Relig. de Sainl-Denis, t. I, p
tous les deux écartés du gouvernement, seul moyen, assurent les docteurs, de déjouer la fatale ambition qui est la cause du conflit. Les princes éloignés, l'Université demande que le roi choisisse dans les trois États, pour les remplacer, des hommes sages, éclairés, craignant Dieu et dévoués au bien public *.
Ainsi, c'est TUniversité qui se constitue gardienne des vœux émis, un demi-siècle auparavant, par les derniers États généraux. Nous verrons plus loin qu'elle se montra dépositaire fidèle et vigilante des espérances que le tiers état avait toujours tenu à honneur de défendre. Mais reprenons notre récit.
Le 24 septembre 1410, dans une nombreuse assemblée tenue au l^alais, au milieu d'un grand concours de bourgeois de Paris, le roi de Navarre, au nom du parti de Bourgogne, déclara accepter les propositions de l'Université, si la faction adverse y adhérait également. Le duc de Berry s'y étant soumis, le roi désigna les gens des trois États qui composeraient son conseil : il choisit trois prélats et treize chevaliers sous la présidence de l'archevêque de Reims *. On put croire un instant que la paix serait due à l'Université; mais l'illusion fut de courte durée.
Une année ne s'écoula pas sans que cette tentative dût être renouvelée. En juillet 1411, le roi tint une assemblée de prélats, de nobles et de bourgeois des principales villes, auxquels se réunit l'Université de
1. Quod si acquiesçant (principes) facere. in locwn ex trino statu eligantw viri prudentes, experti. timentes Deinn, et qui zelutn ad ron publicam habeant; 7iam indubitanter speramus (juod sic rer/i ulque regno cuncta prospère succèdent. Relig. de Saint-Denis, t. IV, p. 372.
2. Relig. de Sainl-Denis,, t. IV, p. 383. Simon de Cramand occupait le siège de Reims depuis le 18 janvier 1409. Il devait être cardinal, et fut connu h la 6n de sa vie sous le notu de cardinal de Poitiers. {Gall. Christ.)
CQARLES VI 241
Paris '. Le chancelier - exposa aux députés ([ue le pai'ti d'Armagnac était à la veille de rompre la paix, que le roi était déterminé à la lui imposer, que pour une telle entreprise, les revenus du domaine ne pouvant sunire, le clergé et l'Université devaient s'associer aux habitants du royaume pour fournir l'argent nécessaire. L'archevêque de Reims répondit au nom (les prélats qu'ils y consentaient. Les bourgeois de l'aris oll'rirent de payer la solde de 500 hommes pour trois mois. Les députés de l'Université demandèrent du temps pour délibérer : au jour marqué, ils se présentèrent de nouveau devant le roi. En leur nom, ainsi qu'au nom du clergé, le chancelier de Notre- Dame (le Paris « déclara que leurs ressources étoient trop faibles pour leur permettre de faire un prêt; chacun savoit d'ailleurs que le roi avoit un revenu de 200 000 écus d'(tr par mois, ce qui était bien suffisant pour soutenir la guerre, si l'argent n'étoit pas prodigué à de méprisables favoris ». Il termina enfin en proclamant qu'on « se montroit indigne du titre de roi, lorsqu'on écrasoit ses sujets d'exactions injustes, et que l'histoire des temps passés prouvoit qu'en pareil cas un prince méritoit d'être déposé ^ ». Un tel langage avait fait grand bruit, et « le chancelier de France avait commencé une poursuite contre l'insolent orateur, mais il n'avait pas osé aller jusqu'au bout, dans la crainte sans doute d'exaspérer des gens qui craignaient si peu de se brouiller avec
1. Circa julii viensis initium. rex ex suis illustribus prelatîs et Universatis Parisiensis deputatis. nec non summx auctoritalis burgensibiis générale conciUion celebravit, ut sciretur qualiter regeretur regnum. Relig. de Saint-Denis, t. IV, p. 414.
2. Charles de Savoisy avait été pourvu de cette chantée en 1410. Hist. des chanceliers et gardes des sceaux de France, par du Chesne. Paris. 1680, in-f°.