‹ Histoire des États-GénérauxChapitre 33 sur 202 · NOVEMBRE · texte numérisé non relu

NOVEMBRE

soiniiic la situation générale ne devait pas être nieilh'ure le lendemain (|ii(' la Ncillr; il cdiirait même le risque, si dangereux en temps de ti'uublc , d'augiiM'ntcr le mécontentement par sa mauvaise grâce, et d'eidiardir les Etais par riiésitation, (|ui passe toujours pour un sym[)tome de faiblesse. La séance était fixée au l{ novembre; comment se flatter de tromper encore les députés? Ils étaient cette fois sur leurs gardes, et le [leuple de Paris, animé par ses échevins, était tout prêt à soutenir les Etats.

Le mercredi 2 novembre, le dau[)hin imagina cependant de convoquer au Louvre une grande réunion, composée des conseillers du roi, des siens et des principaux députés des trois ordres. Il leur tint à peu près le même discours que l'avant-veille dans leur entrevue sur le chemin du Louvre, mais la forme en était encore plus adroite et plus artificieuse. Non seulement il fit ressortir l'importance des négociations entamées par lempereur Charles IV et par le pape pour rétablir la paix entre la France et l'Angleterre *, mais il eut soin de parler aux députés de la satisfaction qu'ils auraient à retourner dans leurs provinces, d'où il ne manquerait pas de les rappeler, dès qu'il aurait quelque nouvelle grave à leur apprendre.

Le lendemain 3 novembre, les trois États se réunirent aux Gordeliers, et les quatre-vingts élus, s'étant assemblés, entendirent le récit de l'entrevue du Louvre. On conçoit leur irritation. Ils se sentaient trompés, et « bien leur fut avis, disent les chroniques, que toutes ces choses avoient esté faites par ledit Mgr le duc pour départir ladite assemblée des trois Etats; et en

1. Procès-verbal, Is., p. 781. Sur les négociations de l'empereur et les soins du pape Innocent VI pour arriver à conclure la paix, consultez Secousse, Hist. de Charles le Mauvais, t. 1, p. U't et 115.

vérité ainsi est(jit-il * ». Les plus fougueux soutenaient que dans de telles circonstances on ne pouvait se séparer sans un acte solennel, (|ui tixàt dans la mémoire du peuple les efforts des trois ordres; il fallait forcer, disaient-ils, le dauphin à comprendre qu'on ne se jouait pas impunément des Etals généraux, et que les députés renvoyés dans leurs provinces allaient y porter le feu (pii consumait Paris. Alors, ne se préoccupant plus (lu prince, mais uniquement du progrès de leur propre inlluence, les Etats décident que les remontrances seront lues en assemblée générale, « afin que les gens des trois États les puissent parfaitement entendre et retenir, et loyalement rapporter à ceux de par qui ils étoient envoyés à ladite assemblée » (P.-V.) : puis ils ordonnent ([u'un récit des négociations avec M. le duc sera fait aux députés, afin que tous puissent dire à leur pays pourquoi « lesdiles réponses n'ont pas été ouïes » (P.-V.).

Après avoir lu les articles, au nombre de 21 ^, l'évêque de Laon exposa les efforts des Etats généraux pour le bien public et les manœuvres employées par le dauphin pour les faire échouer. Il termina en engageant les députés, entraînés par son discours, à prendre copie « des choses qui avoient été ordenées par les États et à les emporter dans leur pays ^ ».

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