LA GAULE AVANT CKSAR
Drs ([ii'aiix temps héroïques, caclit's doi-ritTe une inipéni'trahle incertitude, a succédé la péri(jde de l'hisloirt!, nous voyons cette race privilégiée fonder des Etats et organiser des institutions libres. Athènes et Rome ne doivent pas seules fixer nos regards : si, remontant vers l(! nord, nous abandonnons les rivages enchanteurs de la Méditerranée pour pénétrer dans Fobscurité des forêts germani({ues, nous trouvons les mêmes germes chez ces vastes agglomérations c[ue le mouvement de la civilisation n'a pas encore emportées. Dirigeons-nous ensuite vers Fouest : approchonsnous de l'Océan, qui était alors la fin du monde. La conquête romaine est encore bien éloignée, et déjà nous trouvons des assemblées nationales chez les Gaulois : de nombreux témoignages en font foi, et César constate, en plus d"un passage de ses Commentaires, l'existence de cet usage national.
Ainsi nous trouvons l'origine de cette grande coutume que nous allons suivre, sans jamais la perdre de vue, sous les formes diverses que lui donnera notre histoire.
Quand les Romains eurent couvert de leurs institutions les provinces de Gaule qu'ils avaient conquises, ils ne supprimèrent pas ces conseils populaires, mais ils en réglèrent l'action et en firent un des rouages de leur immense administration. De même que les colonies grecques avaient conservé leurs antiques assemblées (xotva), l'Espagne, l'Helvétie, la Gaule tenaient des convcntus et des concilia. Autour du temple d'Auguste, après la célébration périodique du culte impérial, les délégués d'une province ou les députés de toute la Gaule se réunissaient [concilium Galliarum). Leurs délibérations ne se bornaient pas aux dépenses de la fête religieuse et aux contributions qu'elle nécessitait. L'assemblée, composée des représentants des principales
i INTRODUCTION
familles et des magistrats élus par les villes, examinait l'état fies provinces et décidait s'il y avait lieu d'infliger un blâme aux gouverneurs impériaux '. Peu à peu, les assemblées perdirent leur caractère religieux et l'usage s'introduisit de dresser un cahier de vœux que deux ou trois députés étaient chargés de porter à l'empereur : tantôt c'étaient des plaintes, tantôt une demande de subvention pour une route, un pont, ou quelque grand travail d'intérêt public. Une loi de l'année 355 porte que les assemblées doivent avoir pleine liberté de faire parvenir à l'empereur les vœux que les députés ainx)nt librement prépares^.
L'invasion des AVisigoths troubla ces coutumes vers la (in du iv^ siècle. Honorius, en 418, s'appli((ua à les rétablir, a Nous jugeons très opportun et très utile, dit l'empereur, que la coutume soit désormais observée chaque année et que les sept provinces aient désormais leur assemblée à une époque fixe dans la cité d'Arles; en cela nous cherchons l'intérêt de chacun et de tous; nous voulons que cette réunion des citoyens les plus notables présente ses avis sur les intérêts généraux. C'est un usage ancien que nous rétablissons. L'assemblée se tiendra chaque année des ides d'août aux ides de septembre. Elle sera composée des anciens magistrats, des grands propriétaires et des juges de chacune des provinces. Une amende de trois livres d'or sera prononcée contre ceux qui manqueront d'y assister ^. »
Cette institution subsista durant tout le cours du
1. Voy. Fiistel de Coiilanges, Inst. polit, de l'anciennr France, p. H2 et suiv. L'inscription tli' Thorifrny, rapportée à l'an 238, jette une vive lumière sur le droit d'accusation qui appartenait aux assemblées.