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DISCOURS DE PAVILLY

no sont pas payés, les moulins et les fermes du domaine ne sont point enli'ctciiiis, et il n'y a pas nii denier pour l'épargne '.

« La perception des deniei's publics doit surtout appeler l'attention du roi : il y avait jadis deux trésoriei's : aujourd'hui leur nombre varie, suivant le capt'ice du moment. Leurs gages dépassent 3000 francs d'or et leurs profits illicites peuvent se monter de 16 000 à 20 000 francs -. Les généraux des aides pillent de leur côté, et il suffit (fuils soient deux ans en charge pour qu'ils se vantent d'avoir acquis 1-2 000 francs d'or.

« Plus on approche de la personne du roi, plus le désordre est grand ^.

i. Dans ce temps où on savait à peine l'histoire du siècle précédent, les prédécesseurs du roi jouissaient presque toujours d'une popularité qu'ils n'avaient pas connue de leur vivant. A côté de Charles V, Pavilly cite parmi les plus ordonnés Philippe et Jean! Étrange témoignage de la perpétuelle tendance du peuple à regretter sans raison le passé!

2. L'orateur désigne même les noms des trésoriers, descendant à des personnalités qui enlèvent à ses remontrances la dignité et l'ampleur. En pai'ticiilarisant comme Juv. des Ursins le souhaitait (voy. p. 2415, note 3), Pavilly nous donne des détails fort curieux sur le luxe de ces nouveaux enrichis : André GuilTard, après s'être ruiné, fut nommé trésorier et, en peu d'années. « il a été tellement rempli de deniers, qu'il est maintenant plein de rubis et de diamants, de saphirs et d'autres pierres précieuses, de vètures, de chevaux, et tient un excessif état, rempli de vaisselle, c'est assavoir de plats, d'écuelles, de pots, de lasses et de hanaps ». (.Monstrelet, chap. 99. Harangue d'Eust. de Pavilly. 'i

3. « Antoine des Essarts (le frère du prévôt de Paris) est chargé de la garde de l'épargne; chaque année, il reçoit 120 000 fr., qui doivent être mis dans les colTres à la disposition du roi dans des cas urgents; en vain fit-on faire deux clefs pour que le roi en conservât une sur lui; on eut la hardiesse de la soustraire au prince, et Antoine des Essarts mène, grâce à cette somme, un train royal. Aussi garde-t-il fort mal

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« C'est ainsi, conliiiiic l'orateur en s'adressant au roi, que vous êtes contraint de recourir à des usuriers quand les nécessités de la guerre vous forcent à dépenser quelque argent. Vous donnez alors 15 000 francs pour en recevoir à peine 10 000 : votre vaisselle et vos joyaux d'or servent de gage, et vous vous ruinez. Parfois vos receveurs vous avancent quelques milliers d'écus, qu'ils comptent recouvrer sur leurs receltes : on ne manque pas alors de les destituer, sauf à les replacer plus tard. Voilà comment sont ruinés les agents subalternes et pourquoi en une circonstance urgente vous ne pouvez trouver de l'argent.

« Mais au sommet de la hiérai'chie financière est le plus grand coupable : le prévôt de Paris, Pierre des Essarts, doit être contraint de rendre compte des sommes immenses qu'il a reçues depuis trois ans. Il a vendu à deniers comptants les charges de l'État à des gens incapables, et ses revenus sont hors de toute proportion '.

« Le nombre excessif des collecteurs, receveurs, gardes des gabelles est une cause incessante de dilapidations. Un jeune homme cntre-t-il au service d'un receveur ou d'un grènetier, quelle que soit son intelles joyaux et les livres. (C'était la magnifique collection de 900 manuscrits rassemblés au Louvre par Charles V.)

« Le chambellan Maurice de Ueuilly est plus audacieux encore. Il reçoit dix écus d'or chaque jour pour l'argent de poche du roi, mais il les garde pour lui, pendant que le prince est sans argent et ne peut même donner un denier. »

1. Pierre des Essarts, né en 1360, s'attacha à la fortune du duc de Bourgogne, qui le nomma en li08 prévôt de Paris. Peu de temps après, il devint surintendant des finances, et se détacha de la faction de Bourgogne. Sa lin devait être tragique. Cliassé de sa charge, assiégé dans le fort de la Bastille, il fut pris par la populace et livré au Chàtelet, qui le condamna à mort. Il fut exécuté le 1" juillet 1413.

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ligence, en peu de temps il est i'icli(\ mùin' iiii ;;rainl et excessif état et achète des biens considérables. Pendant ce temps, les chevaliers et les écuyers qui vous servent fidèlement sont bien heureux quand ils peuvent toucher une faible part de leur solde. De \h résulte un désordre général de la discipline, car maintenant les gens d'armes, qui ne peuvent obtenir leur paye, prétendent vivre de rapines sur le pays.

« Tels sont les excès qui demandent une prompte réforme et que vous devez mettre votre honneur à réprimer, ainsi que le luxe scandaleux de tous ces parvenus enrichis en un jour et prêts à dépenser aussi vite leur fortune en vêtements, en meubles et en chevaux.

« Autrefois le Grand Conseil était composé d'hommes sages dont le nombre était limité; depuis quelques années tout le monde y est admis; les conseillers des princes y assistent; les délibérations n'ont pas de fin, et les affaires sont entravées par la multitude même de ceux qui veulent conseiller le roi.

« Cet abus n'est point seulement un obstacle à la bonne expédition des affaires, mais un danger politi(|ue. Aussi voit-on en ce moment les habitants de Murât et de la Rochelle prêts à se détacher de la couronne pour s'allier aux Anglais, parce qu'ils ne peuvent obtenir justice des gardiens du trésor royal.

« Le Parlement est bien dégénéré : au lieu de ces personnages dont la prudence était renommée, et qui gardaient si haut le grand nom du droit que non seulement les chrétiens mais les infidèles eux-mêmes étaient venus sans hésiter leur soumettre leurs différends, on ne craint pas de choisir par faveur des hommes jeunes et ignorants qui se montrent indignes d'un si grand office. Il y a telle famille qui compte plus de dix de ses membres dans le Parlement,

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comme si un arrêt délibéré par de tels ju^es pouvait être légal! Enfin les causes des pauvres et des églises sont toujours sacrifiées à celles des riches.

« A la Chambre des comptes, le désordre est bien plus grand. On y trouve réunis tous les vices. Quoique plusieurs nouveaux membres aient été nommés depuis quelque temps, on n'aperçoit aucun progrès. Pourquoi s'en étonner, lorsqu'on y voit entrer un receveur des finances qui n'a point encore rendu compte de sa gestion? Quelle garantie peut offrir une telle institution, quand celui dont la gestion doit être contrôlée est chargé de contrôler les autres?

(( Ce qui doit avant tout appeler les réformes, c'est le nombre excessif des emplois publics : le nombre des généraux des finances est passé de deux, sous Charles V, à sept, sous son fils; les maîtres des requêtes de l'hôtel, inutilement multipliés, servent à prouver combien est urgente une réduction considérable.

« L'organisation de la chancellerie et les revenus scandaleux du cbancelier méritent aussi un examen approfondi : on verra par la plus simple enquête les profits énormes de tous les gens de justice ; on constatera la vente des charges, le cumul des fonctions les plus incompatibles, et le besoin absolu d'une réforme générale.

« Plusieurs jours ne suffiraient pas à peindre ces désordres, dit l'orateur de l'Université ; mais pour arriver à l'aide que vous avez demandée aux prélats, nobles et bourgeois assemblés, voici leur réponse * :

1. Cette forme collective ferait croire que TUniversité avait reçu un mandat régulier pour faire ces remontrances : celle liypollièse, qui ne repose, il est vrai, sur aucuu fait aulhenlique, s'accorderait parfaitement avec cette phrase détachée d'un ancien manuscrit : « En 1412, assemblée pour réformer

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L'Université et vos fidèles bourgeois pensent que pour olifcnir proinptonient des ressources, il est nécessaire que vous ferniiez dès à jtrèsent la main aux collecteurs et receveurs, qu'ils soient privés de leurs offices, (pie leurs biens, meubles et immeubles soient provisoirement mis sous séquestre, jusqu'à ce ({u'ils aient rendu compte de leur gestion.

<^ Pour réformer tous les abus que nous venons d'énumérer et pour se procurer de l'argent, il ne suffit pas de nommer des commissaires qui procéderont à des enquêtes sans fin. Il n'y a qu'un seul moyen, c'est de calculer la fortune de chaque receveur entrant en charge et d'estimer, déduction faite de leurs gages annuels, la valeur des biens qu'ils ont amassés; vous pourrez à bon droit les ctnitraindre alors à restituer ce qu'ils ont évidemment ac(iuis aux dépens du trésor.

« En même temps que vous ferez examiner toutes les comptabilités du royaume, vous révoquerez les dons excessifs et les pensions qui détournent les subsides de leur véritable emploi : la guerre et la maison du roi.

« Si vous avez besoin de ressources encore plus promptes, vous pouvez faire un emprunt forcé sur quinze cents riches bourgeois, qui, vous prêtant chacun cent francs, verseront dans vos coffres cent cinquante mille francs d'or. On désignera pour lever ces sommes des personnes hiHinêtes qui en surveil-

les abus du royaume. Peu de convoqués y vinrent et mêmement des nobles. Les deux autres États, ayant pris leurs conclusions sur leurs cahiers, firent un monopole, choisissant l'Université pour déduire le tout devant le roy. >> — Ms. de la bibl. de Saint-Germain des Prés : De Vorigine de la convocation des trois États de France, p. 13, cite dans les Rech. sur les États généraux (1770). Voy. Rathery, Hist. des Et. gén., p. 111.

Icroiil l'emploi sans prélover aucun salaire. La paye (les gens de guerre, la réparali<jn et rentreticn des maisons royales, tel serait l'usage de cette somme. Puis les mêmes personnes recevraient les comptes des collecteurs et suivraient ren(|uèle sur les malversations des receveurs. Enfin les fermes seraient partout supprimées et remplacées par des agents du fisc recevant des gages raisonnables, mais n'ayant aucun intérêt personnel à pressurer le peuple.

« En résumé, le Parlement et la Chambre des comptes doivent être épurés, le Conseil du roi réorganisé et composé d'hommes sages dont la loyauté Boit une garantie sérieuse de la bonne administration de l'Etat. »

En finissant cette peinture des maux qui aflligeaient le royaume, l'orateur de l'Université demanda énergi(|uement « que ces remontrances portassent plus de fruits que les précédentes '. Il insista pour que le roi chargeât des princes de diriger ces réformes, et il exhorta les prélats et les députés présents à dénoncer ceux qui se rendaient coupables dans les provinces des mêmes malversations ^ »

1. Eustache de Pavilly fait allusion aux assemblées convoquées depuis (|uel<iues années par les princes : l'Université y avait toujours été a|)pelée, et quelquefois on avait entendu sa voix. Voyez entre autres l'assemblée du 26 août 140o, réunie à Paris le lendemain de Feutrée de Jeau sans Peur. On y avait annoncé la réunion prochaine des Étals généraux pour satisfaire le peuple. Juv. des Ursins, p. 207 et 219.

2. Nous avous tiré ces extraits de .Alonstrelet, cliap. 99, et du Religieux de Saint-Denis, IV, lia à "69. Ce discours, où on rencontre si peu de phrases déclamatoires et laut de faits précis, ressemble moins à une harangue du xv siècle qu'à ces grandes remontrances des États que produisirent, sous le uom de cahiers, les célèbres assemblées de la fin du xvie siècle. On y constate cette netteté et cet esprit organisateur qui permettaient au pouvoir d'en extraire le texte même des ordonnances.

EFFET DES REMONTRANCES 21m

Ce mémoire, aussi arcaliiaiit par la précision des faits alléj:;ués ((ue par leur énormité, l'ut approuvé (le tous les députés et aeclamé par la foule. En présence do celte démonstration, les princes et les seigneurs, forcés de se prononcer, n'hésitèrent pas à s'associer à un mouvement qui se faisait tout au profit du duc de Bourgogne. Le roi lui-même l'approuva, de sorte qu'en un instant l'assemblée tout entière parut entraînée par le même sentiment d'indignation contre les dilapidateurs. Ceux-ci, plus morts que vifs, avaient entendu avec terreur prononcer leurs noms; mais ils avaient espéré que les paroles d'un docteur de l'Université ne seraient pas capables de les compromettre sérieusement. Leur illusion fut de courte durée et leur déception terrible. Quelques jours après, la plupart des ofticiers accusés furent arrêtés, et ceux qui avaient pris la fuite, poursuivis et traqués, furent soumis aux plus cruelles épreuves.

Les remontrances de l'Université devenaient ainsi le manifeste de la faction de Bourgogne, qui comprit bien vite le parti qu'elle pouvait tirer de la situation. De leur coté, les docteurs, tout fiers de leur succès, et quelques bourgeois de Paris 's'entremirent auprès du duc de Guyenne '^ pour hâter l'exécution des promesses royales. Ils firent nommer une commission spéciale de douze membres, chargée de réformer les abus signalés. Elle comptait dans son sein l'abbé de Saint-Jean, dont la harangue avait été fort remarquée dans une des premières séances, ainsi que plusieurs députés aux Etats et des membres du Par-

1. Sans doute les députés de Paris; le Religieux de Saint- Denis dit : Cires Parisie?i>;e.s' ad hoc electi.

2. Louis, dauphin,, né eu 139G, mort eu lll'i sans postérité, frère aîné de Charles VII.

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leineiit '. Le r;ip|)n)chement de ces noms est fort cui'ieux en <-e qu'il permet d'affirniei' que cette démanlic de l'Université et les réformes qui en lurent la suite étaient la conséquence des Etats généraux et comme leur suprême testament. Inspirées par les trois ordres, les doléances que nous venons de résumer étaient l'expression des vœux de la nation; elles ne reçurent de l'Université que la forme et le style, mais empruntèrent aux députés leur esprit et jusqu'à cette passion du bien public, un peu étroite et jalouse, qui consistait à demander aux confiscations et aux persécutions personnelles les ressources que ne fournissaient ni l'épargne ni les revenu spublics. Quoi qu'il en soit, on peut déjà dire de ce document ce que nous aurons occasion de faire remarquer plus loin, c'est qu'en ce temps les paroles étaient moins violentes que les actes, et que les termes des remontrances ne laissent point supposer que Paris traversât alors une longue période de désordres populaires et d'excès démagogiques.

Nommés vers la fin d'avril 1413, les commissaires entreprirent l'examen des réformes, et les continuèi'entsans interruption - pendant que Paris retom-

i. 1/évèqiie de Tournai, labbé de Saint-Jean, les sires d'Offemoul. de .Moy, de Blaru et le vidame d'Amiens, chevaliers, le confesseur et l'aumônier du roi Jean Courtecuisse, un des plus fameux docteurs de l'Université), Gaillard Petit-Sène et Jeau de Longueil, de la chambre du Parlement, Pierre Cauchon, membre de l'Université (celui dont le nom devait être flétri par son rôle dans le procès de Jeanne d'Arc), et Jean de l'Olive, échevin de Paris.

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