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ÉTATS

sous LE UÈIÎNE DE LOUIS X[

Loin (rapporlci- sui- le Ivnwc les passions qui rayaient entraîné à la n'-vdlte conlre son père, Louis XI se montra, dès le début de son règne, Limplaeable adversaire de la noblesse. La fougue indiseiplinèe du jeune houiiiii' l'avait jeté dans la Praguerie: la raison politicpic du pi-inre [o (il l'ennenii d'une coalition toute send)lable, animée des mêmes ambitions, mais prenant le bien pti/j/ic pour prétexte et pour l)ut '. Le earadere de cette ligue, son diapeau, son nom lui-même, étaient autant d'appels ;i l'opinion générale, dont les princes navaient pas lait assez de cas à Ncvcrs. et doni ils sentaient la

1. « Si nous avions consenti, disait-il dans une leltre où il réfuloit les principaux griefs des ch(>fs de la Ligne, à augmenter leurs pensions, et leur avions permis de fouler Irurs vassaux, comme par le passé, ils n'eussent guère pensé au bien public. »

nécessité ilc réclniiiri' rapj)iH '. Louis XI. di'pldy.iiil une activilr ini'i'vr'illcusf', remporta quelques succès (le paiolc et crêpée, mais ne voulant pas livrer sa j)(ilili(|iic aux. hasards des batailles, il linit par s'incliner eu signant Ir traité de Conflans. « humiliante capitulation de la loy.iulé vaincue par l'insurrection féodale » -.

Tous les princes S(; partageaient à l'envi les dépouilles royales : au duc de Berry ^ était donné le duché de Normandie, à titre héréditaire: au comte de Ciliarolais, le comt('' de l^oulogne; au duc de Calahi-e. au (hic de Brelagiu' et au duc de Bourbon, les ])laces que convoitait leur désir effréné d'agrandissement territorial; aux moins considérables revenaient les pensions et les offices. Puis, l'intérêt privé satisfait, comme il .fallait songer au bien public, une commission de trente-six notables était instituée par le

1. Voici, en effet, dans quels termes ?e duc de iJerry s'adressait au duc de Galabre : « Nous voulons, disait-il, osier et faire cesser les aydes, impositions, quatriesme. liuitiesmes et tontes autres charges, oppressions et exactions sur le pauvre peuple, fors seulement la taille ordinaire des geus d'armes, laquelle aura tant seulement cours, jusqu'à ce que, par les Estais du reyaume, que brief espérons assembler, soit advisc d'en faire diminution et tel soulagement audit pauvre peuple. » (Commines, édit. Lenglet, in-i, t. II, p. 433.) A la demande formelle exprimée par les seiijneurs, Louis XI répond « qu'ils ont mai pris le chemin pour faire l'assemblée des Élats..., que le roi est courroucé quand il voit et cougnoisl cju'ils font chose aliencontre de luy. qu'il le fera plus lard s'ils s'en remettent à lui ». Rép. du roi Louis XI aux sommations de la Ligue, u. XI, Commines, t. II, même édition, p. 4i5-4"ji.

Ainsi se retrouvait, à toutes les époques, dans la bouche des meneurs, cette promesse des États, qui a toujours produit sur la France une influence magi(|ue.

2. Telle est Texpressinn parfaitement juste de .M. Trognon, l. 11, p. .jlî).

3. Charles de France, duc de Berry, né en 144G, frère de Louis XI. .Mort duc de Guyeune en 1472. (.\nselme, I, 117. i

LUiUE DU )5II':N PUBLIC '.VXi

roi pour s nuiiKTii' des (h'^sordri-s cf riMoiiiii'i' I l^l,il. Louis XI acci^ilii (oui, : (■'rlnil eu se haissjiiil iin'il voulait ('■(•lijippor par ruse à des vainqueurs enivrés de leur l'acile Irioniphe (iî) oct. IKio).

Va\ elTi't,, à peine les alliés s'éiaient-ils séparés pour entrer en possession de leurs nouvelles eoiupuHes, (pie le v.iineu de (jOntlaiis. pro(il;in! de diriicull(''s (pii s'('-laii'nl élevées entre le due de |{i'e(;ii;iii' et le nouvrau ilur. de Normandie, se pi'éeipilait sur celte province et l.i remettait en sa possession, déclarant (piVdle é'iait iiisi'-parahle de l;i couronne ("il janvier li()7). Le l'réri- du roi ne put se résoudre à voir s'évanouir lant (respérances : il avait rêvé de constituer à l'ouest du royaume un iief aussi puissant ([ue la maison de Bourgogne ; il protesta hautement et fit un appel désespéré aux confédérés. Ceux-ci. occupés de leurs affaires privées, ne purent se poricr sur-le- (diamp à son secours. Le seul prince capable de rallumer la guerre. Charles le T(''niéraire, en était détourné par une lutte Icrrihli' (pii Tabsorbaii tout entier: l'autorité absolue du prince jiourguignon était aux |)rises avec l'esprit d'indépendanc(^ des villes llamandes. Liège, (pii nous apparaît si grande dans les souvenirs lointains du xv'^ siècle, attachée à la France par le mélange des intérêts politiques, rapprochée de nous par les passions aussi bien que par la similitude des caractères également généreux et emportés, Liège sid)issait alors une de ses plus fameuses défaites (nov. L4()7). Louis XI l'avait abandonnée à son ennemi pour avoir la liberté d'écraser plus sûrement le duc de Berry ; mais Charles le Téméraire voulut le gagner de vitesse. On apprit à la fois que le vainqueur de Liège eonvociuail son armée à Saint-Quentin et que les princes mécontents nouaient des intrigues avec l'Angleterre, pour faci-

Xl't ÉTATS DE LOUIS XI

litcr Ir (l('l);ir(|iif iiK'iil d'iiiie armée de secours en Nonuaiulie. Il n'y avait [uis un iuslanl à perdre : du sort de eetle lulte allait, dépendre l'unité nalioualr. Louis XI c()uv()(jua les Ktats généraux '.

C'était un coup de niaitre. S'il s'était agi seulenieid d'augmenlii- hs subsides qu'il se permettait d'aeeroîtrc de sa smlc aulorih'-. assurément le lils de Charles VII naurait pas pris la peine de convoquer les députés ; mais tout plein de la popularité que lui assuraient ses avances à la bourgeoisie, se liant aux ressources de son génie, il voulait obtenir une grande manifestation nationale. Il connaissait à merveille le caractère Irancais; il savait que s'il pouvait tout craindre à certaines époques de mécontentement populaire, il en était d'autres oii le courant général secondait adniii-ablement les enli'eprises du prince. L'exemple des dernières assemblées tenues par son père ne lui donnait pas lieu de craindre l'initiative des États généraux; le peuple les souhaitait^; les

1. Les lettres de convocation furent envoyées à la tin de février 14G7. Les lettres destioées aux gens de Lyon portent la date du 26; elles ont été publiées dans la Bibliothèque de l'École des Charles, par .M. Viollet, qui a réuni ce (ju'on possède sur les élections de li67. Voir le volume de l'année 1866, p. 24.

2. L'opinion pul»li([ue désirait vivement la convocation des États. Parmi un grand nombre de preuves que nous oQrcut les écrits du temps, nous ne voulons rapporter que la liu d'une chanson populaire (jni courait Paris vers cette époque. .M. Ua- Miery, ipii a publié intégralement cette pièce [Étals f/énéraur, p. 14'n, d'après les mémoires de du Clercq (Collection Buchon, LX, liv. X), l'attribue à notre vieux poète Villon. Après avoir rapporté les maux du temps, le poète ajoute :

Qu'en dit Paris? — l\ est muet et sourd. — N'ose-t-il parler? — Nenni, ne parlement. — Et le clerf,'é? — On le lient bien de court. — Par votre foy? — Oui, par mon sacrement. — Et la noblesse? — Elle vil piremenl. — El la justice? — Elle n'a poids ne balance. —

ÉTATS DE TOURS, 14(38 33o

princes les avaient deniainiés: d'un autre cùté. les récentes remontrances du l'arlenient avaient révélé au Roi combien était vif le senlimtMit unanime de la France ;i légard du morccdlement consacré par le traité de Contlans. Tant de causes devaient le déterminer. « Sempai-er d'un des moyens de popularité dont les confédérés s'étaient fait une arme contre lui: trouver en même temps un expédient j)()ur se dégager dune promesse i]n|)ru(lente » ': tri était le double objet de la convocation des États que Louis XI lit publier pour le l'"" avril liOH ' (n. s.).

Les députés s'assemblèrent à Tours à la date indiquée : la séance royale se tint, le G, dans la grande salle de rarchevèché; le roi était assis entre le roi René et le cardinal Balue. Si la plupart des mendjres de l'ancienne ligue étaient absents, si les ducs de Bourgogne et de Bretagne, de Bourbon et de Cala])re s'étaient abstenus, comme le duc de Berry. d'assister à cette réunion, en revanche le reste de la noblesse y était largement représenté. Le greffier des États. M" le Prévost, fait une longue énumération de tous • eux que cette cérémonie avait rasseudjlés. Après la maison du roi. il nomme vingt-huit seigneurs présents en personne, en ajoutant qu'une foule d'autres avaient envoyé des mandataires. Le conseil du roi était également présent, et il en rapporte tons les noms, dont l'origine plébéienne nous prouve dés

Qui peut pourvoir à l'eci bonnement? — Qui? voire qui? les trois Etats de France.

Prince, veillez donner allégement.

— A qui? — .\ux bons vivans en espérance.... — De quoi? — De droit qu'ont en prouvernenient....

— Qui? — Voire qui? les trois Élals de France.

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