‹ Histoire des États-GénérauxChapitre 39 sur 202 · AVRIL · texte numérisé non relu

AVRIL

Anglais rfuf leur llùt(^ ol n'ayant point perdu avec 1,1 lihf'rté le i.'-oùt (\c^ plaisirs et des folles dépenses. IiiiMpalilc (II' ciMiipi-endro les fautes dupasse, encore plus de juger la situation présente, il envoya à Paris, aussit(H que la paix fut signée (18 mars), le comte d"Eu ', le comte de ïnncarville ^ et l'archevêque de Sens, pour en porter la nouvelle, et signifier en même temps aux Parisiens ([ue le roi, ne reconnaissant point l'autiirité des États, ne voulait pas qu'on payât le subside, ni que les trois Etats se rassemblassent le i2o avril, jour fixé pour leur réunion nouvelle. Mais il ne suffisait pas qu'un tel ordre fût proclamé dans les rues pour anéantir l'ordonnance de mars. Le peuple commença à se soulever (mercredi 5 avril;, ciùant à la trahison, ot prêt à décharger sa colère sur les

1. « Jean d'Artois, comte d'Eu, descendant d'un frère de saint Louis, lue en Egypte, à la bataille de Massoure, était fils d'un prince tristement célèbre, le transfuge Robert d'Artois. Mais, évitant le funeste exemple de son père, il resta fidèle à la cause de la France et partagea à Poitiers le sort de son souverain. Pendant sa régence si agitée, le dauphin se vil forcé de donner le comté d"Eu au roi de Navarre, ce qui valut à Jean d'Artois le surnom de Sanx Terre. Il en fut plus tard remis en possession. >'é en 1321, il mourut en 138G. y> {.\oles et documents relatifs « Jecm, roi de France, et à sa captivité en Angleterre, publiés par M. le duc d'Aumale, p. 13.)

2. <c Jean de Melun, deuxième du nom, comte de Tancarville, grand chambellan de France, grand maître des eaux et forêts, et souverain maître de l'hôtel du roi. La seule énumératlon de ces titres indique assez la faveur dont ce seigneur jouissait auprès de son souverain; c'était, ou peut le dire, l'ami particulier du roi Jean, grand chasseur comme lui, partageant tous ses goûts, ayant la haute direction de sa maison, et employé par lui dans toutes les affaires importantes. II avait été pris à Poitiers en combattant à côté de ce prince, ainsi que son fils et son frère, l'archevêque de Sens, que son caractère épiscopal n'avait pas empêché de se trouver dans la mêlée. Jean de Melun fut un des otages laissés en Angleterre après la paix de Bretîgny. Il mourut en 1382. » {Notes et documents relatifs à Jean, etc., p. 15.)

envoyés (]\\ nii; la fureur était telle que Charles fit aussitôt sortir de la ville rarchevéque et ses deux eollègues, qui auraient i)u rtrc victimes des emportfnionts populaires. Deux jours après, rémeute continuant à grossir, le dauphin, sous la pression du Conseil, revint sur la maladroite détermination (h; son père, et fit annoncer dans Paris qu'on lèverait le puhside, et que les Etats seraient lihres de se réunir nonobstant toutes défenses.

Les députés s'assemblèrent vers la lin du mois d'avril à Paris \ et tinrent, le dimanche 30, une séance dans laquelle l'insuffisance du premier subside les contraignit d'en voter im second. Evidemment fort peu de députés assistèrent à cette réunion : ces assemblées étaient trop fréquentes depuis quelque temps pour ne pas inspirer aux députés un certain découragement. Les esprits sages etjmodérés s'effrayaient de l'action de plus en plus violente du Conseil. Les plus ardents, et parmi eux aux i^remiers rangs les membres du troisième ordre, arrivaient seuls à Paris pour réchaufTer, au contact des meneurs, un enthousiasme qui venait ensuite s'éteindre dans les provinces. Ainsi, dans la province d'Auvergne, il y eut trois députés du tiers état pour un du clergé et un seul de la noblesse.

Aucune ordonnance issue de cette assemblée n'est parvenue jusqu'à nous.

On était au commencement de Tété (1357); le désordre devenait général ; la situation s'aggravait rapidement; l'amliition des députés et l'orgueil blessé du daui)hin créaient chaque jour des froissements et des éclats nouveaux. Les membres du Conseil et les réformateurs, maîtres de Paris et d'une partie du

1. Voyez, sur la date précise de leur réunion, la note de Secousse (préf., p. lxvui), rapportant les articles du Conipti' de Robert de Riom, receveur général d'Auvergne.

JUILLET 13o7 69

royaume, (loiiiinaienl le conseil du i)rince. Soutenus par les niouveiiienls populaires, ils ne trouvaient nulle part ce l'rein sans leijuel toute autorité devient bientôt altsolue et révolutionnaire. Réformant à leur fantaisie le royaume, ils étaient arrivés à ce point d'enivrement ({u'ils se souciaient fort peu de convociuer les Etats généraux, dont ils étaient, dans l'intervalle des sessions, les ministres tout-puissants, et dont ils ne pouvaient espérer de demeurer les maîtres. L'excès même de ce p(ui\dir devait liàter leur chute. Déjà tous les malheurs publics, toutes les calamités qu'entraînaient le désordre et la guerre, jusqu'au produit de l'impôt ne répondant pas aux espérances, étaient un texte d'accusation contre les réformateurs, ([ui avaient promis, comme tous les chefs en temps de trouble, le redressement de tous les abus et la satisfaction de tous les intérêts. Le parti du dauphin et les officiers proscrits profitaient habilement de la disposition des esprits : ils éveillaient la jalousie des provinces contre Paris, en montrant ses bourgeois devenus les maîtres de la France; ils excitaient le mécontentement des officiers en les inquiétant sur le sort de leurs charges. En résumé, s'il en faut croire fauteur des Grandes Chroniques^ on sentit, vers le mois de juillet, décliner l'inlluence de Marcel. Tout au moins peut-on être assuré ({ue dès cette époque les plus tièdes partisans des États se détachèrent pour s'allier au dauphin ; l'archevêque de Reims (Jean de Craon) lui-même, qui avait été fort avant dans le mouvement, fut ramené vers le duc, dont il devint un des principaux conseillers. La noblesse et le clergé s'éloignèrent peu à peu de la commission des Etats, reconnaissaul riniquilé ^ de ces

1. Grandes Chronicjues, p. (30. Par ce mot, : iniquité, l'auteur a, sans doute, entendu parler de la violence de leurs actes et de leur entreprise sur la puissance royale. -Mathieu Viiiani et

70 liTATS DU ROI JEAN

gouverneurs principaux qui étaient au nombre de iO ou 12, et refusèrent enfin le payement de l'impôt. Le.s gens de plusieurs villes les imitèrent, de sorte que la commission ne demeura presque plus composée que du tiers état. A partir de cette époque, nous ne trouvons en dehors de cet ordre (juc les deux amis de Charles le Mauvais, Jean de l'icquigny et lévêque de Laon ^

Au milieu d'aoïU, le dauphin, voyant cette désorganisation à Paris, et apercevant des symptômes de réaction dans les provinces, crut que le moment d'agir était arrivé. Il fit venir Etienne Marcel, ainsi que les trois autres gouverneurs de Paris (Gilles son frère, Charles Toussac et Jehan de l'Isle), et, leur siunifiant ({u'il voulait dorénavant gouverner lui-mènio et ne plus être en tutelle, il leur défendit de se mêler du gouvernement du royaume. l'uis, sans attendre l'effet d'une telle déclaration, iî([uilta la capitale pour visiter les villes et leur demander lui-même des subsides. Dans ce voyage il déploya toute son habileté, relevant par sa grâce k; prestige de la royauté, parlant avec

Zanlfliel disent que les députés ne songeaient qu'à s'enrichir sans s'embarra>ser du bien public. (Secousse, préf., p. lxix.) M. H. Martin défend les réformateurs, ([ui sont à ses yeux les hommes les plus vertueux de ce temps. Ces deux jugements nous semblent exagérés, mais le désordre était trop général pour qu'un si grand pouvoir remis tout d'un coup à de simples bourgeois ne fit pas perdre la tète à quelques-uns d'entre eux. 11 a dû se commettre des dilapidations considérables, et nous n'avons pas bjsoin d'autres preuves de leur prodigalité que la déplorable proposition des meneurs, n'hésitant pas à alfaiblir eux-mêmes la monnaie, ressource extrême qu'ils n'avaient jamais pardonnée au roi.

1. « L'S nobles et les prélats commencèrent à s'ennuyer de l'ordonnance des trois États. Si en laissèrent le prevot des marchands convenir, et aucun des bourgeois de Paris, pour ce qu'ils s'euU'cmelloient plus avant qu'ils ne vousissent. » (Froissart, liv. 1, ch. clxxis.)

OCTOBRE 13o7 71

adresse des scènes vioh'iites de Paris, et produisant sur les esprits une si profonde impression, (jue les f^ouverneurs commencèrent à s"(;n alarmer sérieusement.

Vers le (;onmiencement d'octohi-c, Etienne Marcel et son [larti comprirent ({ue leur impuissance serait bient()t complète s'ils ne réunissaient au plus tôt les Étals; d'un C(')tè, il était facile de voir ([ue le dauphin, ([Uûique mal obéi, avait encore assez, d'autorité pour empêcher dans les jjrovinces le dé'partdes députés et accroître les embarras au détriment de la cause populaire. 11 fallait donc, sans tarder, ramener le dauphin à Paris et le remettre en tutelle. On promit alors au duc de lui donner de l'argent en abondance, de ne plus lui parler de la destitution des officiers du roi, ni de la délivrance du roi de Navarre ; en échange de ces concessions, le prince réunirait à Paris les députés de vingt à trente villes. Le dauphin, qui s'exagérait la portée de la réaction, accepta les conditions; et sa sécurité était si grande, qu'il manda lui-même à soixante-dix villes d'envoyer des députés à Paris ^

Mais, à peine assemblés, les députés, sans avoir même délibéré, se rendirent auprès du duc, disant qu'ils ne feraient rien tant que les trois Etats ne seraient pas convoqués. Charles était ju^is au [jiège : il se rendit toutefois à leur demande et fixa la réunion au 7 novembre -.

Page 1