‹ Histoire des États-GénérauxChapitre 174 sur 202 · ANNE UE BEAUJEU · texte numérisé non relu

ANNE UE BEAUJEU

aniire. Majeur aux Icnnr'^ de roi-dunii.'incc de son aïeul Charles V. le jciiiic mi. aussi tnihic d'esprit que de corps, rl;iil iiii-apahic d'cxi-rccr |j;ii' lui-uièmc le povnnir '. Louis XI uKuiraut avait Liissé « la charge et g-ouvernemeut du prince - » au sire de Be.iujeu, son gendre, et en réalité à sa lille Anne. « fine fenniu' et déliée s'il en l'iit (Uiccpics. et vriiyc iuiagr en tout du niy Loui-^. son père " ».

Di's ravènemciil de son frère, clic s'empara du pouv(tir. Sans eUre agitée, la France était profondément émue. De tous c(Més on requérait justice : pendant tpic le peuple implorait l'abolition des impôts et le châtiment des « méchants conseillers » du feu roi. les princes du sang, réunis autour de Charles YIII. assiégeaient le conseil de leurs sollicitations.

Sentant que des concessions étaient indispensables. Anne de Beaujeu entra hardiment dans cette voie : les aliénations du domaine royal révoquées {-l^-l sept.i; plusieurs grands seigneurs élargis; le duc de Bour- J)on ''. jadis humilié par Louis XL pourvu de la charge de C(uinétablc (23 octobre); le duc d'Urb'-ans " investi

1. Charles VIII avait treize ans et deux mois. Les termes ilc rordonnance de Charles V prêtaient au doute, car elle déclarait « majeur tout hoir royal qui aurait atteint sa quatorzième année ». Ord. d'août 1374'. OrcL. t. VI, p. 26.

2. Commynes. Édit. de la Soc. de l'Hist. de France, t. II, p. 2.j."j. '.i. Brantôme, V/cs d/'s Dames illustres : Madcnnc Anne de

France. Édit. de la Soc. de l'Hist. de France. — Anne de France, fille de Louis X et de Charlotte de Savoie, née en 1462. mariée à 1474 à Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu, puis duc de Bourbon en 1488. (P. Anselme, t. I, p. 122, 31 ;i.)

4. Jean II, duc de Bourbon et d'Auvergne, fils de Charles If"" et d'Agnès de Bourgogne, sœur de Philippe le Bon; marié à Jeanne, fille de Charles VII; mort eu 1488. (P. Anselme, l. 1. p. 311.)

a. Louis d'Orléans, depuis Louis XII, fils de Charles d'Orléans et de Marie de Clèves. Né le 27 juin 1462, couronné roi le 27 mai 1498. Mort le l" janvier lol4. (P. Anselme,!, 127.)

(lu f;(iuviriiciii('iil (Ir 1 Ili'-(lr-Fi-aiic(' ; (Jlivicr li- Daiii aiTt'lé et iiifiié (Jevaiil le Parlement. (|iii allait le coudaiimer à mort '; les favoris de Louis XI diversement punis, les Suisses congédiés, et enfin le quart des inipiUs de l'année courante i-emis au peuple, tel fut le coinineneement des réparations qu"exig<"ait la preiiiiiTc cxpliisiou (lu si'utiinent public.

Il ('tail facile de voir que ce mouvement n'était (pie je prélude dc revendications et de plaintes plus sérieuses. Aniu' de Beaujou le comprit mieux que t(uit autre : à la réaction naissante qui menaçait do graiulir et de troubler le gouvernement, elle donna le seul aliment qui pût affaiblir la tempête, ou du moins eu régler letfort. Dune commune résolution, les membres du conseil, unis à la sœur du i-oi. décidèrent la convocation des États généraux ^

On devine quelles espérances une telle assembli'i^ devait faire naître. <i On n'eut jamais si beau de réformer les abus, dit Mézeray, et de dresser des l'cmparts cdutre l'oppression ^. » Ou devait y travailler avec d'autant plus d'ardeur et de soin qu"(Mi avait ressenti d'extrêmes rigueurs. Un roi enfant sous la garde (l'une Icuiiiu'. les princes forcés, par politicpie. à chercher le bien public, cet heureux ensemble de circonstances donnait le droit de tout attendre d'um^ assemblée reconnue par le pouvoir (•(unme l'arbitre suprême du royaume. A aucune épocpie. même pemlant la captiviti' du r(»i Jean, les

1. Voir le Procès d'Olicier le Dain. .Mémoire que nous avons lu en ISIT à l'Académie des sciences morales et politi(]ues.

2. On envoya les lettres de convocatiou vers la lin d'octobre, en désignant d'abord comme rendez-vous la ville d'Orléans. (Voy. Jour?ial des États (/énéraux de France, rédige' par Jehan Masselln. Doc. inédits sur rhisl. de France, p. 1184 et 139, notes.)

'.i. Mézerav, Abrégé chronologique. Paris, Billaine, 1667, in-4", II, 7:;5.

KLECTIONS DE NOVEMBRE ET nÉCKMDUE l'KS.i ;i:il

l-^tals g(''iirr;iux no srlairnl duvcrls smis de tels auspices.

Les rlcrlions avaiciil eu un i-araclèro [)arliculicr (|U(' iKius (levons signaler avec fi;ran(l soin : dans la plupail (h''^ villes, les trois ordres procédèrent en coiuniun au choix de leurs députés. Ainsi les clercs, les mdjles el les bourgeois cpii arrivaient à Tours n'étaient pas, comme nous le verrons plus tard, les représentants exclusifs du cleri^é, de la noblesse ou du tiers; ils confondaient en leur personne un triple mandat. Cette origine explique la fusion des intérêts et l'absence de ces déplorables rivalités (pii firent échouer en d'autres temps les etforls de nos plus gi'andes assemblées '.

Le lundi 5 janvier 1483 (litSi), les clercs, les nobles et les bourgeois s'assemblèrent à Tours. Le surlendemain 7, tous les députés se rendirent, sur l'invitai ion des princes, aux Montils-lés-Tours -, où s'était installée la cour, venue de Blois pour se rapprocher des États. Admis en présence du roi, h's i|('|)uli's lui furent présentés par le sire de Keaujeu, (pii lui nommait successivement chaque province.

Huit jours plus far(M. le 14 janvier, le roi lil son

1. Voyez, dans la BilAiolliit^w; de l'Ecole de.^ Charlrs^Vintircssant article de M. VioUet sur les éleetions de 1483. (Année 1866. p. 31.) Voir plus loin tome V le cliapilre sur les Elections aux Etats généraux.

2. Le château de Monlils-lès-Tours ne doit pas être confondu avec celui du Plessis, quoi(]u'ils fussent situés à peu de "distance.

3. Il parait que pendant cette semaine eut lieu une sorte de vérification des pouvoirs. Dans son rapport, M" Jehan de Saint- Deliz, député d'Amiens, expose que ses collègues et lui durent soumettre à .M. de Monstreuil. délégué par le roi, les procurations dont ils étaient porteurs et qui leur avaient été confiées par les bailliages. Rapport de M^ Jehan de Sai7ict-Delis. licencié es loix, avocat et conseiller au siér/e du hadliage d'Amiens.

.•t:;2 ÉTATS DE TOURS

ciitnV sitlnuicllc dans Tours, ot le lendemain tous les dépulés se réunirent dans la grande salle de l'arehevèclii'', qu'avaient déjà occupée les États de 1467. Deux cent cinquante députés environ étaient présents '. Au milieu d'une estrade qui occupait tout le t'nud de la salle était dressé le trùne du jeune roi; autour t\i' lui, dominant l'assemblée, se tenaient les prélats et les princes du sanjj;; sur les bancs les plus élevés étaient rangés, sans distinction d'ordre, les barons, les magistrats, les clercs et les chevaliers, et, au-dessous d'eux, la foule des députés.

La France tout entière se trouvait pour la première fois représentée. La Flandre seule n'envoya ses députés qu'à la (in de la session, mais la Provence. le Roussilioii. 1,1 Ijourgogne et le Dauphiné s'étaient empressés de joindre leurs mandataires aux délégués des provinces les plus anciennement réunies à la counmne -.

Qu'on ne se ])orne point à remarquer linqjulsion générali' ([ui lit arrivera Tours, de tous les points de la France, les députés des provinces. A côté de ce symptétme. qui atteste les progrès accomplis depuis un siècle par l'unité française, il y a un fait qui mérite toute notre attention, c'est le choix intelligent des représentants du pays.

à l'érhevinrir/p de celle ville convoqué le G nvril 1 i83 par le maire pour ouïr le compte rendu des États tenus à Tours — publiû dans les Documents inédits. Recueil Champollion-Figeae. t. II.

1. Le président de la Cliambre des Comptes, Doriolle, porte le nombre total des personnes qui ont comparu aux États et ont demandé ta ration à deux cent quatre-vinat-quatre; mais il faut déduire de ce chiifre les députés arrivés pendant le cours de la session. ^Coilect. Dupuy, vol. i3.j. Inventaire du président Doriolle. Bibl. nat. L'n extrait de cet inventaire est rapporté dans les Doc. inéd.. Journal de .Masselin, p. 142.)

■2. Rapport de .lelian de Saint-Deliz, député d'Amieqs,

OUVERTURK DES KTATS, li JANVIEU 14.S4 XV.i

J^aii? (^oinpl(M' Masscliii. l'oljsnir chanoine du eliapitrc de Rouen, (levcmi Imil à cDup. grâce aux États (le Tours, un de nos içi-ands orateurs politiques, et au((uel nous devons une si exacte analyse des travaux (le r;isseiii|)|('(' \ (jue (IIk mi mes dont le nom était eunnu ilaus les lettres et dans les sciences! .)<'an de Cirey, le savant tiiéologien -, Jean Meschineau, le poète du xv" siècle^, r(''crivain Jean de Yiiliers * et l'astronome Denys de Bar •' étaient au nond)re des députés. La, liste serait trop longue si! nous fallait citer tous les hommes remaniuahles (pie l'élection avait envoyés aux Etats.

Laséaneed'ouverture fut consacrée, suivant l'usage, au discours du chancelier. Cîuillaume de Rochcfort '''

\. .leli.in Massoliii, clianoine de la calluMlrale et officiai de l'arelievèque de Rouen, député par le bailliage de Rouen. Mort doyen de la cathédrale eu 1500. (Voir la notice qui précède la puidication de son précieux journal.)

2. Jean de Cirey, général de l'ordre de Citeaux, en 14~6, rédigea de nombreux et savants ouvrages sur la discipline de son ordre, et mourut le 27 décembre ly03. [Gall. Chrisf., t. iV, p. 1005.) On a de lui un récit de son voyage aux Étals de Tours, qui donne des détails précis sur les efforts de la Bourgogne luttant pour la conservation de ses privilèges et sur les résultats obtenus. Bibl. nat., ms. in-folio. Fonds français, n» 16, 248. Nous comptons publier ce texte, dont 11. Pélicier vient de donner le fragment relatif aux élections. lii/j/. de l'Iùole des Chartes, 18SG.

'i. Jean .Meschineau, né à Nantes en 1420, passa sa vie à la cour de Bretagne. Le recueil de ses pensées, dont on connaît plus de vingt-deux éditions, est intitulé : les Lunettes des princes, et parut en 1472. 11 mourut en 1491.

4. Jean de Villiers de Groslay, évèque de Lombez, abbé de Saint-Denis en 1475. Il avait composé plusieurs ouvrages, et se trouvait, en 1483, président à la cour des aides de Paris. [Gall. Christ , t. YII, p. 40G, t. XIII, p. 325.)

o. Évêque de Tulle, auteur d'un traité sur l'astronomie. [Gall. Christ., t. II, p. 673.)

6. ("lUillaume, seigneur de Rochcfort, chambellan de Philippe

:}:ii i:TATS de tours

oeoupail celte cliargo depuis l'année précédente. Avec une souplesse qui était faite pour étonner, l'ancien serviteur de Louis XI adressa aux députés un discours plein d'avances; sa harangue était très capable de disposer les âmes à l'espérance et à la conciliation. Il énuméra les motifs qui avaient déterminé le roi à convoquer les Etats et les grands avantages de cette réunion. Il peignit dans l'exorde la fidélité du peuple de France envers son roi : c'était, suivant lui. le trait le plus saillant du caractère national. Jetant les yeux sur les pays voisins, et notamment sur l'Angleterre, il la montrait changeant les familles régnantes, délaissant les héritiers légitimes, et marquant chaque changement de règne par une révolution nouvelle. Étrange parallèle entre les deux royaumes, bien digne de nous surprendre, et dont le temps a si profondément modifié les termes, qu'il suffirait de transposer les noms pour lui rendre toute sa vérité 1 Adressant ensuite ses éloges, non plus au peuple, mais au roi, le chancelier annonça que Charles YIII, né avec la paix, ferait le bonheur de la France ; il le proclama d'avance un second Salomon, et, emporté par la flatterie, il prédit que ses peuples lui décerneraient le surnom de Par'tfîquc. Après cette j prévision malheureuse d'un courtisan auquel l'avenir devait donner un si cruel démenti, l'orateur revint aux États : en les réunissant, le jeune roi, dit-il. voulait surtout leur communiquer les affaires du royaume et les faire participer à son gouvernement '.

Déjà, continuait le chancelier, les princes, pressés

le Bon, attiré en France par Louis XI cl créé chancelier le 12 mai 1483.

1. Voluit etiam communicare negotia. et vos suoriim arjendorum facere participes, Masselin, p. 4fi.

DISCOURS DU CnANCELlICR, l.'i JANVIER U8i 35:)

nulour du nouveau roi, lui avairnl douiié les plus ulilt's conseils : r"('sl à Ir'Ui's avis quêtaient dus le ri'iivoi i\r-< Suisses, U\ licencienuMit des troupes, la n'Nociliuii des aliénations du domaine, et le rétablissement de l'ordre dans les linances, mesures accueillies avec joie par le peuple.

Grâce aux sages décisions et aux Iravaux assidus des princes, « l'affaire de la justice, qu'il était impossible d'ajourner, avait été examinée, afin qu'après la réforme des abus tout fût ramené au bon ordre. On avait relu avec attention les ordonnances de Charles Vil et quelques-unes plus anciennes que la diversité des temps et des mœurs avait fait négliger; plusieurs ordonnances se rapprochant de eellcs-Ià avaient été rédigées par arti(des; mais, avant d'être promulguées, elles devaient être soumises aux délibérations des États '. «

L'orateur ne se bornait pas à ce langage, déjà si nouveau : « Le roi voulait connaître les abus ; il avait résolu d'apprendre, de la bouche même des députés, les prévarications et les violences des délégués de l'autorité publique ; il désirait entendre tous les griefs pour les redresser et réformer l'iitat. Dans cette œuvre, il comptait que les représentants du pays seraient ses plus actifs coopérateurs. Il fallait se garder de toute méfiance et ne point penser que les remontrances seraient inutiles et les avis de nulle considération. » Le chancelier affirmait que le roi était déterminé à suivre les propositions des députés, à les défendre et à les faire exécuter ".

Après avoir peint l'âge d'or qui allait renaître pour la France sous le règne de ce jeune prince défenseur

1 i/u,r robis. antc/iKOu cihintur. rursus di<cuiii'nd;e tra-

dentur. .Masselin, p. ."iO.

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