PRESIDENCE DE MARTIN VAN BUREN
Le Général W. H. Harrison; J. Tyler,
L'importance des matières traitées dans la section précédente nous a entraîné à parler d'avance de quelques faits qui se sont passés sous l'administration de Martin Van Buren, huitième Président des Etats-Unis. Son inauguration a eu lieu le 4 Mars, 1837.
On peut juger des capacités politiques de l'homme appelé à diriger les affaires de la grande nation Américaine par ce fait, que dès l'âge de 18 ans, il fut envoyé en qualité de Délégué à une Convention démocratique, pour y porter la parole au nom de ce parti, ce qu'il fit avec un succès remarquable. Ayant été l'un des principaux soutiens du Général Jackson, lors de l'élection de celui-ci, il n'eut qu'à continuer la marche politique suivie par son prédécesseur.
Le 10 Mai de la même année, les banques de New- York ayant suspendu tout paiement en es-
pèces, cet exemple fut bientôt suivi par les villes de Boston, Providence, Hartford, Albany, Philadelphie, Baltimore, et par les autres principales villes de l'Union. Le 16 Mai, ce grand désastre financier fut constaté officiellement par la Législature de New- York, qui autorisa pendant une année la suspension du paiement en espèces.
Avant que ceci n'eût lieu, tout le monde, surtout les amis du Président, espéraient qu'il révoquerait une ordonnance (Specie Circular) concernant la circulation de l'argent monnayé, qui avait été promulguée sous le Président Jackson. Cette ordonnance exigeait que dorénavant les acheteurs de terres de l'Etat eussent à les payer en espèces monnayées, et non plus en billets quels qu'ils fussent. Mais l'on se trompait et l'on put voir par son refus, que le nouveau Président avait à cœur la continuation d'un système qui avait toutes ses sympathies. Grand et général fut le désappointement; de là, date la naissance d'une impopularité qui ne fit que grandir pendant la durée de cette administration si difficile.
Le fait est que l'intention de Van Buren était de forcer la circulation des espèces dans le commerce en général, et surtout dans les transactions intéressant le gouvernement. Yoici quelle était en 1836 la situation financière touchant la question des espèces et du papier. Papier de banque en circulation active: 120 millions 'de dollars;
espèces en non circulation, à la Banque: 45 millions; espèces en circulation active: 28 millions. En présence de ces disproportions, on se demande si le Président avait bien tort.
La ville de New- York avait nommé un comité chargé de se rendre à Washington pour exposer au Président les malheurs et les dangers d'une situation qui appelait un remède prompt et efficace. Le tableau était affligeant et d'une effrayante vérité. Des dépréciations sur les biens-fonds pour plus de 40 millions de dollars dans l'espace de six mois ; plus de 20 mille ouvriers sans pain, &ra. Mais un détail qui doit surprendre, c'est la fin de cette pétition, qui était lue en présence même du Président. On le priait de convoquer le Congrès en session extraordinaire, afin d'aviser aux moyens de mettre un terme à une situation pire "que la'peste, qui a dépeuplé nos rues ou que la conflagration qui les a réduites en cendres ; situation qu'on ne peut attribuer qu'aux fautes de nos gouvernants" (pur rulers).
La session extraordinaire tint ses séances du 4 Septembre au 16 Octobre, 1837. Tout ce temps se passa en vaines tentatives pour parer à tant de maux réels, dont les conséquences ne se pouvaient calculer; bien des mesures furent proposées, repoussées, reprises avec amendemens, sousamendemens, puis abandonnées encore pour d'autres propositions. Tant de travail inutile et
d'Amérique.
fatiguait irritait les partis, qui, comme toujours, se renvoyaient le reproche d'être la seule cause des malheurs de l'époque. Cette effervescence ne s'apaisa qu'au retour de jours plus prospères, retour qui n'eut lieu que lentement, progressivement, et dont on ne doit fixer l'époque que vers la fin de 1841, ou au commencement de 1842.
L'année précédente (1837) un grand désastre avait afîligé la ville de Washington. Les bureaux de la poste et des brevets d'invention furent consumés par les flammes. On déplora la perte irréparable d'un nombre immense de papiers importants, entr'autres de sept mille modèles de machines brevetées et de cent soixante-treize cartons in-folio d'actes publics (records).
Une mesure financière d'une grande valeur, ce fut la promulgation de la loi, dite du Sous-Trésor ou du Trésor Indépendant (Sub-Treasury or Independent Treasury Bill), ayant pour objet le maniement, transfert et conservation des fonds du Trésor Public, sans contrôle ou dépendance d'une Banque quelconque. Cette loi subit diverses chances après son acceptation par le Sénat en Janvier, 1840. D'abord elle eut à lutter contre l'opinion qui lui était contraire dans la chambre des Représentants qui ne l'adopta que le 30 Juin de l'année suivante ; puis, révoquée sous la Présidence du Général Harrison, elle reprit son au torité à l'avènement de Mr. Polk, en 1845. 2 a 2
Plusieurs tentatives insurrectionnelles assez sérieuses, mais heureusement comprimées sans beaucoup d'effusion de sang, eurent lieu au Canada.
En 1839, Van Buren fit un voyage à New- York, son pays natal: cependant au milieu des hon^ neurs qui lui étaient dûs, et qu'il recevait en sa qualité de Président, son impopularité grandissait de jour en jour: cette tournée même, fut attribuée à son désir d'être réélu: dans les discours qu'il eut occasion de prononcer, on crut remarquer qu'il s'adressait aux hommes de son parti, au lieu de s'adresser à la nation entière, ainsi que l'exigeait le caractère officiel dont il était revêtu.
L'année suivante (1840), on fit le recensement de la population des Etats-Unis, dont la totalité se trouva être de 17 millions, 68,666 habitans. On trouve peu d'exemples d'une animation pareille à celle qui agita tous les partis quand il s'agit de nommer un successeur à Van Buren. Les amis de celui-ci se cro3^aient presque certains de réussir dans sa réélection; mais la question de l'annexion du Texas commençait à être à l'ordre du jour, et à préoccuper assez vivement les esprits ; l'annexion était dans les vœux de la majorité, et les Etats-Unis l'avaient reconnue de droit la dernière année de l'administration du Général Jackson. Mr. Preston, de la Caroline du Sud, présenta au Sénat des résolutions tendant
à l'annexion effective, mais sa motion fut jugée inopportune, et laissée de côté. C'est dans cet état de choses que la nomination du nouveau Président allait avoir lieu, lorsque les adversaires de Mr. Van Buren livrèrent à la publicité une lettre que ce dernier avait adressée à l'un de ses amis dans le Sud, et dans laquelle il se montrait contraire à l'annexion. Ce fut un coup mortel porté à sa candidature: il n'obtint que 60 voix sur 234. Le Général Harrison qu'on lui opposait, remporta la victoire ; mais il ne lui fut pas accordé d'en jouir longtemps: un mois après son inauguration il n'était plus de ce monde. Le Général était né le 9 Février, 1773, à Berkeley, sur la rivière James en Virginie. Malgré les fatigues de ses nombreuses campagnes, malgré son grand âge, aucun symptôme fâcheux ne paraissait menacer une tête, à laquelle il ne manquait que le3 couronnes civiques avant de se poser sur la froide pierre du tombeau. Tombé malade le Samedi, 27 Mars, il expira le Dimanche, 4 Avril. Ses funérailles furent magnifiques, et le journal National Intelligencer lui consacra un article dans lequel les sentimens des citoyens de l'Union étaient vivement et fidèlement reproduits:
"Jamais," disait-il en commençant; "jamais, depuis les temps de Washington, il ne s'est trouvé un homme, qui ait autant concentré en sa personne l'amour et la confiance du peuple américain ;
jamais, jusqu'à ce jour sinistre, où sa mort soudaine a jeté le deuil sur toute une nation, aucun événement n'avait causé une sensation aussi profonde de surprise et de regrets."
La majorité des électeurs espérait beaucoup qu'il serait fondé une Banque Nationale; aussi, dans le but de répondre promptement à ce voeu, le Général Harrison avait publié une proclamation qui convoquait une séance extraordinaire du Congrès pour le 31 Mai: "Afin de traiter de questions financières du plus grand intérêt pour le pays." Ce Congrès se réunit, mais ce fut sous la Présidence de Mr. Tyler.
John Tyler.
John Tyler passa sans transition de la Vice- Présidence à la Présidence, le 6 Avril, 1841. Arrivé à ce poste élevé, qu'entourent tant de responsabilités, il dut porter à son tour le fardeau des affaires publiques, sans y être suffisamment préparé, peut-être ; et il se vit, lui aussi, forcé de s'abreuver à la coupe amère de l'impopularité. Le Général Harrison, et John Tyler, quoique du parti démocratique, avaient obtenu l'appui des Whigs ; cette alliance momentanée, et contre nature, devait amener et amena bientôt des conflits qui donnèrent naissance à des difficultés sérieuses pour l'administration ; c'était la faute des deux partis. Aussi, la question financière n'avançait
que pour reculer souvent, et l'on se vit même quelquefois obligé de remettre à une époque plus éloignée des mesures, qui pourtant semblaient ne point devoir souffrir de délai.
Les émeutes qui avaient ensanglanté les frontières du Canada, avaient appelé l'attention des deux Gouvernemens limitrophes sur l'urgence de déterminer les limites des deux pays, par une ligne définitive de démarcation: cette question si importante, et qui avait déjà causé beaucoup d'embarras, avait été laissée en suspens par les négociateurs du traité de Gand. Ce sont D. Webster pour l'Amérique, et Lord Ashburton, Plénipotentiaire Anglais, qui ont tracé cette séparation de manière à satisfaire également les deux contrées, que cette affaire intéressait le plus ; c'est-àdire, le Maine et le Massachusetts du côté des Etats-Unis, et la province de New-Brunswick du côté du territoire anglais.
Un avocat de Rhode-Islancls, Mr. Dorr, eut l'inconcevable témérité de tenter un mouvement insurrectionnel dans le but de renverser la Constitution de cet Etat (1842). Les poursuites dont il fut l'objet excitèrent à un très haut point la curiosité publique.
L'année d'après on conclut un traité important avec la Chine, que les armes anglaises venaient enfin de mettre en relation avec les autres nations.
Par deux autres traités on supprima la traite
des noirs en Afrique, et l'extradition fut établie réciproquement pour certains crimes.
Les deux principaux partis étaient encore en présence, l'automne de 1844. à l'effet d'élire un nouveau Président. Les Whigs portaient MM. Clay et Frelinghausen, et les démocrates, MM. Polk et Dallas. J. Polk fut élu, et son inauguration eut lieu le 4 Mars, 1845.
Cette même année eut lieu l'annexion du Texas, et le Florida Est et Ouest, ainsi que l'Iowa, furent déclarés Etats.
SECTION TROISIÈME