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Grandes Chroniques, p. .3j

;î. Grandes Chroniques, p. 36. Les élus voulaicnl une conférence qui précédât la séance solennelle et publique.

duc vint aux Cordeliers, accompagné de plusieurs personnes. Après lui avoir annoncé qu'on était tombé d'accord sur les mesures qui devaient lui être conseillées dans l'intérêt du royaume, les élus lui exposèrent une partie des résolutions des États.

Le roi, disaient-ils, depuis le commencement de son règne a été mal entouré et mal conseillé : c'est sur ceux qui ont gouverné en son nom que doit retomber la responsabilité des malheurs (|ui mettent le royaume à deux doigts de sa perte. Aussi les Etats demandent-ils au duc de Normandie de priver de tous leurs offices les officiers du roi qu'ils désigneront, de les faire arrêter et de confisquer tous leurs biens. — Le premier que sacrifiait ainsi la haine des Etats généraux était Pierre de la Forest, le chancelier de France, alors archevê(iue de Rouen : si le dauphin ne pouvait le poursuivre comme i)ersonne d'Église , les États le sommaient d'écrire de sa propre main au pape pour obtenir la permission de faire juger l'archevêque par les commissaires délégués des ?]tats. Le premier président du Parlement ', le souverain maître des monnaies, les principaux trésoriers, les maîtres d'hôtel du roi, et jusqu'à des officiers de la maison du dauphin, étaient compris dans la proscription ^. Les États les

1. Messire Simon de Bucy, premier maître des requêtes et à ce litre membre du Grand Conseil; il avait obtenu du roi une gratification de 4000 florins, à la date du 2i mai précédent, ce qui n'avait pas dû calmer l'irritation des députés. Voir Noël Valois, Le gouv. représentatif en France au xiv"= siècle. Revue des questions historifiues, janv. 1883.

2. Voyez l'art. 11 de l'ordonnance de mars. Voyez aussi Vil» laret, qui donne la liste des vingt-deux accusés. Cet historien était premier commis de la Chambre des comptes, et ses renseignements, ayant été tous puisés dans les archives originales qu'il était chargé de ranger, méritent une assez grande confiance. M. Noël Valois {H/id.) donne sur les conseillers du roi

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nncasaionl « d'avoir flatté le roi, de n'avoir ou égard, dan> los conseils qu'ils avaient donnés, ni à la crainte de Dieu, ni à l'honneur du souverain, ni à la misère des peuples ; de n'avoir eu en vue que leur intérêt particulier, s'occupant uniquement du soin d'acquérir des possessions, d'arracher des dons excessifs, de se faire conférer les uns aux autres ou à leurs amis les dignités et les charges, et surtout d'avoir caclu; au roi la vérité * ». Les commissaires élus par les États procéderaient contre eux; s'ils étaient trouvés coupables, il seraient punis ; s'ils étaient innocents, ils perdraient tout au moins leurs biens et leurs offices -.

Les députés se souvenaient surtout, en poursuivant aussi durement les conseillers du roi, des promesses solennelles faites à la suite de la grande ordonnance rendue l'année précédente. Trois mois s'étaient à peine écoulés depuis la session de mai, que le roi et ses conseillers, oubliant le serment prêté par eux, avaient changé de nouveau la valeur de la monnaie courante, et du même coup, par cette trahison, menacé le commerce et trompé les députés.

Il fallait obtenir des garanties plus efficaces. Les Etats proposèrent de charger les députés, sous le noms de réformateurs, de parcourir les provinces en réprimant les malversations des officiers. Pour éviter à l'avenir de nouveaux désordres, ils voulaient

Jean des détails biographiques très précis qui expliquent les mesures prises par les États.

1. Villaret, Recueil, sur les Étals généraux. La Hâve, 1789, t. VIII, p. 153.

2. Telle est la version des Grandes Chroniques : elle est coiitiraiée par Fart, il du procès-verbal (Isambert, p. TSo), mais le doute plaue sur la nature de l'action : les Etats réclamaient la mise sous séquestre des biens des officiers, voulaient faire rendre gorge, et non les soumettre à une accusation criminelle.

oO ÉTATS DU ROI JEAN

en outre que le prince fiU sans cesse entouré de vingthuit délégués choisis dans les trois ordres, sans l'avis desquels il ne pourrait rien faire. « C'est assavoir : A prélats, 12 clievaliers et 12 bourgeois, lesquels conseillers auroicnt puissance de tout faire et ordener au royaume, ainsy comme le roy, tant de mettre et oster officiers, comme de autres choses *. » On proposait une grande révolution, sans en comprendre peut-étri' toute l'étendue : le souverain choisissant, parmi les députés, des conseillers responsables devant les États généraux de la conduite des affaires publiques, nous offre le principe de la royauté constitutionnelle. Ainsi, les députés (lu KiY" siècle avaient imaginé du premier coup l'instrument de liberté politique dont cherchent à se servir do notre temps les nations les plus éclairées.

Le daupbin, malgré les sujets de déllance que lui avaient donné les Etats, ne s'attendait nullement à de pareilles propositions ; à la fin des remontrances, les députés avaient osé lui parler de la délivrance du roi de Navarre emprisonné par le roi Jean, disant au duc que, depuis cet acte de violence, « nul bien n'estoit venu au roy ni au royaume pour le péchié de la prise dadict roy de Navarre ^ ». Enfin, on lui avait signifié

i. Grandes Chroniques, p. 38.

2. Grandes Chroniques, p. 37. — Le roi de Navarre, Charles le Mauvais, gendre du roi Jean, s'était vivement opposé, à la iiu de l'année 1335, au payement des aides et gabelles, protestant tour à tour au nom de la noblesse et en faveur du peuple, pour acquérir la popularité facile que donne Fopposition violente à tout nouvel impôt. S'il avait réussi dans ce dessein, surtout auprès des Parisiens, il avait attiré sur lui la haine du roi de France; maifiré son pardon solennel, !e roi ne pouvait oublier le meurtre de Charles d'Espagne, et son besoin de vengeance s'était ranimé en apprenant l'altitude décidément hostile de son gendre. Aussi avait-il pénétré de nuit à Rouen avec des hommes d'armes dans la salle où le duc de Normandie

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(fu'on l'éscrvail {xnir la séance |iulili([iit' une grande jiartie des demandes, ce qui lui laisait craindre des exigences encore plus exorbitantes.

Surpris d'une si grande hardiesse, ce jeune prince, (]ui scnil)lait alors plus impétueux ([ue sage, sut cacher son irritation, et répondit l'roidement que « de ces choses il auroit volontiers avis et déHbération avec son conseil », mais qu'il voudrait savoir auparavant quelle aide les trois Etats lui voulaient faire. Les élus lui répondirent que les gens d'Église donneraient un dixième et demi de leurs revenus après avoir reçu la permission du pape ; les nobles payeraient le même impôt, et les gens des bonnes villes armeraient un homme par cent feux. Ils dirent ensuite au Dau[iliin ([ue cette aide était u merveilleusement grande » et qu'elle pourrait fournir environ 30 000 hommes d'armes '. Puis, une récente expérience ayant appris quelles illusions on pouvait se faire avant la perception d'un impôt, les députés demandèrent, comme en décembre et en mars précédents, que l'assemblée fût prorogée à la quinzaine de Pâques, afin de savoir si le produit de cette imposition suffirait à l'entretien des troupes ^ Cette dernière ouverture nous montre clairement les projets des députés : ils voulaient s'établir auprès du prince comme son conseil permanent et souverain.

Sur ce, le duc de Normandie se retira, promettant de délibérer mûrement sur les remontrances et de répondre aux élus le lendemain après dîner. A peine

donnait à dînei" au roi de Navarre. Dans sa fureur, il avait fait mettre à mort le comte d'Harcourt et fait jeter Charles en prison, au firand mécontentement de tout un parti qui comptait Etienne Marcel et plusieurs seifïneurs dans ses rangs.

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