LEUR INFLUENCE -W
iiiciil se t'iiil-il ciifiii (|ue legônôreiix effort cKxompli par iiiie nation riiiiUM' n'ail reiic()iilr('' ni la reconnaissance (les contoinpoi'ains, ni incinc le sonvenir de l'histoire? l'our qni se rend un compte exact de l'état de la France sous Chai'Ies YIl, la réponse est aisée : on assistait à la l'ésnrreclion miraculeuse d'une royauté qu'on avait un instant ci-ue perdue; le hasard des combats, la vaillance des chefs, le saint enthousiasme d'une jeune fille, avaient chaui^é la défaite en un mai;nifique triomphe. Le charme mystérieux des Ifj^endes uni à la joie de la délivrance, tout ce qui pai'le le plus vivement a l'imagination des hommes hansportait les contemporains liors des sphères arides de la réalité. Les paysans dans les villages naguère dévastés, aussi ])ien (pie les seigneurs au Tond des châteaux, pouvaient-ils rappeler avec le même orgueil les tailles que leui' palriotique i-ésignation avait acceptées et les glorieux cond)ats dont leur âme était enivrée? On ne doit pas s'étonner de leur silence : ce serait méconnaître les penchants du co'ur humain, toujours plus sensible à la gloire (|u"aux obscurs sacrifices. La surprise serait surtout déplacée au milieu du xv" siècle, dans cet âge héroïque (le notre vieille France, où nous ne pouvons deman- (li I- au chroniqueur ému et inspire'' ni les sévères recherches, ni la consciencieuse précision qui sont i'H d'autres temps les premières qualités de l'historien '. On nous accordera donc (jne les contemporains
I. Nous n'avons pas relevé, au cours de notre récit, les nombreuses sessions d'Etats provinciaux. L'examen de leurs votes confirmerait notre jugement. Les remarquables études de y\. Aiit. Thomas {les États provinciaux dans la France centrale sous Cfiarles. 17/) ont démontré la fré(iueuce de ces assem- ])lées et le généreux élan de la nation s'associant aux dépenses de la guerre par les pins lourds sacrifices.
.Tl(» ÉTATS DE CHARLES VU
ont pu perdre cIr vue les sessions multipliées (pii réuniront pendant neuf années autour du daupliiu les envoyés des rares provinces demeurées fidèles h sa cause. Le roi d ailleurs ne tenait pas à soulever le voile qui dissinnilait loriginc de ses ressources financières : il n'avait rien à gagner à cette découverte: peu soucieux de partager avec personne Tlionneur de la délivrance nationale, et encore moins désireux de laisser s'affermir le principe du libre consentement de l'impiH, Charles VII s'accommodait fort bien d'une ingi-alitude qui tournait au profit de son prestige.
La réhabilitation des États généraux ne pouvait donc venir de la royauté. Seuls, les députés auraient pu revendiquer le mérite de tant de sacrifices *, mais ils étaient eux-mêmes fatigués de leurs continuels voyages : las d'exercer un pouvoir dont chaque actr était marqué par un nouvel octroi de subsides, ni; rencontrant, quand ils revenaient dans leurs provinces, d'autre récompense de leur dévouement que la froideur et souvent l'indignation des taillables, qui rejetaient sur eux le poids de leur ruine, les députés ressentaient l'eiYet de cet épuisement général qui a été dans tous les temps le meilleur auxiliaire et h' fidèle avant-coureur du despotisme, offrant en échange des garanties perdues le repos et la sécurité matérielle.
Voilà (lune (juello était, au milieu du règne de Charles Vil, la situation de la France : les États généraux, maîtres des impôts et de la fortune publique (juand le pouvoir était abaissé et à demi vaincu, se trouvaient tout à coup placés en présence d'une
{. Aux États de Tours, les députés du Languedoc rappelèrent avec tierté leurs sacrifices, en soutenant que la délivrancinationale leur était due. Voir le cahier particulier du Languedoc, art. 2-
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l'oyaiitr virturioiisc, appuyiM' sur une armée qui a\'ait délivré la France, et prête à multiplier les etTorts pour s'affranchir, à l'exemple de Charles V, des liens (pi"elle avait subis à regret.
Comment la royauté sut-elle metti-e à i)rofit la victoire? Comment parvint-elle sui-tout à faire consacrer par la nation rabandon de son plus précieux pi-ivilége? C'est ce qui nous reste à examiner dans la seconde partie du règne de Charles VU.
A ré[)oquc à laquelle nous stjinmes pai'venus, il n'y avait ((ue deux sentiments qui agitassent })rofondéint'nl toutes les classes de la société française : la haiiu' de l'étranger, et riiorreur des désordres commis par les gens de guerre.
La répression des pillages, aussi bien que l'indé- |ieiidance du sol, ne pouvait être obtenue qu'à l'aide dune force l'égulière au service d'une organisation |iuissante. Or, l'unique moyen de créer et de maintenir cette force était la constitution d'un revenu fixe, rt'svdtant non plus d'im impôt éphémère accordé sous l'empire d'un élan national, mais provenant de tailles régulièrement assises, annuellement perçues, et répondant aux besoins constants de l'État.
Les tentatives faites en 1434 pour réunir une gi-ande assemblée ne paraissent pas avoir eu de succès. Après une réunion sans importance en août à Tours, et une convocatiou à Montferrand pour le 4 décembre, con- V(»cation générale que la répugnance des dc'pulés du Languedoc pour les réunions communes lit avorter, les députés des provinces de l'Ouest s'assemblèrent à Poitiers, en janvier 1435. Devant une nombreuse assistance, l'archevêque de Vienne exposa, au nom (lu roi, les « grandes charges et affaires » qui nécessitaient le rétablissement des anciennes aides, et déclara que le peuple en serait moins foulé. Malgré la
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vive o|(|)()siti(»ii (l'iiiic iiiiiiurifp, la nipsurt' fut vott'c Les aides lurent rdahlies pour quatre ans et une somme de liO OOt) livres fut accordée au roi K Les États provinciaux mirent de nouveau obstacle à ce mode d'imposition, en substituant aux aidc^ un impiil direct supplémentaire -.
Un an après, une nouvelle tenue d'États de Lanjxue dOïl eut lieu à Poitiers. Des lettres de Tours en date du (S janvier 143fi rappelaient les « grandes diligences » que le roi avait faites pour la défense de son royaume et aussi pour « mettre paix et union dans sa seigneurie ». Il taisait allusion au traité d"Arras qui avait été signé le il septembre avec le duc d<' Hourgogne.
Cette session otlVit ini grand intc-rét au point de vue politique et admiiiistratif. Depuis ["avènement de (lliarles VIL la couronne n'avait d'auti-e i-evenu régulier que le domaine : les ressources extraoï'dinaires si souvent votées par les États avaient toujours éti' perçues sons la forme d'un impôt direct. Le roi avait cherché à rétablir les taxes indirectes abolies en 1 418. mais il n'avait jamais cru pouvoir le faire de sa propi-e autorité. Ce (jui lui semblait au-dessus de ses forces, il le demanda aux États de Poitiers. La paix conclue avec le duc de Bourgogne, Charles VII n'avait plus atTaii-e (|u'aux Anglais; la monarchie était sau- \i'e, il lailail songer à consolider la victoii'e.
Les États votèrent :2(HM)()() livres » pour l'estoiement et soustenement des tVontières '' », puis ils consentirent au rétablissement pur et simple des aides *.
1. li;ii)port des dt-pulés di; la villi- de Tours, Ref/. des delihfii-at., lo janvier 143.'» (n. s.). — A. Thomas, loc. cit., p. ;](i.