Le Laboureur, Histoire de Charles VI, \. 33, c
DISCOURS DE PAVILLV 247
rUniversilé chargeait un do sos docteiu-s de rédiger un uiéinoii'o complet des vices de l'administration et des remèdes qu'on pouvait y apporter. On obtint une nouvelle audience pour le 14 février. Au jour lixé, le roi et les princes étant l'éunis à l'hôtel Saint-Paul, un simple moine de l'ordre des Carmes, Eustache de Pavilly *, se leva pour lire, en présence d'un grand nombre de députés, les remontrances les plus énergiques que le triste règne de Charles VI ait entendues.
Le Religieux de Saint-Denis et Monstrelet nous ont conservé dans leurs chroniques les passages les plus curieux de ce mémoire ^, dont la lecture, au dire des contemporains, dura plus d'une heure et demie.
Après s'être félicité hautement, au nom des députés, du rétablissement de la paix, il demanda au roi d'en assurer la conservation, en la publiant sous forme d'ordonnance, et en exigeant le serment des
1. Nous ne savons rien de sa vie. Il est cite comme un des plus célèbres prédicateurs de Paris vers l'an liOO, dans VHist. litL de la France, t. XXIV, p. Tn.
2. « Et sur ce Nous qui avons désir et affection très singulière de pourveoir et de remédier aux inconveniens eminens qui estoient au préjudice de Nous et de nostre bon peuple, et de employer en ce nostre personne, noz amis et toute nostre chevance, eussions recpiis lesdits prélats, chevaliers, escuyers, bourgeois et mesmement nostre très cliiere et très aimée fille l'Université de Paris, et autres assemblez par devers Nous, que sur les choses dessusdictes, Nous baillassent leurs bons advis, confort et ayde, lesquels Nous eussent faict response sur les choses dessusdictes et Nous eussent présenté certain roolle en parchemin, que Nous eussions fait lire publiquement en grand conseil desdits prélats, chevaliers, escuyers, bourgeois et autres subjects de tous estats en très-grand nombre estoient, par lequel roolle ils Nous avertissoient de plusieurs grands abus, maulx et inconveniens qui estoient
advenus en nostredict royaume » (Préambule de l'ordonn.
du 2o mai 1413, Ord., t. X, 70.)
seigneurs (lui continuaient la guerre civile sous le comte d'Armagnac.
« Quant aux secours et à l'assistance que le roi a demandés à ses sujets, dit l'orateur, il est facile de prouver que si les ressources sont insuffisantes pour tenir un état royal et pour entretenir une puissante armée capable de défendre le royaume, c'est la faute des officiers revêtus des charges publiques. >> Passant en revue les différents abus, il entre dans les plus minutieux détails. Sous Charles V, quatre parts étaient faites des revenus du domaine : — les aumônes, — la maison du roi, — le salaire des serviteurs et l'entretien des châteaux, — puis le reste était mis en l'épargne du roi. Reprenant chacun de ces services, il démontre qu'ils sont inégalement et injustement dotés. « Les aumônes et les fondations ne sont point acquittées : c'est un douloureux spectacle, s'écrie-t-il, de voir les religieux des abbayes attendre des journées entières sur les degrés du palais royal, puis se retirer sans avoir rien reçu : c'est ainsi qu'églises et hospices tombent en ruine. La maison du roi absorbe le plus clair des revenus : î)i 000 francs d'or suffisaient largement à Charles V pour tenir un grand état et payer ses créanciers; aujourd'hui on paye mal ce qu'on doit, et ioO 000 francs d'or sont versés chaque année entre les mains des maîtres de l'hôtel. La maison de la reine a suivi la même progression : de 30 000, elle est passée à 104 000, et chacun sait que les salaires ne sont pas plus élevés. C'est aux trésoriers qu'il faut faire remonter la responsabilité du mal : l'un s'est enrichi subitement sans que ses gages puissent expliquer une si rapide fortune ; l'autre a fait construire des édifices splendides, qui dénoncent à tous ses dilapidations. A côté de ce faste, les serviteurs de l'hôtel