Beccaria, Traités des délits et des peines
morency-Bouteville, qui avait eu déjà vingt et un duels, et que poursuivait hors de France la justice royale, revint à Paris pour la braver, et osa se battre en pleine place Royale au milieu du jour; le comte des Chapelles, son second, ayant tué Bussy, témoin de son adversaire, les coupables furent arrêtés, déférés au parlement, condamnés à mort et exécutés en place de Grève. Tels furent les exemples par lesquels Richelieu répondit aux défis des gentilshommes. Ainsi la poursuite des duels, la démolition des châteaux, la répression des révoltes seigneuriales, en un mot les mesures les plus graves de la politique de Richelieu, celles qui frappaient le plus visiblement la noblesse, avaient été devancées et inspirées par les vœux du tiers état. Nous pourrions pousser plus loin le rapprochement et montrer que la volonté persistante du cardinal s'accordait avec les sentiments les plus chers à la majorité de la nation. Jamais les doléances n'avaient été si vives, jamais le tiers ne s'était montré plus indigné qu'aux Ëtats de Paris contre les oppressions de la noblesse : dix années s'écoulent, et un homme d'État, réalisant ce qu'il y avait de sensé dans les aspirations nationales, réduit toute une classe de citoyens à reconnaître la prépondérance du pouvoir royal et à se courber devant la loi. Richelieu, qui est un des plus puissants organisateurs de l'unité monarchique, avait compris la volonté du tiers état; on peut maintenant juger si, à côté de cette grande et terrible mémoire, la postérité ne doit pas réserver une place aux rédacteurs des cahiers de 1614, qui ont été les échos fidèles des vœux les plus chers à la France.