démolies; même les anciennes murailles abattues selon qu'il sera
1. En 1621, les députés de Rouen vinrent en cour pour solliciter le rasement du fort de Quillebœuf. « Je scais bien, répondit Louis XIII, ce que vous voulez me dire. Je vous dis que j'ai résolu de faire abattre non pas seulement les fortifications de Quillebœuf, mais de toutes les petites places qui se trouveront en mon royaume à être frontières. >> {Mercure français, t. VIT, p. 942.)
jugé nécessaire pour le bien et repos de nos sujets à la sûreté de cet État, en sorte que nosdits sujets ne puissent désormais appréhender que lesdites places soient pour leur donner aucune incommodité * ».
Une immense acclamation accueillit par tout le royaume la nouvelle de Tacte le plus hardi qu'un roi eût accompli en France depuis Louis XI. Il semblait aux yeux du peuple que le pouvoir féodal allait s'écrouler avec ces puissantes forteresses qui défiaient depuis si longtemps la royauté. Aussi Louis XIII recueillit-il les bénédictions populaires quand on vit, aussitôt après la déclaration de Nantes, démanteler les châteaux d'Ancenis et de Lamballe.
Seulement cette œuvre demandait autant de prudence que d'énergie : elle ne pouvait être accomplie rapidement. L'assemblée des notables, qui s'ouvrit six mois après les États de Bretagne, fut chargée de dresser la liste des châteaux forts qui devaient être sacrifiés. Elle se fît remettre les mémoires transmis par les parlements de Dauphiné et de Provence et dressa un état des forteresses à démolir. Pendant que l'assemblée était occupée à ce travail, un de ses membres, premier président d'une cour souveraine, ayant opiné pour la démolition, ajouta « que l'assemblée pourroit supplier le roi de pourvoir au dédommagement ». Cette proposition souleva l'indignation de Gaston d'Orléans, qui s'écria que les places fortes étaient au roi et qu'on ne pouvait lui faire payer « une récompense pour avoir le droit de disposer de son propre bien * ».
On ne donna en effet aucune indemnité aux sei-
1. Déclaration du roi. — Nantes, 31 juillet 1626. — Anciennes lois françaises, ï. XVI, p. 193.
2. Procès-verbal de rassemblée des notables de 1626. États GénérauXf t. XVIII, p. 176.
gneurs * : les notables, avant de se séparer, insistèrent pour le prompt achèvement de l'œuvre de destruction qui fut continuée pendant tout le ministère de Richelieu.
Les députés avaient un tel souci de soumettre les grands à l'autorité royale qu'ils se mêlèrent d'une affaire très grave. Le prince de Condé avait obtenu par le traité de Sainte-Menehould le château d'Amboise qui commandait le cours de la Loire et pouvait servir dans le centre du royaume de point d'appui à la guerre civile. Tous ceux qui voulaient le rétablissement et la durée de la paix étaient alarmés de voir un esprit si remuant en possession d'une telle place. Le clergé prit l'initiative : le 18 janvier 1615, il fut arrêté « que le roy seroit supplié d'ordonner que les places lui fussent rendues et remises sans aucun dédommagement *. » Dans le sein de la noblesse, il y eut plus de tiraillements; mais les cahiers de Bretagne et de Guyenne étaient formels et la majorité adopta le vœu ^ Dans le tiers la discussion fut vive : l'ïle-de- France voulait l'exécution du traité de Sainte-Menehould. Tous les autres gouvernements se prononcèrent pour la restitution des places *.
Dès que la nouvelle du vote fut connue, la reine en ressentit une vive joie et le prince de Condé fut mis
\. La noblesse élaitfort émue. Nous trouvons dans une lellrc (l'un des agents du cardinal le passage suivant : <i Pour attirer la noblesse et la débaucher, l'on fait accroire que sur la desmolition des places inutiles, le roy veult faire desmolir toutes les maisons des gentilshommes, leur oster leur juridiction et eslablir en icelles des officiers royaux. » — 21 décembre 1626 {A/f, Etr., France, 781, f» 142).