Masselin, p
;J84 l:tats de tours
llallcrics à l'adresse des Étals, dont il cxallail lr> travaux et auxquels il promettait au nom du rrti rcxécution des cahiers '. Les termes de ce discoui-s laissent entrevoir déjà la ferme résolution de renvoyer à tout prix les députés. On avait obtenu leur assentiment pour la levée de l'impôt : le but était atteint.
Aussi ne pouvait-on rien arracher à l'inertie du conseil. Lorsque les députi-s de Normandie demandèrent l'expédition de l'ordonnance royale relative à la levée de l'impôt pendant deux ans, on eut la hardiesse de la refuser, en s'appuyant sur les privilèges de la Normandie, qui exigeaient auparavant la convocation des Etats particuliers. Ce zèle inattendu pour les assemblées provinciales n'était qu'un prétexte pour n'expédier aucun édit royal qui limitât à deux ans la levée légale de l'impôt '. On avait en outre l'espoir de faire élever le chiffre des subsides dans les États provinciaux qu'on pourrait séduire.
C'est avec cette arrière-pensée qu'on réunit les deux sommes votées exceptionnellement pour la première anm'-e du règne; on voulait faire croire que le chiffre normal de j'impiU annuel était de 1 500 000 livres. On espérait échapper par tous ces détours aux liens des engagements écrits. Politique de ruse et de déloyauté, qui avilissait à la fuis le pouvoir et la
1. Voici quelques passages {|ui peuvent donner idée du langage du chancelier : « Avant de quitter Tours et de se séparer de vous, le Roi a souhaité vous visiter de nouveau, vous parler et vous témoigner son atfection et sa reconnaissance. En venant vous trouver, il a eu le désir de sanctionner les actes de rassemblée tout entière, toutes ses délibérations, toutes ses résolutions et de leur donner du poids et de la force.... Par son bienfait, par sa présence, vos projets vivent. » Masselinj p. 601-603.
2. Nous avons en effet inutilement recherché un acte qui sur ce point fût conforme à la volonté clairement exprimée des Ltats.
SÉANCE DE CLOTURi:, Il MARS 1 W4 '.iHVy
iialidii, cl (|ui pi'(tj<'tli' >iii- 1.1 iiii (1rs lll.ils di' Tours une oiuljre que ricu uc peut dissiper 1 Ainsi, l'œuvre ili's (l('-put(''S était minée sous la (loul)l(' influence de la mauvaise foi et de la faiblesse.
Cette dissimulation n'était que le prélude de nomhn-uses et d(''ploral)l(^s mano'uvres : les princes et les nu'nd)res du conseil du lui avaient deviné l'esprit de l'assendjlée. Dès le milieu de février, ils avaient vu la lassitude des Etals et eduipris le parti ({uils en jiouvaient tirer. Héunis (l(q)uis deux mois à Tours, les tléputés se sentaient épuisés. Le découragement envahissait leurs Ames. Les sollicitations et les promesses des grands leur avaient enlevi- autant d'arileur que le souvenir de leurs foyers lointains leur apportait d'anu^rtume et de regrets '. Les âmes honnêtes étaient encore auinn'es de l'amour du bien public; seulement, leur intliience dimiiniait de jour en jour et celte impuissance {progressive inspirait des craintes légitimes, qui ne tardèrent pas à se réaliser.
Lechancelierindiqua. eneffet. une séance au M mars. Il exposa dans une courte harangue l'état des travaux, et dit en terminant qu'ils étaient assez avancés pour qu'on put considérer comme close la session des États.
A ce mot des clameurs fort vives éclatèrent. On répétait ([ue les sommes votées étaient considérablement dépassées. Un théologien, dont nous ignorons le nom, se lit l'organe de l'indignation générale eu des termes (ju'il nous faut eiter. ■■ Depuis (|u'on a
1. Jam enini nostrwn majores, pronùssionihus et gratiis sutiatos, torpor invascrnt. Non erat, ut in exordiu, eadeni voluntatis alacvitas : qman nogotia prosequchamur, domi residebant, inertes: quuin loquebamur, itlis prxsenlihus, aut tacehant, aut tenuiter nonnihil suhjunqebant: et qutim particulariiDu pelitionum gratia, niinc convenissemiis, iiec quidcin minime voleOant de calculo et aliis pel.ercmus : in otio prulerimus tempus. Massciin, p. 638-640;
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oblciui iioln' coiisentenient pour la levée des deniers, s'écri.i-t-il. il rsl liors do doute que nous sommes joués, il est ceiiain que tout a été méprisé, et les demandes insérées dans notre cahier, et nos résolulions définilives, elles bornes que nous avons établies. Parlons des subsides : sur ce point on s'est conformé à nos décisions, seulement pour nous dire : cet impôt ne sera plus dorénavant a[)pelé taille, ce sera un libre octroi. Hst-ce donc dans les mots et n(»nplus dans les eboses (}ue consistent notre travail et b' bien de l'État! Certes nous aimerions mieux nommer encore eet impôt taille et même maltôte, ou lui donner une dénomination plus vile, s'il y en a, que le voir saeeroitre démesurément et accabler le peuple. Malédiction de Dieu, exécration des hommes sur ceux dont les actions et dont les complots ont produit ces malheurs! Ils sont les ennemis les plus dangereux de la nation et du gouvernement. N'ontils pas de. conscience de nous prendre ainsi ce qui nous appartient, malgré nous, et contre une convention soleiinelle, sans que l'État coure de dangers, sans nécessité quelconque? Dites, ravisseurs publics, détestables ministres d'une puissance tyrannique, est-ce le moyen de faire prospérer la nation *? »
Quoiqu'il ne se fût guère écarté de la vérité, dit Masselin. l'orateur fut interrompu par ses collègues, qui cherchèrent à le calmer. Sous le coup de lémotion, on décida (pie le cahier des États et les réponses écrites qui y étaient jointes seraient lus publiquement. Mais cette vaine manifestation ne pouvait satisfaire l'assemblée, i^es députés comprirent que s'ils s'en tenaient là ils auraient fait un solennel aveu d'impuissance. Pressée par le besoin d'agfi-, chaque