Religieux de Saiiit-Deni:., t. I, p
2. Avocat général au Parlement, il fut le seul magistrat qui osa demeurer à Paris pendant les séditions des Maillotins. Il mourut, à soixante-dix ans, victime de la réaction violente qui ensanglanta Paris. Son Age et ses longs services ne le préservèrent pas du supplice.
3. Conseiller et chambellan du roi Charles V, il avait conservé sous Charles VI ses fonctions, auxquelles il joignait celle de porte-oriflamme. Il avait acquis en 1364 la terre de l'Ile-Adam. d'où le maréchal de Villiers de l'IIe-Adam et le grand maître de l'ordre de Sant-Jean de Jérusalem, ses descendants, tirèrent leur nom.
4. Seplies. anno transacto, dur Andegavi.r. regens regnum, cum iitriusque status circumspectissimis viris specialia celebraverat Parlamenta. Relig. de Saint-Denis, lib. III, cap. I, p. i28.
voir ne voulait à aucun prix rorourir au seul moj'en eftirace et sérieux : la réunion des États généraux.
Toutes ces hésitatif)ns achevèrent d'irriter les esprits. Enthousiasmé par le bruit des troubles d'Angleterre, ainsi que par la longue et courageuse lutte des communes flamandes, le peuple de Paris était poussé à la sédition par l'exemple aussi bien que par l'effet d'une secrète alliance, nouée, malgré les distances et les obstacles de tous genres, avec les l'évoltés de Londres et de Gand.
Les Parisiens déclarèrent que lu ni promotcnir de subsides serait traité comme ennemi du peuple. Enfin, dans un grand nombre de villes, pour montrer qu'ils voulaient défendre leur liberté par la force, les bourgeois organisèrent des milices locales, nommèrent des chefs, et, à l'exemple de Paris, s'apprêtèrent à lutter contre l'autorité royale.
C'est au milieu de cette fermentation que le duc d'Anjou, à bout de ressources et de patience, eut la témérité de ressusciter l'ordonnance rendue l'année précédente par une assemblée de notables pour le rétablissement du droit de douze deniers par livre. Annoncée à travers les rues de la ville par un lionime qui échappait, grâce au galop de son cheval, à la fureur populaire, la levée de riin|)nsitiiin (1'^'^ mars 1382) fut le signal d'une terrihie émeute : les receveurs assassinés, l'ih'itel de Ville forcé et pillé, les maillets de plomb enlevés et distribués à la foule, tel fut le commencement d'une insurrection qui devait livrer Paris au peuple armé et en faire pendant quelques jours le théâtre des plus lion-ibles excès.
Pendant que Paris était en proie aux violences des Maillotins, les oncles du roi, continuant à chercher les moyens de remplir le trésor, imaginèrent de
CHARLES YI 2.3.')
tenir à Conipiù.^'iie, vors le milieu d'avril, une nouvelle assemblée, où étaient convoqués les députés (les principales villes '. M(^ssii'e Arnaud de Corbie, premier président du Parlemcml -, annonça que le conseil du roi était d"avis unanime « qu'il n'estoit pas possible que sans aydes la ebose publicque se peust conduire ^ w. Il dit (jue la volonté du roi était de donner cours à ces impôts comme au temps de son père, puis il demanda à chacun de déclarer franchement son opinion à cet égard : la seule réponse qu'on obtint des députés était de nature à donner peu d'espoir. « Ils n'étoient venus, dirent-ils, que pour ouyr et rapporter, mais ils s'employeroient de leur pouvoir à faire consentir ceux qui les avoient envoyés à faire le plaisir du Roy. « Ainsi se termina cette conférence.
Quelques jours après, vers la fin d'aviil, à Meaux, puis ensuite à Pontoise, plusieurs députés revinrent trouver le roi pour lui rendre compte de leur mission : partout ils avaient rencontré la plus vive résistance. (( Nous aimons mieux mourir que de subir
1 Rex quibusdani ex jmtenlloribnx regui diem dixit.
Relig. de Saint-Denis, lit). III, cap. v, p. 148. « Le roy, ses oncles et son Conseil cuidoient par simulations induire le peuple à consentir les aydes estre levées comme du temps de son père, et assembla les trois Kstats à Compiègne et à la niyapvril manda les plus notables des villes à estre devers luy, et obéirent. » Histoire de Charles VI, roy de France, par mess. Jean Juv. des Ursins, arch. de Reims, 1614, in-'t°, p. 25. — Juvénal des Ursins a-t-il voulu parler d"une assemblée de notables ou d'une réunion d'Etats généraux? Nous inclinons à penser, en rapprochant cette phrase de la chronique du Religieux, que cette réunion ne fut qu'une assemblée de notables.
2. Quoique Pierre de Giac fût alors cliancelier, Arnaud de Corbie dut à la faveur dont il jouissait la mission de porter la parole dans l'assemblée des États. Il devait recevoir les sceaux six ans plus tard.
:J. Juvénal des Ursins, ihid. ,
236 KTATS GÉNÉRAUX
l'impôl «, tel était le cri de toutes les villes '. Seuls, les députés de Sens avaient accordé un impôt sur toutes les marchandises; or, quand il s'agit de le percevoir, les esprits étaient tellement excités par le mouvement qui se manifestait de toutes parts, que le peuple s'y opposa avec la dernière violence et qu'on dut renoncer à le recueillir.
Ainsi la situation devenait chaque jour plus mauvaise ^ Le gouvernement n'avait pu rien arracher aux deux assemblées de 1381 et de 1382.
On vient de voir quelle fut leur attitude : ces deux réunions ne doivent pas garder devant l'histoire le nom d'États généraux; elles n'en eurent pas le caractère; on ne vit pas d'élections générales, les contemporains ne nous apprennent pas que toutes les provinces aient pris part au mouvement. Le rôle de ces assemblées fut aussi obscur que leur origine : elles ne montrèrent ni intelligence, ni initiative; se bornant à une résistance passive, elles sont demeurées inertes en présence des désordres qui déchi' raient le royaume. Qu<dqu(^s lignes d'une chronique, une phrase dune ordunuauce, tels sont les seuls
{. « El tous presque firent response. que aincois aimeroienL mieux mourir ([ue les aydcs courussent. >' (Juvénal des Ursins, p. 21.)
2. Les historiens qui ont parlé de cette lutte du pouvoir avec la nation en ont presque tous exagéré le sens au profit de leurs opinions personnelles et de la thèse qu'ils défendaient. 11 est incontestable ipie le peuple devait protester contre le rétablissement illégal et violent des aides, les États n'ayant point été appelés à les voter. .Mais lorsque les princes, réunissant les notables à Gompiégne, demandèrent aux délégués des villes le vote de rimpùl, ne devait-on pas se borner à réclamer une convocation des Etats généraux plutôt que de rejeter violemment une requête que la pénurie du trésor rendait si légitime? Le domaine ne suffisait plus à la marche du gouvernement : les aides étaient nécessaires dans une organisation générale qui comprenait tant de services différents.
CHARLES Vl â37
iiKiiiniiK'iils (|iii nous apprennent leni- existence : elles ne méritent pas davantage l'attention de la postérité.
La persistance de la l)onrgeoisie à refuser rimp(H devait attirer sur elle les rigueurs du pouvoir : les victoires remportées par Charles VI sur les Gantois furent le prélude des vengeances qui ne tardèrent pas à s'appesantir sur les Parisiens. Ils perdirent en un jour leurs antiques privilèges : réchevinage, la milice, l'existence indépendante de leurs corps d'arts et métiers furent d'un seul coup abolis par une ordonnance '. Si le sang cessa de couler après quelques jours de terreur ^, ce fut pour laisser au prince le temps de remplir le trésor royal, dont le vide impossible à combler causait toutes ces violences. Les aides et les gabelles furent rétablies purement et simplement ^ Les confiscations succédèrent aux supplices*; on arriva ainsi à désarmer complètement' la bourgeoisie. Les dépositaires de l'autorité iT)yale ne prévoyaient pas quels abîmes une telle politique creusait sous leurs pieds. Quand le jeune roi, parvenu à sa majorité, voulut restituer
1. Ordonn. du 21 janvier 1383 (n. s.). Ord.. t. VI, p. 685. -=- Relig. de Saint-Denis, t. 1, p. 230 et suiv.
2. Le Religieux de Saint-Denis nous apprend que les oncles du roi profitèrent de leur pouvoir absolu pour faire périr les derniers survivants des troubles de 1337, tant était vivace le souvenir de ces années d'émeute (t. I, p. 241).