‹ Histoire des États-GénérauxChapitre 191 sur 202 · PAGE · texte numérisé non relu

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Voici on quels tcimos M. (luizot pose la ([uesUoii de l'diigine (lu noiii pris dans l'hisloire par la bourfiooisie Irancaise.

« Je m'étais quel(|uerois élonné, en étudiant les monuments de notre histoire du xi^ au xiv siècle, de n'y trouver nulle part ces mots : le tiers l'tat. .l'ai désiré savoir si les hommes qui, de nos Jours, se sont adonnés sérieusement à la même étude, avaient été plus habiles que moi à découvrir ce grand nom dés l'époque où il semble qu'on doit s'attendre à le rencontrer. J"ai soumis ma question à mon savant confrère à l'Académie des inscriptions et belleslettres, M. Littré, dont le monde lettré consulte avec respect le Dictionnaire l'-tyiiiolor/ique de la langue française, et à un jeune magistrat, M. Picot, à qui l'Académie des sciences morales et politiques a décerné naguère le premier prix pour son grand travail sur la question qu'elle avait proposée quant à l'histoire et ti l'intluence des États Généraux en France. J'insère textuellement ici les réponses de deux hommes si éclairés et si autorisés en pareille matière.

'( M. Littré m'a écrit, le 3 octobre 1871 : « Je ne trouve, dans mon historique, tiers état qu'au xvi" siècle. J'en cite ces deux exemples-ci : « Quant au troisième ordre qu'on

appelle le tiers état » (La Noue, Discours, p. 541); et :

« commis et députez spécialement pour le tiers estât, mesmes pour Testât de labour (les laboureurs) ». {Coustu-

.iltCi ADDITIONS

mifr gi'néml, t. I, p. ;{;{;i.i Au xv^ siècle, ou fin du xiv, ilaiis Ir's poésies d'Elustache Doschamps, j'ai :

Prince qui veut que le bon temps rcviengne, Les trois Etats on bonnes mœurs repreigne. [Souffrancfx du ppu/tlr.]

« Au xiv« siècle, dans Du Gange, au mot Statcs, on lit : Per très status concilii generalis Prœlatorum, Baromim, nohllium et imivcrsitatum comitatuum.

« D'après ces documents, je pense que c'est au xiv* siècle qu'on a commencé à appeler les trois ordres très status, et que c'est seulement au xvi» siècle qu'on a dit en français le tiers estât. Mais je ne puis donner cette conclusion comme définitive, attendu qu'elle n'est appuyée que sur les documents que j'ai consultés pour mon Dictionnaire. »

i< M. Picot m'a répondu le r{ octobre 1871 : <( Il est constant que les actes contemporains du roi Jean parlent souvent des trois estais mais ne prononcent pas le nom de tiei's ctat. Les Grandes Chroniques et Froissart disent Iiresque toujours : « les gens d'Église, les nobles et les bonnes villes ». Les ordonnances royales emploient les mêmes expressions; quelquefois elles ajoutent, pour ne pas limiter aux députés des villes fermées leur énumération : (( les bonnes villes et le plat pays '>. {Ord., t. III, p. 221, note.) Quand elles s'appliquent aux états provinciaux de la langue d'oïl, il leur arrive de dire : <i les bourgeois et habitants » ; quand il s'agit des états du Languedoc : « les communautés de la sénéchaussée >>. Telles étaient, au milieu du xiv« siècle, les seules expressions pour désigner le troisième ordre.

« Sous Louis XI, .luvénal des Ursins, dans sa harangue, s'adresse aux députés du tiers en les appelant : bourgeois et habitanis des bonnes villes. Aux États de Tours, l'orateur des États, Jean de Rely, dit : le peuple du commun estât, l'rstat du peuple. Le cahier jiarticulier pri'senté à Charles VU! par les trois ordres du Languedoc se sert également du mot peuple.

« C'est dans le procès-verbal de Masselin et dans le cahier de doléances présenté en 1484 que je rencontre

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|M)ur l;i juciiiièrc l'ois rcx|)ifssion de tiers état. Massoliu dit : " 11 liil décidé que chacune des sections fournirait six commissaires : duoa t'cclesiasticos, duos nobiks et duos tertii status. » (Documents incdits sur l'histoire de France; procès-vo'bfd de Masselin, p. 76.) Voici le commencement du chapilrc intitulé du Commun : « l'ourle tiers et commun estât rcmonirent Icsdilos gens... " l'it quelques lignes })lus bas, comparant le royaume au corps humain, les rédacteurs du cahier ajoutent : « Les membres sont le clergé, les nobles elles gens du tiers estai. » (Ibid.. à la suite du procès-verbal de Masselin, cahier de doléances, p. 060.)

« Ainsi, à la lin du xv^ siècle, l'expression tiers état était employée conslamment; mais n'est-elle pas bien plus ancienne? Il y a des mots qui naissent tellement de la nature des choses qu'ils doivent être contemporains des idées qu'ils expriment; leur apparition dans le langage est inévitable, et elle y est à peine remarquée. Le jour où les députés des communes sont entrés dans une assemblée et se sont assis auprès des deux premiers ordres, le nouveau venu s'est appelé, par la force de la situation et le rang qu'il occupait, le troisième ordre; et comme nos [tères disaient le tiers denier et la tierce jourm'e, ils ont dû dire le tiers état. L'ex}iression n'est devenue vulgaire qu'à la lin du xv« siècle ; mais je suis dis[)0sé à croire qu'elle existait au milieu du xiv''.

« Un instant j'avais cru, dans le cours de mes recherches, que, sous le roi Jean, les ordonnances avaient désigné les bonnes villes sous le nom de tiers état. J'ai bien vite reconnu mon erreur; mais vous allez juger, monsieur, combien je me trouvais voisin de l'expression dont vous cherchez à lixer l'origine. Quatre l'ois, dans la grande ordonnance de décembre 13oo, les députés font promettre au roi que, dans les prochaines assemblées, les résolutions seront prises parrunanimité des ordres, « sans que les deux états, si ils étaient d'un accord, puissent lier le tiers ». A première vue, il était permis de supposer que les députés des villes avaient entendu se garantir des dangers d'une action commune du clergé et de la noblesse; un examen plus attentif des textes m'a fait revenir à une 0])inion plus juste; il est certain ipic les trois ordres s'étaient mis d'ac-

:im ADDITIONS

cord pour se protéger mulucllement contre une alliance de deux d'entre eux. 1 railleurs, les Étals di; 1576 virent le clergé reprendre à son prolit, contre les deux ordres laïques, la ])roposition volée en 1355. 11 est hors de doute que celle maxime servait à empêcher la majoriti' d'opprimer la minorité, quel que fut son nom. Seulement, en iait. c'était le plus souveiil au liers étal que devait profiler cette règle.

" En résumé, avant le xv" siècle, il est permis de faire des hypothèses, mais ce ne sont que de pures conjectures. C'est aux grands États de Tours, en 1484, que, pour la première fois, le troisième ordre porte le nom que lui a donm'' l'histoire. » {Hist. de France, t. H, p. 32.)

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