‹ Histoire des États-GénérauxChapitre 110 sur 202 · ADMINISTRATION ET FINANCES · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION ET FINANCES

On se souvient quel était le désordre du royaume pendant les premières années du règne du roi Jean. Parmi toutes les causes de perturljation, celle ([ui a( teignait à la fois les foziunes particulières et la prospérité générale du commerce avait à peu près disparu au retour du roi : la monnaie était revenue à un taux normal. Cette réforme était due en grande partie au dauphin, mûri par les malheurs publics et exerçant sur le gouvernement la plus salutaire influence '.Quoique cette cause suffise à expliquer un si heureux changement, on a fait remarquer, non sans raison, que le traité de Brétigny, en imposant à la France de cruels sacrifices, assurait la fixité absolue

1. M. Vuitry a fait ressortir dans iiue savante dissertation l'action exercée sur Charles Y par le traité des monnaies de Nicolas Oresme, ouvrage très supérieur aux notions qui avalent cours au xiv» siècle. Études financières, t. II, p. 327.

198 JÎa'ATS DE CHARLES V

du titre, qui devenait indispensable pour le loyal payement de la rançon du roi. I/affaililissement des monnaies eût été le signal d'une rupture avec l'Angleterre, que Charles pouvait entrevoir dans l'avenir, mais qu'il se gardait bien de devancer par d'inopportunes provocations. La monnaie demeura donc stable, comme l'avaient denian(l('' si Imiiilemps les Fatals généraux.

Malgré les avantages (ju'elle présentait, celte réforme tarissait une des sources du revenu royal. Il fallait donc trouver un moyen (juelconque de faire face aux besoins et de régler les finances.

La première ressource qui s'offrit au l'oi des son avènement fut la mise à exécution du principe de l'inaliénabililé domaniale proclamé par les Etats généraux : quoique le retour au domaine des fiefs et des terres détachés dût atteindre cruellement la noblesse, Charles réussit pourtant à opérer successivement cette réunion K Évidemment, la nation voyait avec joie cet accroissement de la puissance royale : la guerre étrangère, qui avait pesé si douloureusement sur le pays, avait fait pénétrer dans les cœurs l'attachement à la royauté, dont le pouvoir allait devenir rapidement populaire, grâce à la protection accordée aux bourgeois et aux paysans. Nous trouvons un nondire considérable d'ordonnances déclarant inséparablement unis au domaine de la coul'onne les fiefs rentrés en la possession du roi. Ces

1. Révocatiou des aliénations de domaines faites depuis Philippe le Bel. 24 juillet: 24 nov.; 14 février 1:564. — En 1364, Charles rendit une ordonnance pour régler l'administration de son domaine; ce document montre non seulement l'esprit organisateur de ce prince, mais aussi l'importance qu'il attachait aux revenus fonciers du domaine, si rapidement accru sous son règne. (Ord., t. VI, p. 379, février 1378.)

RÉFORMES FINANCIÈRES l'.KI

promesses étaient vivement sollicitées par les hal)itants des provinces, jaloux d'échapper aux persécutions des sei.irneurset de se trouver sous la domination directe du roi de France. Ainsi la royauté et lo tiers état continuaient à s'allier dans un effort commun contre les privilèges de la noblesse.

Pendant que le trésor royal voyait se rouvrir ainsi une siiuree féconde, le roi profitait de la paix pour protéger le commerce. Les Etats généraux avaient stipulé en 1358, à Compiègne *, des garanties contre les exactions des agents financiers, qui arrêtaient les marchands sur les routes sous prétexte de visiter les ballots et de faire payer les droits, mais en réalité pour rançonner les voyageurs. Charles ne se contenta pas de veillei' à la sûreté des routes, il voulut développer dans le royaume l'activité commerciale. C'est ainsi (fue les Vénitiens, les Génois, les Toscans, les Bolonais -, les Portugais et les Castillans furent successivement attirés en France, où ils jouissaient de ta sauvegarde royale et possédaient des droits assez étendus; c'est ainsi que les privilèges des Juifs furent confirmés dès l'avènement du roi, et que différents ports furent ouverts au commerce maritime ^ Après ([ueh{ues années de paix, les paysans, affranchis des horreurs de la guerre, avaient repris les travaux des champs, et plusieurs villes favorisées par l'immigration avaient vu leur population s'accroître dans une proportion considérable.

Cette prospérit('' générale avait rendu plus facile le payement des impôts. La rançon du roi avait été aisément perçue, et lorsque l'aide, établie en 1360,

Page 1