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monnnies, assurant, au nom des Etats, l'exécution des ordonnances royales. C'est à ce courant d'idées qu'il l'aiil suildiit allril)uer la détiance des députés à l'égard des ofticiers du roi privés du maniement des deniers publics, et les reformes militaires, qui blessaient à la fois les capitaines et tout h; corps de la noblesse, en les soumettant à la siirx eillance et au conlnMe minutieux des délégués des l-^lats, devenus subitement les premiers personnages du i^oyaumc.
Tel est Télan généreux et modéré (pii lait la .yloire des Étals tenus pendant la. captivité du roi Jean. Si, au terme de ce grand mouvement, sous les yeux et par les ordres de ([uelciues députés, des crimes odieux furent commis, la resi)onsabilité n'en doil point rejaillir sur les États généraux. Leurs délibérations et leurs actes n'ont jamais été souillés de sang; leurs ordonnances ne sentent même pas la haine ipii animait incontestaldement les meneurs et faisait [jrévoir les excès (]ui ont à jamais terni le nom d'Etienne Marcel.
L'imagination populaire aime à s'emparer d'un nom, d'un caractère, d'un liomnu? i)lus hardi dans l'action ou plus grand par la pensée, aiin de personnifier une grande secousse politique; ce serait fausser l'histoire de ces trois années que de leur donner pour représentant et pour type le fougueux prévôt des marchands : il n'était point aussi désintéressé que les députés, l'ambition personnelle l'aveuglait et l'emportait. Pour rompre délinitivcment avec ce rapprochement et indi([uer exactement l'esprit de ces assem- Itlées, nous ne saurions mieux faire que de rappeler les expressions d'un grand historien , parlant des villes françaises à la tin du xiii" siècle : « On y vit naitre cet esprit qui a joué un si grand rôle dans notre histoire, cet esi)rit peu andjitieux, [)eu entre-
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[inMianl, limiflo même cl n'abordant guère la pensée d'une résistance définitive et violente, mais honnête, ami de l'ordre, de la règle, persévérant, attaché à ses droits, et habile à les faire tôt ou tard reconnaître et respecter ^ » C'est là le caractère permanent de la bourgeoisie. Tel fut le tiers état dès son entrée sur la scène politique, par moments plus mobile et plus emporté, mais toujours ennemi des abus, toujours épris de cette égalité qui a été le but de ses plus constants efforts.
Ainsi, dès sa première apparition dans notre vieille France, le troisième ordre marque dun sceau ineffaçable le mouvement politique dont il a été l'inspirateur. Comme ordre distinct, il demande des réformes, mais ne s'associe à aucune intrigue : il blâme les prodigalités des courtisans, s'indigne des dilapidations royales |t anais quand il découvre qu'à l'abri de son influence, on conspire contre le roi, il sait se retirer à temps, désavouer les manœuvres, et préférer aux révolutions les réformes prudemment accomplies. Enfin il a eu Thonneur de communiquer son caractère à ces trois assemblées, étonnées de leur pouvoir, mais agissant sagement, reprenant avec hardiesse, réformant avec maturité, poussées par le désir du bien public, entraînées par l'ardeur qui fonde la prospérité des Etats, mais non point enivrées par cette passion qui les renverse.
1. M. (luizi)l, Uisloii'e de la Civilisation en France, t. IV, p. 88.
ÉTATS GÉiNÉRAUX
sous LE RÈGNE DE CHARLES V
RÉCIT HISTORIQUE
Soiu.MAiKE. — Élafs de Chartres, juillet 1367, p. 188. — Défense du royaume contre les grandes compagnies, p. 189. — Impôt de la rançon prorogé, p. 180. — Élats de Paris, mai 1369, p. 190. — Rupture avec l'Angleterre : Charles V demande conseil, p. 191. — Les députés approuvent la politique du roi, p. 193. — Pénurie du trésor, p. 193. — États de Rouen, août 1369, p. 193. — États de Paris, décembre 1369, p. 194. — Impôt de la rançon prorogé, p. 194.
Dans les premières années du règne de Charles Y, il ne se tint point d'Etats généranx : les impôts nécessaires pour payer la rançon du roi Jean se trouvaient réglés par l'ordonnance du 5 décembre 1360; et, d'ailleurs, les souvenirs de sa régence ne devaient pas porter le nouveau roi à réunir, sans une impérieuse nécessité, les députés qui avaient essayé, dix ans auparavant, de soumettre à leur contrôle l'autorité souveraine.
On ne peul, en efîet, donner que le nom d'États provinciaux aux réunions annuelles des députés des comtés d'Artois, du Boulonnois et de Saint-Pol, convoqués pour accorder un subside qu'ils votaient chaque année. Hors le droit de prise, dont ils obtenaient régulièrement l'exemption, les députes ne sollicitaient
aucune réforme générale; aussi ces assemblées méritent-elles tout au plus une mention '.
Au commencement de l'année 13(57, la sûreté du royaume se trouvait menacée par le retour des compagnies que le prince de Galles ramenait à Bordeaux, après avoir guerroyé avec elles en Castille '. Charles V prévoyait que ces bandes, à peine licenciées par le prince, se jetteraient en France, traverseraient la Loire vers le commencement de son cours, et se répandraient sans (jbstaclc dans les rirhes provinces du centre. Ces craintes le décidèrent à prendre des mesures énergiques. Il s'empressa de faire assembler en sa présence, dans la ville de Chartres, plusieurs prélats, nobles et gens des bonnes villes des provinces de Champagne, Bourgogne, Berry, Auvergne, Bourbonnais et Nivernais, qu'on pensait généralement les plus menacées. Le grand Conseil du roi ayant délibéré avec les députés, on tomba d'accord sur les mesures à prendre pour mettre le pays en état de défense. On était au commencement de juillet. Le roi transféra l'assemblée de Chartres à Sens, et c'est dans cette dernière ville qu'il rédigea et publia les deux ordonnances des 19 et :20 juillet 13(i7 ^.
1. Ord, du 27 aoùl 1363, t. IV, p. o89. Ord. du id nov. 1366, t. IV, p. 690. Les ordonnances des années suivantes ne sont pas parvenues jusqu'à nous; mais ou sait, par une ordonnauce de décembre 1373, que les députés de ces comtés s'étaient réunis annuellement.
2. Edouard, prince de Cailes, surnommé le Prince Xoir, s'était rendu en Espagne pour rétablir Pierre le Cruel sur le trône de Castille, que lui disputait Henri de Transtamare, soutenu par Du Guesclin. Celui-ci avait été chargé par Cliaries V de délivrer le royaume des grandes compagnies, en emmenant en Castille tous les soldats indisciplinés qui ravageaient le Midi. On conçoit de quels désordres leur retour menaçait la France.