AOUT
iiiomoiit où ils allaient ouvrir les poi-tcs à Charles «le Navarre, qu'ils voulaient f'aircï noninier roi do Fi-anee '. Cle fut avec joie que le peuple appril la niorl de celui ([ui avait été son irlole, et son entiiousiasme éclata «{uand le régent fit le surlendemain son entrée dans Paris.
Ainsi se terminait celle révolution de d(.'ux aimé-es, commencée jiar des pati-iotes, compromise })ar des factieux, et aboutissant au triomphe absolu de l'esprit monarchi([ue. La grande faute de Marcel fut de se laisser em{)orter par le mouvement dont il s'tHait trouvé au début le représentant, sans av(jir su en être à temps le modérateur. Ceux qui s'étaient associés à ses premiers eiTorts s'éloignèrent. Ils avaient voulu mettre un frein aux désordres de la ro3'auté, mais non point rompre avec les traditions du tiers état. Complice des ambitions du roi de Navarre, et mal soutenu par la bourgeoisie effrayée, Marcel changea d'alliés : il descendit d'un degré et, se jetant dans les bras des plus ardents, se fit l'instrumenlr des passions démagogiques. Dès lors, ce qui n'était qu'une vaste réforme, pure de tout excès, devint en quelques mois la plus détestable révolution, traînant à sa suite les émeutes et les meurtres, acceptant pour alliés les paysans en révolte, montrant enfin pour seul espoir au royaume épuisé par les luttes un changement de dynastie (jui devait jeter un troisième prétendant au milieu des ambitions rivales des maisons de France et d'Angleti'rre K
i. Voir le luémoire de M. Dacier sur la mort de Marcel, Méni. de l'Acad. des Inscr., t. XLIll.
2. Dans une lettre fort intéressante qui a été découverte dans les archives royales de Turin, par M. Combes (de la Faculté des lettres de Bordeaux), Charles écrivait, le 30 août 1359, au comte de Savoie un récit des incidents de la rébel-
Tout nondnmnail les dornicrs actes de la vie de Marcel. Le sentiniorit iiionarchifpie se souleva contre lui. Soutenu par la réaction, le régent était plus puissant que no l'avait jamais été son père. En France régnait aloi\< une horreui" de l'anarchie qui attirait toutes les forces vives du pays autour du dauphin, représentant la résistance contre l'invasion anglaise, comme il personnifiait l'ordre vis-à-vis de la Jacquerie ^
On en eut hientot une preuve éclatante : sept mois
lion. La partie la pins curieuse de cette pièce est incontestablement celle qui couticnt les aveux recueillis de la bouche même des amis de Marcel pendant leur procès. Dès le retour (lu prince à Paris, Pierre Gilles, Charles Toussac et les plus compromis furent jetés en prison. Si leur confession est exactement rapportée par le réirent, elle jette une vive lumière sur les projets conçus par Marcel. Ainsi un nomme « Thomas, de la chancellerie du roy de Navarre », avait » confessé senz force et senz contrainte, de sa bonne volonté » que depuis le mois de février « ils ne cessèrent de machiner la mort » du dauphin et de ses frères, pour « faire ledit roy, roy de France ». Le réf^ent entre alors dans les détails les plus minutieux pour expliquer au comte de Savoie les moyens dont disposaient les conjurés, lui dévoiler les occasions dont ils étaient prêts à se servir et le but avoué par tous les accusés de changer la dynastie. — Les amis du roi de Navarre s'étaient servis, parait-il, de toutes les armes, même de la sorcellerie. Cette lettre, qui comprend huit jurandes pages, se termine par une demande de secours. Le procès des conjurés eut un dénouement sanglant : si les listes d'amnistie et les lettres de rémission sont nombreuses dans les recueils d'ordonnance, il ne faut pas croire que la justice fût désarmée et que les principaux coupables ne payèrent pas de leur vie leurs téméraires projets. Charles Toussac, Gilles, Josseran de Màcon et autres furent « justiciés ». La lettre en témoigne formellement. (V. plus haut sur cette lettre les notes, p. 75 et 7S.)
1. Nous avons dû passer rapidement sur cette grande insurrection. Si l'on veut connaître exactement le rôle d'Etienne Marcel dans la Jacquerie, il faut lire l'excellente élude que M. Siméon Luee a consacrée à ce sujet. Paris, Durand, 1839, in-8.
AVRIL 13o9 81
s'élaienl à |ieine écouh's ({uil dul recourir de nouveau à une assemblée d'États. Vers la fin d'avril 1359 ^ le dauphin avait reçu le texle du traité conclu à Londres avec le roi d'Angleterre. La cession de la moitié occidentale de la France, de Calais à Bayonne, et le payemont immédiat de cjualre millions d'écus d"or, telle était la rançon du rdi Jean. Kn lisant ces conditions désastreuses, le régent contint son indignation, et résolut de soun]ettre à la France raccoptalion de clauses aussi exorbitantes. Il convoqua pour le 10 mai à Paris les gens d'Église, les nobles et les députés des bonnes villes. Mais « il vint peu de députés, tant pour ce que l'on ne fist pas sitost savoir ladite convocation, comme pour ce que les chemins estoient empeschiés des Anglois et des Navarrois, qui tenoicnt forteresses en toutes les parties par lesquelles l'on |)ouvoit aller à Paris ». Les pilleurs français ne faisaient guère mieux que les Anglais, de sorte que l'on ne pouvait voyager *. Aussi fut-on forcé de remettre l'assemblée de jour en jour. Enfin, le 25 mai, le régent se rendit au palais. Il s'arrêta sur le perron de marbre; autcan- de lui se trouvaient les trois Etals, et une foule nombreuse remplissait la cour. En présence de tout le peuple, Guillaume de Dormans, avocat du roi au Parlement, lut le traité de paix qui divisait le royaume en deux parts, pour en livrer une aux ennemis de la France ^.
Cette lecture indigna le peuple. Les États répondirent que le traité n'était « passable ni faisable », et, dans leur patriotique enthousiasme, « ordennèrent à faire bonne guerre aux Anglois ».
11 ne suffisait pas d'épargner ou royaunu' la honte