‹ Histoire des États-UnisChapitre 10 sur 20 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

SECTION PREMIÈRE

histoire des états-unis, depuis la révolution jusqu'à la guerre de 1812.

État des partis. — Constitution fédérale. — Présidence de Washington.

L'indépendance était reconnue, la paix était faite, tout semblait devoir rentrer dans l'ordre. Mais en un seul jour ne pouvaient pas être cicatrisées les plaies de la guerre étrangère, calmées les agitations de la guerre civile et de la révolution. L'état devait 43 millions de dollars au 1er janvier 1783, et le congrès était sans force pour créer des impôts sur des états indépendans. Il avait décrété des taxes sur les importations et sur d'autres objets; il fit d'inutiles réquisitions auprès de divers états pour qu'ils se soumissent à cette mesure. Sans puissance, il serait demeuré sans ressources, si Adams n'avait négocié avec le Hollande un em-

prunt, qui servit à payer l'intérêt de la dette publique. Le papier- monnaie était de nouveau tombé ; l'embarras s'augmentait encore par les difficultés qui s'étaient élevées avec l'Angleterre pour la fixation des limites du nord et les réglemens du commerce. Deux partis divisaient la nation : celui des fédéralistes voulait une constitution plus vigoureuse, qui fît de tous les Etats un seul corps politique; l'autre voulait l'indépendance presque absolue de chaque Etat ; le premier exigeait que tous les engagemens contractés pendant la guerre fussent remplis, le second demandait la réduction des taxes, et voulait restreindre les pouvoirs du congrès. Le besoin de s'unir contre tant de maux accumulés était cependant senti de toutes parts : il triompha des partis, dont l'Angleterre envenimait secrètement les prétentions.

L'association de Cincinnatus venait d'être instituée parmi les soldats de l'armée révolutionnaire redevenus laboureurs ; elle les unissait tous pour le maintien de la république et de l'honneur national. La Fayette était retourné d'Europe, et s'occupait avec Washington ûe cimenter les bases de la nouvelle organisation fédérale. De toutes parts les hommes éclairés demandaient une assemblée qui révisât le pacte constitutif de l'union. Il avait été suffisant pendant la guerre, mais il était évidemment trop faible pour se maintenir alors qu'un si grand intérêt n'existait plus. On voyait T

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naître entre tous les Etats, et dans chacun en particulier, des prétentions rivales.

L'Etat de Virginie fut le premier qui convoqua une convention nationale (mars 1785.)

(1786) Elle se réunit sans succès ; peu d'Etats y avaient pris part ; ceux du nord, privés de leurs pêcheries, étaient dans l'agitation. Le gouvernement de Massachusetts avait été contraint de dissiper, par la force, des rassemblemens armés dans lesquels on avait compté jusqu'à quinze mille individus. L'Etat de New-York, en refusant de se soumettre à la taxe d'importation, avait implicitement décrété la suppression du système fâdéral. La confédération semblait se dissoudre.

Alors le congrès convoqua (20 février 1787) pour le mois de mars suivant une convention générale pour rectifier le pacte constitutif et le mettre en harmonie avec le vœu général. Les représentai des divers Etats, excepté celui de Rhodeîsland, se rendirent donc à Philadelphie en septembre 1787, et présentèrent, à l'acceptation du peuple, la nouvelle constitution qui devait être exécutoire après son adoption par neuf Etats. La discussion fut longue. Franklin lui-même se montra souvent parmi les opposans. Mais, se levant enfin, il s'écria que, lé besoin public dominant toute autre considération, il fallait la voter unanimement, telle qu'elle était. Toute discussion cessa, et la constitution fut acceptée avec la

condition de pouvoir l'amender dans un temps voisin.

Jusqu'ici l'Union n'avait été qu'une simple alliance entre des nations indépendantes entre elles; elle devint, par la constitution, un tout homogène, dont chaque Etat ne fut plus qu'une partie. Douze provinces prirent part à cet acte promulgué le 17 septembre 1787, et complété plus tard (1789.)

Il garantit à tous les Etats de l'unîon une forme de gouvernement républicain (Constit. art. 4, sect. 4 ;) la liberté absolue des cultes, sans préférence pour aucun (amend. art. 1er ;) le jury en matière criminelle (amend. art. 6;) et en matière civile pour toute valeur jusqu'à 20 dollars* (art. 7;) enfin le droit du peuple à rester armé (art. 2.)

Le gouvernement est formé de deux chambres législatives, sous le nom de congrès, et d'un président.

La chambre des représentans est composée de membres âgés de 25 ans au moins, et citoyens des Etats-Unis depuis 7 ans, élus tous les deux ans par le peuple, selon les règles particulières de chaque Etat, et dans la proportion d'un pour 30,000 habitans (Const. article 1er, sect. 1 et 2).

La chambre du sénat est composée de deux sénateurs pour chaque Etat, élus par sa législature particulière, âgés de trente ans, et citoyens des Etats- Unis depuis 9 ans. Elle est renouvelée par tiers

* Environ 100 francs.

tous les deux ans, et présidée par le vice-président des Etats-Unis (article 1er., sect. 3).

Aucun individu ayant une place salariée ne peut être membre des deux chambres (art. 1er, sect. 6).

Le congrès se réunit de droit en décembre de chaque année (art. 1er., sect. 4).

Il a le droit d'ordonner et de percevoir les taxes, de déclarer la guerre, de faire des levées d'hommes et d'argent, de régler les intérêts de l'état avec les autres nations, et de faire toutes les lois (art. 1er., sect. 6). La loi d'impôt doit nécessairement être débattue d'abord dans la chambre des représentans (article 1er,. sect. 7). Celle-ci, proportionnée à la population, exprime les besoins de la nation. Le sénat, où chaque Etat est également représenté, balance les intérêts locaux. Ainsi aucune loi ne peut être rendue qu'elle n'ait en sa faveur la majorité du peuple, et celle des Etats de l'Union.

Le président est le premier magistrat de la nation. Il est investi du pouvoir exécutif et sanctionne les lois (art. 2, sect. 1er) ; il commande l'armée, fait les traités avec le consentement du sénat, et nomme aux places vacantes dans l'intervalle des sessions, le congrès seul ayant le droit de les donner (article 2, sect. 2) ; s'il refuse de sanctionner une loi, elle est discutée de nouveau, et ne devient exécutoire qu'après son adoption par les deux tiers

du congrès (art. 1er, sect. 7) ; c'est le veto suspensif, heureusement oppjsé au veto absolu que la constitution anglaise accorde au roi.

Le président est choisi parmi les citoyens nés aux États-Unis, âgés de 35 ans et qui ont 14 années de résidence, par des électeurs de chaque Etat ; en nombre égal à celui des représentans et des sénateurs (art. 2, sect. 1er et 4) ; la durée de ses fonctions est de quatre ans (art. 2, sect. 1er).

Le pouvoir judiciaire est remis à une cour suprême (art. 3, sect. 3).

La constitution, par une sage prévoyance, établit ensuite que tous les pouvoirs non délégués au congrès demeurent réservés au peuple (amend, 10), dont les droits ne peuvent ête restreints par l'énumération qu'en fait l'acte constitutionnel (amend. 10). Elle consacre la liberté individuelle dans sa plus rigoureuse extension (art. 1er, sect. 9) ; prohibe la création de titres de noblesse et l'action indépendante d'un Etat sans le concours des autres (art. 1er, sect. 10) ; enfin elle décide que les divers États ne pourront être ni morcelés, ni réunis ensemble, mais que d'autres États pourront être créés et constitués (art. 4, sect. 3).

Le nouveau gouvernement fut institué le 6 avril 1789. Washington fut unanimement élu président des Etats-Unis pour quatre ans, en John Adams vice-président.

L'Union avait enfin un véritable pacte fédéral ; * t2

tous les Etats l'adoptèrent successivement, après des discussions plus ou moins prolongées. Le New- York parut ne s'y soumettre que pour n'être pas exclu de la confédération; la Caroline du nord et le Rhode-Island, qui le rejetèrent d'abord, l'acceptèrent enfin, la première en 1789 et le second une année après.

A peine cette constitution fut-elle promulguée, qu'elle fut attaquée de tous côtés par des patriotes qui crurent y voir une diminution de liberté pour chacun des Etats de l'Union, mais les partisans du système qu'elle établissait, connus sous le nom de fédéralistes, triomphèrent de ces inquiétudes, et la confiance naquit.

Jefferson, l'un des patriotes les plus estimés de l'Amérique, ami et disciple de Franklin, et que la France avait reçu avec plaisir comme ambassadeur à la fin de la guerre, fut chargé du département des affaires étrangères. Hamilton, militaire déjà illustre, qui, l'un des premiers, provoqua dans le congrès la formation de la convention qui venait de constituer l'Amérique, eut celui de la trésorerie. Kiiok, général qui commandait l'artillerie lors de la capitulation de Cornwallis à Yorktown, fut fait secrétaire-d'état de la guerre.

Il fallait rétablir les finances délabrées, régler les relations des Etats-Unis avec plusieurs puissances, prévenir les incursions des Indiens. Le premier congrès porta quelques lois d'impôt et

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d'organisation propres à consolider le nouveau système. La dette publique s'était accrue des intérêts qui n'avaient pas été payés jusqu'à présent, on y satisfit désormais; les douanes furent mieux réglées; des taxes intérieures furent établies pour la première fois ; la banque des Etats-Unis et une caisse d'amortissement furent fondées, le crédit se ranima. Le congrès entama encore des négociations avec plusieurs peuplades d'Amérique et quelques grands états d'Europe ; sa marche rassura les esprits au dedans et le fit respecter au dehors. Il termina ses travaux le 3 mars 1791.

Les tribus indiennes qui habitaient un nordouest de l'Ohio avaient commis de nouveaux ravages. Deux fois elles furent inutilement attaquées, et la seconde fois les troupes américaines, commandées par le général Saint-Clair, furent complètement battues (déc.) Le second congrès était assemblé lorsque cette nouvelle arriva. Des levées de troupes furent ordonnées, malgré la répugnance extrême de quelques membres du corps législatif à mettre la force armée entre les mains du gouvernement, et des fonds furent votés pour leur paiement.

Cette époque avait vu naître des divisions violentés parmi les membres du congrès, elles étaient également dans la nation. Les fédéralistes, à la tête desquels était le trésorier Hamilton, et les démocrates, dont Jefferson était le chef, s'attaqua-

ient avec acharnement; les traités à conclure pour le commerce avec l'Angleterre et la France étaient un des principaux objets de la désunion. L'impôt établi par le congrès sur certains objets d'importation acheva de les aigrir. Dans la Pennsylvanie, une insurrection eut lieu et une assemblée de députés, réunis à Pittsburg, déclara ne vouloir pas se soumettre à l'impôt, Washington évita autant qu'il le put un éclat, et apaisa lentement ces troubles. Mais il ne put apaiser l'irritation toujours croissante des esprits, qui prenaient une tendance irrésistible vers la démocratie, et se jetaient dans une opposition tout-à-fait hostile.

Révolution française. — Seconde présidence de

Washington. Politique générale. — Adams,

président.-— Préparatifs de guerre. — Mort de Washington.

Cependant la France, à son tour, avait corn* mencé sa révolution, et l'Amérique applaudissait à ce grand acte. Elle voyait avec joie proclamer en Europe les mêmes principes qui venaient de triompher chez elle. Sa reconnaissance pour Louis XVI n'était pas entière. Elle se souvenait qu'il n'avait prêté son appui à la cause de l'indépendance qu'à la dernière extrémité. Le nouveau gouvernement de France fut reconnu (1793,) et son envoyé, Genêt, accueilli partout avec enthou-

siasme. Mais La Fayette était alors proscrit ; le souvenir de ce qu'il avait fait ne s'effaça point de la mémoire des Américains, et leur ambassadeur à Paris reçut l'ordre de ne négliger aucune occasion de solliciter en sa faveur, sans compromettre les intérêts de l'Union.

La France avait déclaré la guerre aux puissances. Le peuple américain, voyant une ligue formidable -slélever contre cette république, demanda hautement à lui prêter l'appui qu'elle-même avait, dans des temps semblables, donné à l'Amérique. Heureusement la France n'avait pas besoin de secours, et elle le prouva pendant 25 ans à l'Europe.

Le gouvernement des Etats-Unis, qui n'était pas en mesure de faire la guerre, fit tous ses efforts pour maintenir la neutralité qu'il avait naguère déclarée par un acte, appelé du nom (Tédit royal par ses ennemis. Une grande partie de la nation se plaignait amèrement, et l'accusa d'un penchant secret pour l'Angleterre. Mais, s'il n'était réellement pas trop porté pour la France, il l'était certainement moins encore pour son ennemie. Pendant plusieurs années, cette grande question agita l'Amérique, et les partis des fédéralistes et des démocrates y puisèrent de nouvelles forces. Des sociétés populaires furent organisées, et l'on y soutint plus d'une fois le principe de l'inutilité des deux chambres d'Amérique, que l'on crut démon-

trée par l'organisation plus simple adoptée par la France.

Le temps pour lequel le président avait été élu était expiré. Washington fut de nouveau nommé à la première magistrature. Adams fut aussi fait vice-président, malgré l'opposition, qui, n'ayant pu se résoudre à éloigner le premier du pouvoir, en voulait exclure le second. Le ministère fut continué. Le gouvernement s'occupa de prévenir les tentatives que l'ambassadeur de France méditait sur le Mississippi et la Floride alors appartenant à l'Espagne, tentatives qui eussent compromis la neutralité de la république. Il arma ensuite contre les Indiens de l'ouest, que paraissait soutenir en secret l'Angleterre, et dont le soulèvement pouvait déterminer au sud l'agression toujours probable de la confédération des Creeks. Les premiers furent complètement battus par le général Wayne (1794,) et les autres ne prirent pas les armes. Mais toute la prudence de Washington eut pour but d'éviter à tout prix une rupture avec l'Angleterre, contre laquelle des sujets de mécontentement graves s'élevaient. La presse • des matelots, prétendus anglais, qu'elle exerçait à bord des vaisseaux de toutes les nations, avait humilié le pavillon Américain. Cette affaire devint l'objet de négociations, que nous verrons par la suite terminées par- la guerre.

Quelques Etats de l'ouest, secrètement poussés

par l'Espagne, menacèrent, à cette époque, de se séparer de l'Union, qui ne pouvait pas leur assurer le cours du Mississippi, si nécessaire pour eux, et qui les laissait à découvert du côté de la frontière du Canada. D'un autre côté, plusieurs Etats s'opposèrent avec force à la perception des droits établis par le congrès sur les liqueurs américaines, objet d'un commerce considérable avec les Indiens. Plusieurs comtés de la Pennsylvanie s'insurgèrent, et la révolte menaçait de gagner les Etats voisins. Toutes les invitations, tous les ordres du gouvernement aux insurgés étant inutiles, le président convoqua 15,000 hommes de milices, et les dirigea vers les comtés rebelles. Ce déploiement de force dispensa de frapper personne; tout rentra dans l'ordre. Ce qui donne une juste idée de la modération du gouvernement, c'est que deux habitans, convaincus du crime de haute trahison, obtinrent leur grâce (sept. 1794).

Si les troubles avaient cessé, le mouvement des opinions opposées ne pouvait être arrêté. Ce fut inutilement que les sociétés populaires cessèrent d'exister, au moment même où, par suite de circonstances bien différentes, le club des jacobins était fermé à Paris. Le parti populaire gagnait en force, et, dans la chambre des représentans, il avait acquis la majorité. Jefferson avait été forcé par les fédéralistes de quitter le ministère en 1793; le trésorier Hamilton, son rivai, fut contraint par

les démocrates de se retirer dans les premiers jours de 1795. Tous deux rentrèrent purs et les mains vides dans la carrière privée. Hamilton laissait en partant ua plan de finances digne de lui. Peu de temps après, le général Knox quitta aussi le ministère de la guerre, au moment même où le général Wayne venait de conclure la paix avec les Indiens du nord-ouest de l'Ohio (3 août 1795).

Le traité de commerce avec l'Angleterre était toujours l'objet des reproches du parti populaire. Le cabinet britannique semblait vouloir donner des armes aux mécontens, en renouvelant les ordres de confisquer les cargaisons de vivres destinées pour la France, et violant ainsi comme on l'a souvent pratiqué depuis, la règle du droit des gens, qui veut qu'il n'y ait de blocus légal que là où il en existe un de fait. Les peuples d'Amérique ne pouvaient souffrir sans impatience qu'un traité d'amitié avec l'Angleterre vînt proclamer une indifférence pour la France, qui était loin de leur cœur. A Boston, à New-York, à Philadelphie, à Baltimore, à Charleston, etc., il y eut des assemblées, où le peuple réclama contre ce traité ; mais le président maintint les principes du gouvernement. Il ne répondit rien à toutes les calomnies dont il devint un instant l'objet, et sa persévérance triompha de tous les obstacles. Un traité avec Alger acheva d'assurer la navigation des Américains ; et celle du Mississippi, permise aux Etats

d'Amérique.

de l'ouest par un autre traité avec l'Espagne, étouffa les désirs qu'avaient ces Etats de se séparer de l'Union. D'un autre côté, le colonel Monroe avait été chargé des affaires de la république en France, où la Convention le reçut dans son sein, sous les drapeaux unis de France et d'Amérique. Ainsi la marche des affaires n'éprouvait plus aucun obstacle à l'extérieur. A l'intérieur des taxes furent portées et préparées pour les sessions suivantes du corps législatif, dans le but d'éteindre la dette publique.

Ce fut à cette époque (1798) que le président sollicita, en son propre nom, de l'empereur d'Autriche, et avec autant de noblesse que de courage, la liberté de La Fayette, alors détenu dans les prisons d'Oimutz; mais ce fut inutilement.

On touchait à la fin de l'année 1796. La magistrature de Washington allait cesser. Il prit congé de la nation par une proclamation digne de toute sa carrière. Elle produisit une impression favorable au système des fédéralistes, et concourut puissamment à faire porter à la présidence de la république (1797) John Adams, qui tenait à cette opinion. Jefferson, candidat de l'opposition, eut la vice-présidence. Le ministre français à Philadelphie avait pris, dans cette occasion, une part active au mouvement des partis. Ces menées portèrent ombrage aux Américains, et ce fat une des causes qui firent triompher le candidat des fédéralistes. U

Déjà des nuages s'élevaient entre les deux républiques. Le traité de commerce avec l'Angleterre en était le prétexte. Le Directoire, qui gouvernait alors la France, s'était plaint amèrement, et les défaites dont avaient fait usage les envoyés de l'Union avaient amené la saisie des vaisseaux américains destinés pour l'Angleterre. Ceux des ambassadeurs américains qui tenaient au parti fédéraliste reçurent l'ordre du Directoire de quitter la France.

(1798) Le congrès, présageant que la guerre éclaterait bientôt, prit des mesures de défense. L'ardeur fut si grande, que, quoiqu'une fièvre contagieuse régnât à Philadelphie, tous les membres du congrès furent présens à sa première séance. On ordonna des levées, et on vota un emprunt considérable. Le commandement suprême de l'armée, en cette circonstance mémorable, fut confié à Washington, qui l'accepta. Ainsi celui qui, à ]a tête des armées, avait conduit l'Amérique à l'indépendance, y était de nouveau placé peur maintenir la dignité de la république. Les discordes des partis opposés n'avaient pu lui ravir la confiance de ses concitoyens, et il passait sans répugnance du premier rang au second.

Cette démonstration courageuse des Etats-Unis, peut-être un peu trop hâtée par John Adams, autant que la volonté générale dans la république française de ne point faire, sans de puissans motifs, la guerre à sa sœur d'Amérique, amenèrent un ac-

commodément. D'ailleurs le Directoire n'était plus. L'influence secrète de l'Angleterre était détruite dans le cabinet de Paris, et la France venait de confier la première magistrature de l'état à Bonaparte, qui sentait bien que le maintien de la paix avec l'Amérique était nécessaire. Nous le verrons plus tard adopter les faux principes suivis par le Directoire, et interrompre toutes ces bonnes relations avec les Etats-Unis. Mais, à cette dernière époque, il n'y avait plus de carrière commune pour les deux peuples amis, et la France allait cesser d'être une république.

Cette même année (13 déc. 1798,) et avant que la paix fût bien assurée, Washington mourut à la suite d'un courte maladie. Quoique son administration, pendant ses deux présidences, eût été vivement censurée, ses intentions ne furent l'objet d'aucun reproche. Il passait pour appartenir au parti des fédéralistes, et l'on se souvenait trop qu'au commencement de la lutte avec l'Angleterre il avait été de l'avis d'un accommodement. Néanmoins, les chefs mêmes de l'opposition professèrent toujours pour ses vertus la plus haute vénération. Il mourut universellement regretté ; et, depuis, l'histoire l'a proclamé le plus beau caractère des temps modernes.

Il est un fait de cette mémorable présidence, que nous nous abstiendrons de juger, de peur de ne le pas faire avec assez d'impartialité. En 1791,

RÉSUMÉ DE l/HISTOIRE

les nègres de Saint-Domingue, s'étant insurgés contre les colons français, en massacrèrent un grand nombre. Ce fut l'origine de la république haïtienne. Le gouvernement des États-Unis avança une somme considérable à l'ambassadeur français, pour lui procurer les moyens de conserver cette colonie, en réduisant les nègres à l'obéissance. Cependant, avant cette époque, l'Etat de Massachusetts avait aboli l'esclavage (1783;) et, dans ce moment même, les lois de l'Union proscrivaient la traite, et les constitutions des divers Etats préparaient l'affranchissement graduel de la population noire.

Présidences de Jefferson et de Madison. — Discussions avec la France et V Angleterre. — Déclaration de guerre contre celle-ci.

La présidence de John Adams vit renaître la concorde entre la France et l'Amérique. Les insultes que la marine anglaise adressait au commerce américain, dans le sein duquel elle avait la prétention de se recruter des matelots, sous prétexte qu'ils étaient d'origine anglaise, consolidèrent encore l'union avec la France.

Les discussions avec celle-ci, et les mesures de défense que l'on avait prises, avaient aggravé la situation du trésor, et, au commencement de 1801, la dette publique s'élevait à plus de 400,000,000 de francs. Gallatin venait d'être appelé au minis-

tère des finances. Sept années de prospérité commerciale, sous une bonne administration, les rétablirent. Les taxes intérieures furent supprimées, la caisse d'amortissement reçut une dotation annuelle de 8,000,000 de dollars (40,000,000 de francs,)

Le parti populaire avait reçu avec transport la nouvelle du rétablissement de la paix avec la France. Il vit avec plaisir lever la défense de commerce avec son amie naturelle, et s'accroître la haîne publique contre les mesures vexatoires de l'Angleterre. C'était pour lui un véritable succès qui augmenta ses forces. Elles furent toujours croissant, jusqu'à l'élection du nouveau président

JerTerson avait donné trop de gages au parti populaire, et Adams avait trop peu de titres à son affection, depuis les démêlés avec la France, pour que l'élection du nouveau président ne fût pas orageuse. JerTerson fut élu à la majorité de neuf voix (1804 ;) et sa conduite fut telle que, quatre années plus tard, il obtint sur son compétiteur Pinckney une majorité de cent quarante-huit suffrages. A cette dernière époque, et plus tard, sous la présidence de Madison, qui partageait les opinions de JefFerson, chef du parti populaire, le parti des fédéralistes, qui perdait chaque jour de ses forces, continua d'avoir pour chefs John Adams et le fameux Rufus King. Ce qu'on appela l'administration fédérale avait cessé à la présidence tj2

de Jefferson. Nouveauté remarquable dans l'histoire des nations; une révolution complète dans les partis s'était opérée, par le paisible exercice du droit électoral! Sous la présidence de Jefferson, la plus sévère économie fut introduite dans toutes les branches de l'administration ; l'armée, déjà peu nombreuse, fut encore réduite ; la constitution américaine fut mise en action dans toute sa simplicité. En un mot, son administration réalisa le problème du meilleur gouvernement à moins de frais.

Vers le milieu de la seconde présidence de Jefferson (1808,) la France, qui depuis trois ans n'était plus une république, avait adopté un nouveau système politique. Victorieuse des coalitions, elle voulait réduire désormais l'Angleterre à l'impuissance de lui nuire. Napoléon avait résolu de fermer tous les ports du continent européen à l'Angleterre. Celle-ci lui opposa le blocus nominal, qui interdisait aux neutres tout commerce avec la France et les pays qui en dépendaient. Les Etats-Unis ne pouvaient adopter des mesures aussi ruineuses pour eux. Ils ne pouvaient associer leur sort à celui de la France, malgré leurs justes sujets de plaintes contre l'Angleterre. De nombreuses difficultés diplomatiques s'élevèrent. Napoléon, accoutumé à brusquer toutes les délibérations auxquelles il prenait part, crut déterminer les Etats-Unis en sa faveur par des mesures vio-

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lentes : le décret de Berlin fut rendu. L'Angleterre y répondit par l'arrêt du conseil de janvier 1807, portant défense à tout navire de commercer d'un port quelconque de France à un port étranger d'où les Anglais seraient exclus. Cet arrêt motiva le décret de Milan, par lequel Napoléon voulait forcer tous les neutres à se ranger de son côté. L'Amérique se trouva alors réduite à ne pouvoir déployer une voile sans permission. Cette situation humiliante excita son indignation. Le conseil de V Union délibéra s'il ne déclarerait pas à la fois la guerre à l'Angleterre et à la France. On s'étonne qu'à cette époque, ni l'une ni l'autre ne se soit décidée à adopter, à l'égard de l'Amérique, un système de modération qui l'eût déterminée en faveur d'une des parties belligérantes.

Renoncer à tout commerce étranger était une chose impossible pour PAmérique-Unie. Elle engagea donc séparément chacune des puissances ennemies à renoncer à son odieux système ; c'eût été décider la guerre contre l'autre. La sagesse de Madison, qui venait d'être élu président (1808), aplanit enfin ces graves difficultés. Napoléon, le premier, consentit à modifier son système en faveur des Etats-Unis, à la condition que l'Angleterre renoncerait au sien ; mais celle-ci persista : bien plus, elle continua d'exercer les rigueurs de la presse envers les matelots américains, et, à une certaine

RESUME DE i/HISTOIRE

époque, elle en retenait forcément sur ses vaisseaux environ huit mille.

La nation américaine avait éprouvé des pertes immenses en Europe. Les déprédations des croiseurs anglais avaient excité dans les esprits une grande fermentation. Les partis se partageaient entre l'Angleterre et la France : mais celle-ci eut bientôt d'autant plus de partisans, que les Indiens de l'ouest, poussés par les Anglais, commirent de nouveaux ravages sur les frontières. Le général Harrison, gouverneur d'Indiana, faillit être la victime de la fureur d'un de leurs chefs à une conférence tenue à Vincennes en 1811. Ce guerrier avait reçu des Anglais des promesses de secoursr et préparait en secret une invasion. Harrison l'attaqua, et deux combats successifs, où. les Américains triomphèrent, exaltèrent leur courage et leur indignation contre les menées de l'Angleterre, dont les outrages se multipliaient. Le gouvernement ne pouvait plus résister à l'ascendant de la volonté nationale. Un glorieux combat, soutenu en mer par le commodore Rodgers, qui châtia l'insoîence d'un capitaine Anglais et le força de venir à merci, détermina la guerre, seul remède qui restât à l'Amérique pour mettre un terme à tant de maux. Le 18 juin 1812 elle fut proclamée. L'Amérique jeune encore, jetait le gant à une des plus grandes puissances qui se disputaient l'empire du monde, et son cri de guerre fut : Liberté des mers.

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Cette nouvelle fat reçue avec transport dans presque toute l'Union, qui se flattait de dépouiller bientôt l'Angleterre du reste de ses possessions d'Amérique. Les Etats de l'est virent au contraire avec peine se perdre tout espoir de rétablir de longtemps leurs relations commerciales.

Pendant toute la durée de la neutralité, les banques particulières des Etats de l'Union avaient mis une prodigieuse quantité de billets en circulation. Le crédit baissait de toutes parts. Malgré ces difficultés et l'accroissement de la dette, par suite de l'acquisition de la Louisiane, faite à la France en 1803, au prix de 15,000,000 de dollars, le trésor avait remboursé en 1812, 45,000,000 de dollars sur la dette nationale. Dans le même espace de temps, l'Union s'était augmentée des Etats de Vermont (1791), de Kentucky (1792), de Tennessee (1796), et d'Ohio (1S02). L'achat de la Louisiane, fait à la France, à laquelle l'Espagne l'avait restituée en 1800, avait presque doublé l'étendue de l'Union. Au nord et au sud les territoires d'Indiana et d'Alabama (1800), avaient étendu dans les déserts la puissance des États-Unis. D'un autre côté, les institutions et les découvertes utiles venaient placer l' Amérique-Unie au premier rang parmi les états civilisés, et sa littérature cessait d'être uniquement consacrée à la philosophie. L'agriculture avait fait d'immenses progrès, et la population s'était accrue dans vingt ans de plus de

trois millions trois cent mille individus. S'il n'est pas donné à un résumé de développer cette intéressante partie de l'histoire d'un grand peuple, qu'il nous soit permis de rappeler que ce fut chez ce peuple que naquit Fulton, qui le premier appliqua la vapeur, comme force motrice, à la mécanique, et qu'en 1807 cette belle découverte fut pour la première fois appliquée à la navigation.

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