PAGE 38U
Voici un document qui jette un jour tout particulier sur les résultats des États de Tours. Le duc de Bretagne, engagé avec les ducs d'Orléans et de Bourbon dans la querelle contre les Beaujeu, écrivit à diverses villes pour les faire entrer dans son parti; dans ses lettres il rappelle l'objet des États, leur œuvre, et le peu de respect qui accueillit leurs décisions : nous rapportons en entier la lettre qui fut adressée aux habitants de Sens.
« Chiers et bons amis, comme depuis aucun temps en ça tous les Estais du Royaume tant l'Église comme de noblesse, et aussi le poure peuple aient este fort maltraitez, pour laquelle cause après le decez du feu Roy et que le Royaume est eschu es mains de Monsieur le Roy qui a présent est, nous avec nos très chiers et très ainez cousins les ducs d'Orléans et de Bourbon suppliasmes et requismes instamment au Roy, que son plaisir fusl, pour le bien de luy et de son Royaume, faire assembler les trois États de sondit Royaume, afin de y mettre ordre et police pour le temps avenir. Ce que fut lors empesché par aucuns; mais on persista tellement contre eux, que lesdils Estais furent accordez par mondit sieur le Hoy, à l'assemblée desquels
Estais moudit cousin d'Orléans voianl qu"on usoit à rencontre d'eux de persuasions et menaces pour avoir Tau- Ihorité et le gouvernement du Uoy et de son Royaume, jaçoit ce que ladite administration du Royaume, quand il en eust eu nécessité, lui eust deu appartenir; et non pas de la personne de mondit sieur le Roy, néanmoins il ne la vouloit poursuivre ny avoir; ainçois fist dire et remontrer et prier à ceux desdils Estais, que pour luy ou en faveur, ne pour les inductions et menaces que les autres faisoient à ceux desdils Estais, ils ne craignissent ou laissassent à délibérer et conclure toutes les choses qu'ils sauroient et connoistroient eslre au bien et honneur de mondit sieur le Roy et de sa personne, à l'utilité de son royaume et soulagement de son poure peuple, tellement que o l'aide et sous le port et faveur de nostredit cousin ceux desdits Estais firent plusieurs belles ordonnances et conclusions, et entre autres choses, pour les grans biens et vertus qu'ils connurent dèslors eslre en la personne de mondit sieur le Roy, lequel alteignoit l'âge de pouberlé; ils le reputèrent pour agi- et en âge et discrétion suflisanl, non pas seulement pour avoir le gouvernement de sa personne, mais pour avoir l'administration de son Royaume et pour user totalement de l'autorité appartenant à un Roy; et que pour mieux régir et gouverner son Royaume, il auroit certain nombre de notables gens en son conseil, auquel en son absence présideroient les Princes et Seigneurs de son sang selon leur ordre; par l'advis et opinion desquels, tant Princes que (Conseillers, ou de la plusparl, mondit sieur le Roy pourroit faire, ordonner et commander toutes choses appartenantes à sa dignité Royale. Aussi tirent ceux desdits Estais plusieurs autres belles ordonnances et conclusions tant pour la justice, comme pour l'Eglise, pour les nobles et pour l'administration des tailles et soulagement du poure peuple; lesquelles ordonnances et conclusions ont esté 1res mal gaidées, voire (qui pis est) anichilées ou corrompues. Car au regard de la personne du Roy il n'a point usé de son authorilé comme Roy doit faire; car il n'a point donné les offices par l'opinion des Seigneurs de son sang et conseillers ordonnez par lesdils Estais , ne ordonné des besoignes el affaires de sou
idl» ADDITIONS
Royaume, et s'aucunes choses ont esté faites en son nom, la pliispai I n'a point este par luy ne de son sceu, ainçois ont esté faites par aucuns qui (!<■ lour simple volonté ou authorilé privée ont entreprins l'octorité et gouvernement de sa personne, mais l'administration de tout le Royaume contre les ordonnances et conclusions d'iceux Estais, Jaçoit ce qu'ils soient incapables de l'avoir; et non contents de ce, ils lienneat mondit sieur le Roy en sujétion et captivité, le mènent et conduisent contre son propre vouloir à leur plaisir et voulenté, luy ont esté et ostent chacun jour d'entour luy ses bons et loyaux serviteurs et ceux (|irii aime, et luy Ijaillent d'autres estrangers qui sont à linr pdstf, cl sous ombre et couleur de certaine telle quelle couslume par huiuelle ils ont voulu dire que en aucuns lieux ])articuliers du Royaume une sœur, supposé qu'elle n'ait que doze ans peut tenir en bail son frère jus- (|u'à l'âge de vingt ans, laquelle chose n'est pas raisonnable, mais est contre la loy générale du Royaume, par la([uelle une femme ne peut succéder au royaume ne avoir administration et gouvernement de la personne du Roy ne des choses dépendantes du droit de la Couronne; et combien que les capitaines des gardes et archers des Roys aient toujours esté neuements sujets aux Roys seulement, sans ce qu'aucuns autres eussent jamais pouvoir ne commandement sur eux, néantmoins ceux qui usurpent ladite authorité ont suborné la pluspart des capitaines avec aucuns desdits archers pris serment d'eux, et tellement tirez à leur intention, que ceux qui doivent et désirent servir et conseiller mondit sieur le Roy au bien de luy et de son Royaume crai^ment de se y trouver pour le danger de leur personne, connoissant les exploits et démontrances qu'ils en ont j;ï faites et exécutées; et en demonstrant de vouloir plus avant procéder, disent et publient (ju'ils tiendront mondit sieur le Roy en Testât qu'il est, ou en bail jusqu'à Tàge de vingt ans, qui est une chose fort étrange et qui jamais ne fust faite.
« Ce qui plus est, en procédant toujours contre les ordonnances et conclusions desdits Estats, s'efforcent de rompre la Pragmatique Sanction et les libériez de l'Église de France, parquoi Inut l'argent de son Royaume sera
porli' en Cour ilr Huiiit», dislrihuaul les sommes tlu Hoy à leurs propres serviteurs et gens estrangers et inconnus et ijui tie rien ne peuvent servir le Hoy ne le Royaume; en telle manière qu'ils ont despendu (outre les deniers ordinaires et extraordinaires du Hoy et outre les ecc mille IVancs que les Etats lui octroiereni l'année passée pour les liais de son sacre) la somme de ccc ou cccc mille francs, laquelle somme de cc.r. mille livres qu'on avoit octroiée pour une année seulement avec la somme de ccc ou (,i:cc mille livres qu'on a trop despendus et mal emploiée Tannée passée, et pareille ou plus grande somme pour continuer l'outrageuse despense pour cette présente année qui font en tout xi cent mille livres ou environ, ils veulent faire imposer cette présente années sur le poure peuple, parquoy les tailles doubleront au moins, aussi à la vérité elles sont jà tiercées en aucuns lieux, et aux autres ils ont mis et faict trouver au poure peuple cinc] quartiers pour quatre, car les tailles souloient commencer au premier jour de Janvier et le premier quartier ou poiment se faisoient au dernier jour de Mars, et de présent ils les font commencer au premier jour d'Octobre qui estoit de l'année passée et font faire le premier poiement au dernier jour de Décembre qui sont choses fort estranges et déraisonnables, dont mondit cousin d'Orléans et moy et autres nos parents et amis avons este et sommes si Ires desplaians que plus ne povoiis. principalement pour l'amour qu'avons à mondit sieur le Hoy et au bien de sa personne qui n'est pas seurement ne en sa liberté, mais en grand dangier et subjection, et aussi pour le bien du Royaume et du poure peuple que nous voions venir a totale destruction et désolation si provision n'y est mise et donnée ; car les tailles et autres exactions qui souloient estre si grandes et si énormes seront pires et plus grandes qu'elles ne furent oncques; et à cette cause mondit cousin (l'Orléans lequel est le plus proche parent du Hoy et le premier après luy, voyant la subjection en quoi il (!st tenu par une femme et par ses adherenz, laquelle veut tout faire et Inut gouverner par un petit conseil tel quel a sa poste, voyant aussi la désolation du Royaume et la destruction du poure peuple, la persécution de l'Église, la
pL'iliii halioli de toule justice, le grand i:oiitciilemeiil des belles et, notables conclusions et ordonnances desdits Estais, et qu'il n'y pouoit bonnement remédier luy seul, parce qu'il n'estoit pas en seureté de sa personne et qu'on avoit ma'hiné contre luy, il s'est retiré et s'en est allé en la bonne ville de Paris dont il est Gouverneur et Lieutenant du Roy, qui est la ville capitale du Royaume, la fontaine de justice et de science et de bon conseil, et espérant de faire venir le Roy et de l'y mettre en sa liberté tellement qu'il puisse user de son authoriti- et disposer ou ordonner toutes choses appartenantes à un Roy par la délibération de son Conseil et selon les conclusions desdits Estais, et aussi de faire mettre ordre et police en toutes choses et de soulager le poure peuple, ainsi que mondil cousin a commencé de faire dès le temps desdits Estais; de toutes lesquelles choses (connoissant que toujours avez esté bons et loyaux au Roy et au Royaume) vous voulons bien adverlir et faire sçavoir que lintenlion de mondit cousin d'Orléans, de plusieurs autres Seigneurs du Sang, grands personnages du Royaume, et de moy. est que nous sommes délibérez de servir mondit sieur le Roy t-t de le délivrer par votre bonne aide et conseil de la subjection et détention où il est. et de le remettre en son franc et libéral arbitre, usant de l'authorité qui lui appartient; et pour y parvenir nous semble qu'on se doit trouver en sadite ville de Paris et la par l'advis et dehberation des Seigneurs prochains de son sang, de sa cour de Parlement et des Estais de son Royaume prendre conclusion de la forme, manière et seurete en quoi il se gouvernera de sa personne; laquelle chose mondit cousin d'Orléans n'entend pas à avoir, mais est prest de s'en reculer et tirer loin, pourveu que les autres Principes et ceux qui tiennent de jtresent mondict sieur le Roy en subjection s'en reculent et tirent loin comme luy; aussi pour adviser comment seront conduits les aflaires de son Royaume, en quoi vous prions de tout nostre cœur que vous y veillez adhérer et vous y acquitter, comme bons et loyaux subjecfs, pour le bien de sa personne qui comme pouez connoitre est tellement traictée à la grande fouUe et deshonneur contre les conclusions (lesdils Estais, et aussi jionr éviter les grands maux
qui par ce moyen s'en pourroieiU ensiiyr, si provision n'y esloit mise, dont vous porterez bien espérances de remonstrer à mondil sieur le Roy.
(( Écrit à Nantes le 29« jour de janvier [148b], le bien vostre le duc de Hretaigne, François, à nos cliers et bons amis les bourgeois, manants et habitants de la ville de Sens. » {Histoire de Bretagne de dom Morice, t. III, preuves, col. 490.)