FAIT ET VEND DES CHAPEAUX
Mais que ses amis s'en prirent à chaque mot, l'un après l'autre, trouvant celui-ci inutile et celui-là sujperflu, si bien qu'à la fin, son inscription se trouva réduite à : « John Thompson » avec l'image d'un chaoeau*
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Enfin, le 4 juillet 1773, la déclaration d'indépendance fut adoptée, sans grandes modifications dans le texte primitif, par douze colonies, celle de New-York s'étant abstenue. Du projet de JeSerson, un passage, qui renfermait des attaques violentes contre le peuple anglais, avait été modifié, pour ne pas s'aliéner en Angleterre les défenseurs de l'Amérique; on avait en outre supprimé un autre passage relatif à la traite des nègres. — A partir de ce moment, le congrès pritun nouveau titre, et ses membres s'appelèrent < représen- < tantsdes Etats-Unis d'Amérique. >
Il avait été secrètement résolu, par quelques habitants notables de Philadelphie , qu'immédiatement après le vote de la déclaration d'indépendance par le congrès, on sonnerait la cloche suspendue quelque vingt ans auparavant dans le clocher du vieil hôtel de ville, pour annoncer aux habitants répandus dans les rues et attendant anxieusement la décision du congrès, le grand événement de la journée. Cette cloche, par une coïncidence singulière, portait cette inscription : t Proclamez la liberté par toute la contrée pour tous ses habitants. » Dès que le congrès se réunit en séance, le sonneur de cloches de la ville alla occuper son poste et plaça son petit garçon à la porte de la salle des séances, afin qu'il vînt lui annoncer, aussitôt le résultat connu, le vote du congrès. Après une assez longue attente pendant laquelle le vieux bonhomme ne cessait de répéter : < Ils ne le feront jamais! Ils ne le feront Jamais! > tout à coup il entendit
son fils, au-dessous de lui, crier joyeusement en battant des mains: « Sonnez! sonnez! » Saisissant alors le lourd battant de la cloche, il répandit l'heureuse nouvelle de la proclamation de la liberté dans tous les environs. La population manifesta sa joie par des acclamations répétées, des illuminations et des salves d'artillerie.
Le 2 août suivant, les cinquante- quatre députés présents apposèrent leur signature à la déclaration; seul, Dickinson, représentant du Delaware, refusa de s'associer à ses collègues. John Hancock, en qualité de président du congrès, signa d'abord, et les autres signèrent après lui. Comme il quittait le bureau après avoir rempli ce devoir et écrit son nom très-lisiblement et en grosses lettres, il dit à ceux qui l'entouraient : € Là, John Bull (F Angleterre) peut lire ceci « sans lunettes et doubler la récompense de cinq cents « livres sterling promise pour ma tête! ! ! i> puis il ajouta : « Messieurs,nous devons être solidaires, nous ne devons « pas suivre des chemins différents, et si nous devons « être pendus, il faut que nous le soyons ensemble. ^ — <r Oui, répondit le docteur Franklin, qui avait tou- « jours la repartie prompte, nous serons tous pendus e ensemble, ou bien nous le serons séparément. > — Nous ne savons comment cette plaisanterie fut accueillie par les autres membres du congrès, mais elle dut leur faire mieux comprendre encore la lourde et dangereuse responsabilité qu'ils assumaient sur leurs têtes.
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Le 10 juillet, la déclaration d'indépenâance fut lue, par ordre du général WashiagtoD, k la tète de chaque brigade de l'armée continentale campée à New- York et dans ses environs. Cette lecture provoc[ua le plus vif enthousiasme chez les soldats. Dana la soirée du même jour, les t Fils de la Liberté, » renversèrent de son piédestal la statue équestre du roi George III, élevée sur une des places de New- York, et le plomb dont elle était faite servit h. fabriquer quarante-deux mille balles de fusil pour l'usage des troupes. Partout on enleva les signes qui rappelaient la domination anglaise, et les drapeauz ainsi que les armoiries de la Grande-Bretagne furent détruits au milieu des cris de joie de la populace.
La déclaration d'indépendance acheva de rompre les liens qui pouvaient encore exister entre l'Amérique et l'Angleterre. Elle indiqua clairement aux colons le but vers lequel devaient tendre leurs efforts, et stimula plus encore l'Angleterre à rassembler toutes ses forces pour le renversement de la nouvelle république. Dès lors, ce ne fut plus pour les colons qu'une question de liberté ou d'esclavage. — Les deux partis qui existaient dans le camp des Américains s'accusèrent plus distinctement. Les € whigs » ou républicains s'acharnèrent contre les « tories > ou loyalistes, qui voulaient leur faire abandonner leurs idées de résistance en leur prédisant qu'ils seraient infailliblement vaincus, et que leur condition future n'en deviendrait que plus dure; mais les whigs ne voulaient rien entendre et, se saisis-
sant des plus zélés défenseurs de la cause de l'Angleterre, ils les enduisaient de goudron et de plumes pour les exposer en cet état aux moqueries de la foule. Le congrès institua quelques comités chargés de réprimer ces manifestations par trop patriotiques, mais ils durent renoncer à leur tâche devant ce débordement de l'indignation publique.
En attendant, le comité de correspondance secrète en Amérique cherchait à se créer déplus grandes et de plus sérieuses relations avec TEurope. Dès le début de la crise, la France en avait suivi tous les incidents avec le plus grand intérêt ; et même, en 1767, Franklin qui, à cette époque, était loin de désirer la rupture entre la métropole et les colonies, et qui, d'autre part, connaissait les sentiments peu amicaux de la France pour l'Angleterre, ne voyait pas sans inquiétude tout le zèle que montrait Tambassadeur français résidant à Londres pour les intérêts de l'Amérique. Choiseul avait envoyé un agent en Amérique pour suivre les progrès du mouvement ; mais, à son retour, rendu plus circonspect par les réclamations de l'Angleterre, il ne voulut pas écouter son rapport. — Louis XVI reçut, dans les années 1775 et 1776, plusieurs mémoires sur la question américaine. L'un des plus importants, à cause surtout du nom de son auteur, qui, un des premiers en France, s'occupa d'envoyer des secours en Amérique, lui était adressé par de Beaumarchais. Il montre que l'intérêt de la France est de donner son aide à l'Amérique, car si
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rAngleterre réussit k vaincre les colonies, elle ne manquera pas d'attaquer les Antilles françaises. Si la France ne veut pas rompre avec l'Âng-leterre, qu'elle envoie des secours à l'Amérique par l'intermédiaire des particuliers et en conservant le secret Telle est aussi la conclusion d'un Mémoire de Turgot : pour lui, il faut éviter la guerre ouverte, tout en se préparant à la soutenir au besoin avec avimtage ; comme Beau* marchais, il engage à envoyer aux colons toutes les munitions et même l'argent qui peuvent leur être nécessaires. Le comte de Yergennes et M. de Maurepas •se laissèrent convaincre par Beaumarchais, qui obtint en secret un million, avec lequel il fonda une maison de commerce pour l'approvisionnement de l'Amérique ; le gouvernement espaguol lui fournît un autre million, et enfin un certain nombre d'armateurs, qui s'as* Bocièrent à cette maison, apportèrent encore trois millions. — Telles étaient les dispositions de la France, lorsque Silas Deane, un des membres du congrès, se rendit auprès du gouvernement français, en qualité d'agent commercial et politique. Le 6 juin 1776, il débarquait à Bordeaux, et allait aussitôt à Paris où, grâce aux lettres do recommandation que lui avait données le docteur Franklin, il obtenait nue audience du comte de Vergennes. Mais celui-ci lui représenta que l'tmibassadeur anglais avait connaissance de son arrivée à Paris, et qu'il lui serait à peu près impossible de contracter l'emprunt que le congrès l'avait chargé de faire, parce que la nouvelle des dernières défaites
des Américains donnait du poids à la version répandue par Tambassadeur anglais qu'une réconciliation entre l'Angleterre et ses colonies aurait prochainement lieu. Très-perplexe et ne sachant comment.se tirer de cet embarras^ Silas Deane fut heureusement mis en relation avec Beaumarchais, qui lui proposa de lui fournir les armes et autres articles qu'il désirait, en se contentant de la garantie du congrès pour leur paiement. Deane accepta cette offre, et, malgré la surveillance que l'ambassadeur anglais avait organisée dans tous les ports de mer, il réussit à faire, partir du Havre un navire chargé de dix mille fusils et de fourniments, de soixante canons et d'une grande quantité d'habillements.
Cependant, le congrès ayant proclamé l'indépendance des Etats, désira nouer des relations plus étroites avec les puissances étrangères. En conséquence, au mois de septembre 1776, il nomma trois commissaires qui devaient se réunir à Paris, afin de proposer à la France un traité de commerce et de soliciter son aide dans la guerre. Les premières personnes choisies furent le docteur B. Franklin, Silas Deane et Thomas Jefferson ; ce dernier ayant refusé cette mission, Arthur Lee prit sa place. — Vers la fin de décembre, tous trois étaient à Paris et avaient une entrevue avec le comte de Vergennes, à qui ils présentaient les articles du traité de commerce qu'ils désiraient conclure. Après quelques jours d'examen et de réflexion, Vergennes leur fit à peu près la même
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réponse qu*il avait déjà faite à Silas Deane : il leur exposa que les traités existant avec la Grande-Bretagne l'empêchaient d*en faire aucun avec T Amérique, mais qu*il leur accorderait dans les ports français tous les privilèges dont jouissaient les autres nations. Arthur Lee partit alors pour TEspagne, où il se mit en rapport avec le marquis de Grimaldi, l'un des ministres d'Etat espagnols ; par son entremise, Lee obtint de l'Espagne plusieurs envois d'armes et de munitions dont il était fait don aux Etats-Unis, et le roi Charles III lui remit, comme cadeau personnel, trois cent cinquante mille livres, avec lesquelles Lee acheta immédiatement des provisions pour l'armée.
Lorsqu'il rejoignit ses deux collègues à Paris, il les trouva occupés à expédier secrètement les armes que leur fournissait Beaumarchais. Le gouvernement français fermait autant qu'il le pouvait les yeux sur ces expéditions, mais souvent il dut les arrêter à la demande de l'ambassadeur anglais. Les agents américains eurent aussi la joie de voir la France leur apporter une aide matérielle très-importante en consentant à leur avancer deux millions de livres pour les besoins du congrès ; le quart de cette somme leur fut immédiatement compté, et le reste devait leur être remis h des échéances fixées de trois mois en trois mois.
Le 12 juin de cette même année; suivant la proposition de Henry Lee, le congrès avait chargé un comité, formé de douze de ses membres, de rédiger les conditions d'une c Confédération » de toutes les pro-
vinces révoltées. Le 15 novembre, le projet, sur lequel le comité s'était arrêté, vint en discussion devant le congrès, et fut adopté après un court débat. Dans cet acte, les colons s'engageaient d'abord, eux et leurs descendants, à une défense commune contre leurs en« nemis, pour là protection de leur liberté et de leurs biens, ainsi que des habitants et de la prospérité de l'Amérique. Chaque colonie conservait sa juridiction entière en dedans de ses limites, le droit de faire des lois d'administration intérieure, et une souveraineté indépendante en tout ce qui était affaire domestique. Mais pour le bien de la direction générale des colonies, chacune devait élire des députés qui se réuniraient en congrès, h une époque et dans un lieu qui seraient indiqué^ par le congrès précédent. Dans les circonstances ordinaires, le congrès tiendrait successivement sa session dans chaque colonie, en observant un tour régulier. Ce corps serait investi du pouvoir de faire la guerre et la paix, de contracter des alliances, de juger les différends entre les diverses provinces et d'établir des colonies partout où il le jugerait nécessaire; il serait autorisé h faire les lois d'utilité générale, et pour lesquelles les assemblées provinciales seraient incompétentes, comme, par exemple, toutes celles qui concernent les forces de l'Union et les aflKaires relatives au commerce et h la monnaie ; il nommerait tous les officiers civils et militaires de l'Union. Les frais de la guerre et autres dépenses de l'Union seraient supportés par le trésor public, lequel serait alimenté par
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chaque colonie, à proportion dn nombre de ses habitants mâles ; le nombre des dépntés de chaque colonie serait aussi fixé par celai des habitants mâles, à raison d'un député pour cinq mille habitants mâles. Les décrets du congrès devaient être rendus à la moitié des suffrages, et il était permis de yoter par procuration. Il y aurait un conseil exécutif composé de douze personnes élues hors du congrès, et dont quatre seraient remplacées chaque année ; pendant les vacances du congrès, le conseil veillerait à l'exécution des lois ; il serait chargé de la direction des affaires intérieures et extérieures, et vaquerait à tous les soins que ces fonctions comportent. La confédération réglait encore qu'aucune colonie ne pouvait faire la guerre contre les Indiens sans une autorisation du congrès, et une commission devait veiller à ce qu'aucune cause de mésintelligence n'éclatât avec les Indiens. Dans le dernier article, il était dit que l'Union entre toutes les colonies serait perpétuelle, et chacun des délégués au congrès s'engageait à ce que les articles de la confédération fussent strictement observés par l'Etat qu'il représentait. — A la suite du vote de cet acte, le congrès envoya une adresse aux habitants des provinces du Canada, de Saint- Jean, de la Nouvelle-Ecosse, de la Floride et des îles Bermudes, restés jusqu'à ce moment en dehors du mouvement insurrectionnel, pour les engager à adhérer à la confédération.
Après la proclamation de l'indépendance, les Américains pensèrent que, puisqu'ils s'étaient constitués en
nation libre et affranchie de toute espèce de domination, ils devaient adopter un drapeau qui serait le même pour tous les Etats-Unis. Au commencement de la guerre, chaque troupe avait son drapeau différent de celui de ses voisins ; mais, dans les grandes occasions, les Américains n'hésitaient pas à arborer celui de la Grande-Bretagne comme le leur, considérant qu'ils faisaient toujours partie de la nation anglaise. Les premiers navires de guerre frétés par Washington portaient au haut de leurs mâts le drapeau d'étoflFe blanche employé par la province de Massachusetts, et sur lequel était représenté un pin avec cette devise : « Appel au ciel. j> — Pendant que Washington commandait l'armée de Cambridge, il déploya devant le front de ses troupes un nouveau drapeau, composé de treize bandes blanches et rouges alternatives comme celui d'aujourd'hui, et qui portait, dans le carré réservé du côté de la hampe, la reproduction de la croix rouge et blanche du drapeau anglais. C'est avec ce drapeau que les Américains entrèrent dans Boston, après l'évacuation de cette ville par les Anglais* — Enfin, le 17 juin 1777, le congrès décida que le drapeau des treize Etats-Unis serait fait de treize bandes alternativement rouges et blanches, et que le carré disposé du côté de la hampe serait bleu avec un semis de treize étoiles blanches. La première personne qui arbora ce nouveau drapeau sur un navire de guerre américain fut le capitaine Paul Jones, qui devint célèbre plus tard par les glorieux combats dans
lesquels il se distingua. Ce drapeau est actuellement celui des Etats-Unis ; les treize bandes, rappelant les treize anciennes colonies qui conquirent leur indépendance, sont maintenues; mais le nombre des étoiles blanches s*est augmenté par l'entrée dans l'Union d'autres Etats. Aujourd'hui ce nombre est de 88.