Ord. du 19 juillet, art
2. Voy. Boutaric, Institutions militaires de la France, p. 281 et suiv. Les compagnies d'archers et d'arbalétriers devinrent une milice communale puissante, qui joua un rôle dans les guerres du xv^ siècle.
3. Une troisième ordonnance émane directement des efforts accomplis par cette assemblée. Elle est datée de Sens en juillet 1361. et porte pour titre : Règlement pour la juridiction des 7na!tres des eaux et forets, Ord., t. V, p. 28. — Elle a pour but de réprimer les entreprises des maîtres et de subordonner leurs poursuites aux justices ordinaires.
't. Ord. du 19 juillet, art. 13.
Le roi no pouvait se faire illusion : la résolution (ju'il devait prendre était une véritable déclaration de guerre.
La conduite du prince de Galles, au([uel le roi d'Angleterre avait abandonné le gouvernement de la Guyenne, avait irrité la [ibiiiurt des seigneurs du midi de la France. Poussés à bout par une longue série de violences, le comte d'Armagnac, le seigneur d'Albret, le comte de Périgord et plusieurs autres barons et nobles du duché de Guyenne, appelèrent du prince de Galles à son suzerain le roi de France. Cet événement comblait de joie Charles V, qui n'avait jamais vu dans la paix de Brétigny qu'une longue trêve. Cependant il sut dissimuler sa satisfaction, réunit son Conseil, et délibéra longuement pour savoir si l'appel était recevable ^ Entin il se détermina à l'accepter, et fit signifier, vers la fin de janvier, au prince de Galles l'ajournement devant la cour des Pairs. Celui-ci ne répondit que par des menaces : pendant ce temps, le roi d'Angleterre expédiait des députés à Paris pour protester, et Charles Y lui répli(|uait par l'envoi d'une ambassade composée du comte de Tancarvillc et de Guillaume de Dormans ^ A leur retour à Paris, le roi de France,
1. Le traité conclu en 1360 à Brétigny donnait prise au cloute. L'art. 12 avait expressément stipulé que les deux souverains renonceraient réciproquement à leurs droits de suzeraineté l'un sur l'autre pour les provinces relevant originairement de la couronue de France ou d'Angleterre; une renonciation formelle devait suivre le traité; mais de délai en délai cet acte solennel n'ayant pas eu lieu, le prince de Galles se trouvait encore, en 1368, le vassal du roi de France. Néanmoins on conçoit que cette situation dut soulever les querelles des légistes. Christine de Pisan prétend même que le roi fit demander les opinions des écoles de Bologne, de Montpellier, de Toulouse, d'Orléans et des plus notables clercs de la cour papale.
2. Frère du chancelier de France; il devait l'être lui-même en 1311.
192 ÉTATS GÈNKRAUX
vuyanl ([iic Ja yuerre était imminente, voulut sassunT le concours de la nation au moment de la [irécipiter irrévocablement dans une telle entreprise.
Charles V convoqua les Etats généraux pour le mercredi 9 mai 13()D, veille de TAscension. Prélats, nobles, gens des bonnes villes venus en grand nondjre de toutes les provinces, remplissaient la grande salle du Parlement, quand le roi et la reine y onlrrrent avec le cérémonial d'usage.
Le chancelier Jean de Dormans ', cardinal de Beauvais, exposa les motifs de la convocation *, puis son frère Guillaume de Dormans, qui revenait de Londres, l)i"it la parole pour faire le récit de sa mission et résumer nettement les prétentions du roi d'Angleterre.
Cet exposé de la situation du royaume achevé, le roi lui-même se leva pour dire à tous que, si ils voyoient qu'il- eust fait chose quil ne dust, qu'ils le dissent et il corrigeroit ce qu il avait fait, car il étoit encore temps de réparer s il avoit fait trop ou pas assez ',
Après cette déclaration, tout à la fois si habile et si franche, le chancelier recommanda à chacun des membres de penser mûrement à l'avis qu'il devait donner; puis il proclama que la séance était levée et remise au surlendemain vendredi à la première heure.
Dans l'intervalle des deux séances, le Conseil, les pré-
1. Jean de Dormans, aiii'iea avocat au l'ailrmcnt, était devenu par son mérite chancelier de France. Kvé(|ue de Beauvais, il avait re^u eu 1308 le chapeau de cardinal. C'est lui qui fonda à Paris le collège de Beauvais.
2. il avait pris pour texte de son discours le verset du chal)itrc (VEst/icr où il est dit qu'Assuérus interrogeait les sages et ([u'il faisait tout par le conseil de ceux qui connaissaient les lois anciennes et l'usage des mœurs (Boulainvilliers.) On retrouve dans ce choix un curieux témoignage de l'attitude prise par Charles vis-à-vis des Etats, dont il sollicitait sincèrement les conseils.
:J. Grandes Chroniques, t. VI, p. 21i.
lais et les nobles se réunir(jnt, sur l'ordre du roi, pour examiner de leur côté la question. Le chancelier répéta les raisons qui avaient décidé à recevoir l'appel des seigneurs de la Guyenne; on convint que le roi n'avait pu agir autrement, et que, si Edouard déclarait la guerre pour un tel motif, ce serait une guerre injuste ^
Le vendredi 11 mai, tous ceux ([ui avaient pris part à la première séance s'assemblèrent, et donnèrent d'un avis unanime la même approbation que le Conseil privé di' la \eille à la politicjuc du roi. On lut alors un projet lie réponse au roi d'Angleterre, (pii avait été rédigé d'avance ; les Etats ayant approuvé la lettre, on décida i|u'elle serait immédiatement envoyée à Londres ^.
C'est ainsi que Charles V s'appuyait de l'autorité des États généraux pour fortifier la plus grande résolution f(u'il lui ait été donné de prendre, puisqu'elle allait rouvrir une lutte séculaire et faire courir au royaume de si terribles aventures.
Quelques mois plus tard, les hostilités étaient entamées. Le roi, qui avait mis tous ses soins depuis son avènement à réparer le désordre des finances, ne pouvait, malgré la bonne administration de ses domaines, soutenir longtemps la guerre sans demander au pays des impôts extraordinaires. Il avait eu soin de ne point etîrayer les députés en leur proposant au mois de mai le vote d'une aide ; maintenant, toul retard était impossible.
Charles V convoqua à Rouen, au commencement d'août, « les sieurs de son sang, prélats, barons, nobles
1. C'est ce Conseil entourant le roi que nous retrouvons dans toutes les grandes circonstances. — En U67 et en 1.506, son rôle fut tel que M. Rœderer croit y voir l'image et le germe d'une chambre haute. Voir Rœderer, Œuvres complètes, t. II, p. o2.