SUR
Au xiY® siècle, il n'y avait pas encore d'armée permanente; à vrai dire, il n'existait même pas d'organisation militaire. Le ban et l'arrière-ban convoqués par le suzerain, qui n'avait le droit de les retenir sous les armes que pendant quelques jours, étaient la seule force régulière dont le roi de France pût disposer. Le pouvoir royal sentit bientôt combien était précaire un secours que le caprice des seigneurs pouvait si vite retourner contre lui. Sous l'empire de cette crainte, les compagnies soldées se multiplièrent : engagées à prix d'argent pour la durée d'une expédition, elles vinrent s'ajouter aux forces en déclin de la hiérarchie féodale.
Telle était pendant la guerre de Cent ans la composition de nos troupes. Les premiers États influèrent peu sur l'organisation militaire. Se confiant à l'initiative royale, ils confirmèrent simplement ses décisions. Cependant nous distinguons dès cette époque une réaction de la masse de la nation contre les
armées seigneuriales : les désastres de Crécy et d'Azincourt étaient attribués à l'ardeur immodérée! des chevaliers, celui de Poitiers avait servi de pré-l texte aux plus violentes attaques. Les bourgeois I auraient évidemment souhaité une organisation plus! forte, mettant dans les mains du pouvoir central unei milice plus exercée et mieux disciplinée. Quoi qu'il* en soit, les députés ne tentèrent rien jusqu'au jour où Charles Vil triomphant leur soumit h Orléans le plan qu'il avait conçu.
Les seigneurs dépouillés du droit d'armer leurs vassaux, le roi seul maître de lever et de réunir les gens d'armes, voilà la double réforme que les victoires du prince lui permettaient de proposer aux États de 1439. De ce jour l'armée royale était créée. ]
Cette transformation fut profondément populaire : ! l'abaissement des seigneurs déchus de leurs droits excita l'enthousiasme national. Il fallut plus de quarante années pour qu'on discernât le danger de ce nouveau système. C'est aux États de Tours qu'appartient l'honneur d'avoir protesté les premiers contre l'exagération des armées permanentes. Ils admettaient bien l'existence d'un noyau autour duquel viendraient au moment du danger se grouper les ressources extraordinaires ; mais, au delà de ces limites, un état militaire trop considérable leur semblait à la fois une cause de ruine et une tentation périlleuse pour la royauté en quête d'aventures. L'organisation mixte que défendait le tiers état ne prévalut point. Les guerres d'Italie absorbèrent bientôt l'attention de la France : la royauté en profita pour développer ses armées, répudiant en même temps l'élément féodal en décadence et l'élément national que l'opinion publique aurait voulu y introduire.
En 1560, l'armée royale avait fait de grands pro-