Grandes Chroniques, p. ^.t
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Lo duc de Normandie croyail avoir toul cédé en convoquant les Etats pour le dimanclie o février; mais chaque jour était marqué par une nouvelle exigence de l'impérieux Marcel. Dés le retour de Metz, la plupart des personnes compromises avaient quitté Paris : tantôt le prévôt obtenait que Simon de Bucv, (|ui allait se rendre h Bordeaux pour négocier la paix, ne fût pas chargé de cette mission; tantôt il contraignait le duc à mettre des sergents dans les maisons des officiers demeurés à Paris, et faisait commencer l'inventaire de leurs biens pour en préparer la confiscation.
Telle était la situation lorsque les Etats s'assemblèrent (5 février). Dès le début, ils se montrèrent fidèles au souvenir de leur session d'octobre. Ils se réunirent aux Cordeliers, mais en moins grand nombre; les sujets des ducs de Bourgogne, des comtes de Flandre et d'Alençon, ainsi que plusieurs nobles et bourgeois n'étaient pas revenus à Paris, les uns paila volonté arrêtée de s'abstenir, les autres par la difficulté énorme en ce temps-là de faire un si périlleux voyage. Très surpris de cet abandon, qui était un symptôme évident de la froideur naissante de certaines provinces, les députés cherchèrent un moyen de rendre aux résolutions des États le prestige qui semblait leur échapper. Dans leur première séance, ils rédigèrent une série de propositions contenues en certains roolles et escriptures, et les envoyèrent sans tarder dans toutes les provinces * pour les faire ap-
1. Nous trouvons dans le procès-verbal (art. 20, Rec. des États généraux, vol. VIII, p. 228) que, dès le mois d'octobre, les députés avaient projeté l'envoi de leurs propositions dans les provinces pour savoir si les aides plaisoient aux gens des trois États. Les personnes chargées de communiquer les cahiers devaient retourner à Pai-is au mois pour rapporter le consente-
prouver par les gens d'Eglise el les bourgeois des bonnes villes '. Après que ces réunions locales, sortes d'États provinciaux, eurent adopté le programme ainsi dressé en cahier, et l'eurent revêtu d'une adhésion unanime, les Etats généraux l'examinèrent de nouveau et résolurent de le soumettre au dauphin.
Le 3 mars, la séance publique eut lieu dans la grand'chambre du Parlement. Le duc de Normandie n'était plus là seul avec les Parisiens : l'habileté des meneurs l'avait mis en face de la plus grande partie de la France, consultée par ses députés et répondant par leur voix. En présence des trois fils du roi, et d'une assemblée si nombrea^cjue toute la salle était pleine, l'évèque de Laon, Rol)^|fte Coq *,fit un tableau rapide de la mauvaise administration du royaume, peigiiil les soutTrances\ du peuple et les fautes des j. gouvffnants, auxquels devait remonter toute la res- ^ponsabilité des malheurs /publics. 11 déclara que la nation, ne pouvant plus supporter tant de maux, avait dû prendre des mesures décisives : vingt-deux officiers du roi devaient être à perpétuité privés de toutes charges royales; provisoirement, tous les officiers du royaume devaient éti'e suspendus; des réformateurs , choisis par les Etats et institués par le prince, parcourraient la France pour faire des en(juêtes sur
ment des Étals. — C««wf!n(l'un mois est précisément celui qui s'écoula entre le 3 février et le 3 mars.
1. Le fait de l'envoi des remontrances est affirmé dans la Commission destinée aux élus. — Voy. Ord. (à la date du 3 mars 13oG:, t. IV, p. 181.
2. Robert le Coq était fil? d'uu bailli de Rouen. Avocat du roi au Parlement de Paris, puis maître des requêtes, il entra dans les ordres, et devint, en 1351, évèque de Laon. 11 avait été souvent employé par le roi Jean dans les plus délicates négociations. — Voir le discours de Robert le Coq, Grandes Chroniques, t. VI, p. o3 et 54.
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clianin (l'oiix cl. suivant leur mi'rilo, lo> rc'taMii' dans leurs charges ou les juger K Comme révè(iuu de Laon arhevait ce discours, prononce au nom du clergé, Jean de l'ief|uigny, se levant au nom de la noblesse, « ad voua ledit éves([uc ». Nicolas le Chanteur et F]ticnne Marcel en firent autant au nom des bonnes villes. l\iis tous réunis, ils onVii'ent, au nom des trois Etals, 3U UOO Jiommes d'armes, qu'ils solderaient et entretiendraient eux-mêmes. Le subside était de 15 [jour 100 sur le revenu des clercs et des nobles; quant aux bourgeois, ils promettaient un homme d'armes par cent feux.
Enfin les députés, saisissant comme prétexte l'incertitude du produit de l'impôt, demandaient leur ajournement à la (juinzaine de Pâques, et deux sessions, dont ils seraient libres de fixer l'époque, avant le 15 février de l'année suivante. C'était vouloir quatre sessions en une année, c'est-à-dire une permanence qui substituât définitivement l'autorité des Etats à celle du dauphin.
Telle était la crainte du jeune prince, que toutes ces demandes furent aussitôt accordées -. On croit même que l'ordonnance de mars fut apportée toute
1. Dans l'ordonnance de mai-:?, il n'est point fait mention de celte suspension générale, mais de la réorganisation de la chambre des comptes et du Parlement. — Les Grandes Clironiques, p. 5i, sont, d'un autre côté, fort affirmatives. Nous pensons, avec Secousse {Hist. de Charles le Mauvais, p. 131), que deux ordonnances ont dû être rendues à la suite des Étals de mars; celle qui contenait la suspension des officiers ne serait pas parvenue jusqu'à nous. C'est le seul moyen d'expliquer le fait certain de la suspension générale et l'absence absolue de texte législatif répondant sur ce point aux remontrances.
2. La seule requête sur laquelle il parait que les Étals cédèrent fut la mise en liberté du roi de Navarre. (Froissart, liv. I, chap. ci.xx.)
dressée dans celle assemblée des Élals, car elle est trop longue pour qu'on puisse suppnsfr rprelle ait été rédigée sur-le-champ '.
On la lut devant le dauphin, en présence du peuple de Paris, qui se pressait derrière les députés; puis on la publia au Parlement et au Chàtelet. [Ord., III, p. 121.) Enfin, luiit jours après, le 10 mars, le conseil du roi fut com[)lété parles Etats, c[ui y firent entrer les députés les plus infiuents. Tarchevèque de Reims (Jean de Graon), Févêque de Langres, Jean de Picquigny et plusieurs de leurs collègues tout dévoués à Etienne Marcel '-. \
Désormais, rien ne se ferait sans l'agrément du conseil. Le gouvernement tout entier passait entre leurs mains : la révolution (^^ît faite. Nous allons voir en eflet le peuple de Paris, dirigé par eux, obtenir tout du dauphin, elFinfluence du Louvre disparaître entièrement.
Pendant que ces événements survenaient à Paris, le roi Jean était à Bordeaux, moins le prisonnier des
1. Cette conjecture prend le caractère d'une certitude quand on lit le prcambule d'une ordonnance postérieure. {Ord.. III, p. 347.) « Il fut convenu que nous accordions aux États tous les points et articles dessu>dits en la forme et manière qu'ils les voudrent tailler et escrire et bailler en un rolle. » (Lettres du 28 mai t:}"J9.)
2. Nous avions rapporté ici, dans notre première édition, le récit de Froissarl qui parlait de l'institution d'un conseil de 36 membres. Un examen minutieux des textes a démontré que le récit du chroniqueur s'applique à la commission des élus dont nous parlons plus haut. — Voir la savante et décisive dissertation de M. Nocl Valois, Rev. des Quest. hist., janvier 1885. Cette découverte change les chifTres, puisque nous ignorons le nombre exact des membres du Conseil, mais ne modifie pas sensiblement le fond dus choses. M. Noël Valois a eu soin de dépouiller la série des chartes et il donne une liste des personnages qui ont siégé depuis le mois de mars au Conseil, et parmi eux nous trouvons ceux que nous indiquons, c'est-àdire les adversaires les plus déterminés du dauphin.