‹ Histoire des États-GénérauxChapitre 129 sur 202 · Aug. Thierry, Histoire du tiers état, p. iil · texte numérisé non relu

Aug. Thierry, Histoire du tiers état, p. iil

2. Religieux de Saiul-Denis. Doc. in. de l'Hist. de France» t. I, p. 51.

mais le désordre continua dans Paris et ne s'apaisa qu'après la publication effective de l'ordonnance qui abolissait formellement toutes les impositions quelconques levées depuis le règne de Philippe de Valois *. Cette concession avait été arrachée par l'émeute; les princes espéraient bien que sa durée serait éphémère et que, la tempête calmée, on pourrait rétablir les impôts. Mais la foule, ordinairement si mobile, ne l'était point quand il s'agissait de ses intérêts. Les oncles du roi, qui voulaient à tout prix percevoir quelques subsides, imaginèrent un moyen d'atténuer la portée de la première concession. Ils réunirent des notables à Paris vers la fin de novembre. Nous n'avons connaissance de cette assemblée que par le préambule des ordonnances de janvier et de mars 1381, qui parlent des gens d'Église, des nobles et des bourgeois qui furent assemblés pour avoir advis sur la deffense et provision du royaume -.

1. « .... Par advis et meure deliberacion de nostre grant conseil et pour le relèvement et allégement de nostredit peuple.... mettons du tout au néant tous aides et subsides quelconques qui pour le fait desdites ^cuerres ont esté imposés, (niiilis et levés depuis nostre prédécesseur le roy Philippe que Dieu absoïile, jusques au jour dui, soient fotiages, imposicions, gal)elles, XIII», llIP' et autres quelconques.. .. » Ord., t. VI, p 327, IG nov. 1380.

2. Dans le rapport sur le concours de 1845, M. Amédée Thierry s'exprime en ces termes sur le point qui nous occupe : « Un des concurrents n'admet pas les Etats généraux de 1380, malgré l'opinion de Secousse; il eût dû exposer plus amplement ses raisons, car il résulte des trois ordonnances de janvier et de mars 1381, et du 11 juillet 1381, qu'il s'est tenu une assemblée de ce genre après la Saint-Martin d'hiver, probablement pour régulariser les concessions arrachées par la sédition. » [Mémoires de VAcnd. des sciences morales et polit., t. V, p. 793.) Malgré l'autorité de cet historien, nous nous sommes rangé aune opinion contraire. Aussi tenons-nous à exposer nos principaux motifs : Secousse (préface du VI"^ volume, page xxii) appuie son raisonnement sur les trois ordonnances. Écartons

Tout concourt à démontrer que cette convocation ne mérite pas le nom d'États généraux : au milieu du désordre et de l'efTervescence de Paris, une réunion

d'abord du débat celle du H juillet 1381 : aucune reclierche ne nous l'a fait découvrir, ni d.ins la collection des ordonnances, où le renvoi indiqué dans la préface est inexact, ni dans les tables chronolos^nques, ([ni ue contiennent dans toute l'année aucune ordonnance d'intérêt général se rapportant à l'objet i(ui nous occupe. Il y aurait donc là une erreur matérielle, cpii semble avoir été répétée dans presque toutes nos histoires modernes, sur la foi du savant commentateur des orilonnances.

Examinons maintenant les deux ordonnances de janvier et de mars 1381. L'une et l'autre affirment dans les mêmes termes qu'il s'est tenu une assemblée de gens d'Église, de nobles et de bourgeois pour avoir advis sur la défense et la provision du rogaume. Gela suffit-il pour croire à une véritable assemblée d'États généraux, lorsqu'aucun historien contemporain, aucune chronique n'en parle? Nous ne le pensons pas. Admettons un instant l'opinion de Secousse : quel eût été le rôle des députés de tout le royaume convoqués dans de telles circonstances à Paris? Ralifier purement et simplement les promesses que l'émeute avait arrachées. A quoi bon? L'ordonnance avait été rendue le 16 novembre : les impôts étaient supprimés; l'abolition était faite. Oui aurait jamais songé à dénier au pouvoir le droit de faire la plus libérale des concessions?

Evidemment, si les Étals généraux avaient été réunis, leur initiative aurait laissé quelque trace; personne au moins ne peut nier (ju'en de telles circonstances les oncles du roi n'eussent demandé des subsides : les Elats les auraient refusés. La lutte entre le pouvoir et les députés eût été inévitable, et l'histoire n'aurait i)u taire ce débat dans un temps où les moindres événements soulevaient l'émeute dans Paris.

De ce raisonnement la conclusion est fort simple : ou bien il faut soutenir ([ue les États généraux ont été réunis, et reconnaître en même temps que l'esprit d'action leuramantpié aussi bien que l'esprit de résistance, c'est-à-dire (ju'ils ont vécu sans donner aucun signe de vie; ou bien nous devons admettre qu'on a simplement réuni des notables arbitrairement choisis, et linéiques déjnités des provinces les plus voisines. Telle fut, suivant nous, l'assemblée que les princes, bien éloignés du désir de convoquer de réels Etats généraux, ont voulu décorer, dans les actes publics, d'un nom toujours cher au pays.

générale eiU pris en nn mninciil une altilnde prépondérante et n'eût pas niancpit- d'exercer une profonde inflnence sur la conduite des affaires. Celle-ci passa au contraii-e tout à l'ail inaperçue; elle ne laissa d'autre trace que les deux ordonnances qui nous permettent de deviner son objet.

La première, datée de janvier 1.'{8I, après avoir parlé des Ëtats tenus à Paris, annonce dans les termes les plus solennels l'abolition de tous les impôts; mais à la fin se trouvent quelques exceptions qui modifient le sens général de ce document '. En efTet, la nouvelle abolition ne s'appliquait pas aux droits de sortie sur les marchandises, aux rentes domaniales, ni aux redevances dues par les Génois, Londjards et Transmontains établis dans le royaume. L'ordonnance de janvier nous paraît donc le symptôme d'une réaction contre les promesses libérales de novembre.

En mars, un second document presque semblable fut publié -. Il contenait les mêmes exceptions : quelques l'acilités nouvelles accordées aux marchands, ainsi que la confirmation solennelle de l'ordonnance de 13oo et de celle qu'avait rendue en 1303 Philippe le Bel, furent les deux moyens auxquels recoui'urent les princes pour rendre moins impopulaire un acte dont le but était d'atténuer les concessions faites au peuple.

1. « Les metLons (les impôts) du tout au néant, saaz y comprendre toutes voies noz rentes, yssûes (droits de sortie), travers et prouffits des vivres et denrées menées hors de nostre royaume, qui nous demeurent, et seront levés par certaine fourme et manière qui sera ordonnée par noz gens, au moins de grief de noz subjets que faire se pourra; et aussi sanz y comprendre les redevances des Genevois (Génois), Lombards et Tresmontains, et nés bors de nostre royaume et de leurs denrées. » (Extr. de l'ordonn. de janvier 1380, OrcL, t. VI, p. y52.)

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