CHAPITRE XXIV
Attaque de Charlestown par les Anglais. Insuccès de leur tentative. Siège de New-York. Offres de réconciliation faites par l'Angleterre. Prise du fort de Brooklyn par les Anglais. Abandon de New- York par les Américains. Les Anglais s'emparent des forts Washington et Lee. Démoralisation de l'armée américaine. Le général Lee est fait prisonnier. Surprise de la garnison de Trenton par les Américains. Batailles de Trenton, de Brandywine. Abandon de Philadelphie par les Américains. Le marquis de la Fayette. Prise des forts de Crown-Point, Ticonderoga et Edouard par les Anglais. Batailles de Bennington, de Stillwater, gagnées par les patriotes. L'armée américaine passe l'hiver de 1777-1778 dans la vallée Forge. L'armée anglaise le passe à Philadelphie. Conclusion d*un traité d'alliance et de commerce entre la France et les Etats-Unis. La France et l'Angleterre se déclarent la guerre. Envoi d'une flotte française en Amérique. Bataille de Monmouth.
Jusqu*au moment où les colonies d'Amérique déclarèrent leur indépendance, les opérations militaires avaient eu principalement pour théâtre les environs de Boston* Pourtant les Américains avaient cherché à s'emparer de Québec en envoyant une partie de leurs forces dans le Canada, mais, ainsi que nous lavons vu, leur tentative avait échoué. Les Anglais voulurent alors contre-balancer l'insuccès constant de leurs armes par la prise de Charlestown dans la Caro-
Une du Sud. A cet eflFet, ils y dirigèrent une forte flotte portant 2,500 soldats, sous le commandement du général Clinton. Prévenus à temps de l'intention des Anglais, les Caroliniens se préparèrent à leur faire une chaude réception. Lorsque, le 28 juin 1776, la flotte anglaise entra dans les eaux de la baie de Charlestown, les Américains étaient retranchés dans une forteresse entourée de deux hautes palissades en bois, dont l'intervalle avait été comblé de sable. Les navires de guerre prirent aussitôt leurs positions de combat et ouvrirent un feu nourri sur le fort dont les défenseurs, la première émotion passée, s'inquiétèrent médiocrement, car les boulets anglais venaient s'enfoncer, sans causer le moindre mal, dans la muraille de sable qui les protégeait. Le colonel Moultrie, commandant des Américains, répondit lentement au feu de l'ennemi, mais chacun de ses coups, dirigé avec soin, portait si bien qu'au bout de quelques heures les vaisseaux anglais furent criblés de ses boulets. Au début de l'action, l'étendard des patriotes, planté sur le talus du fort, eut la hampe brisée par un boulet, et tomba en dehors du fort. Malgré le danger certain auquel il s'exposait, le sergent Jasper s'élança hors des retranchements, releva le drapeau, et, l'attachant à un écouvillon, le replanta sur le bastion du fort, au milieu des applaudissements et des acclamations de ses camarades. Constatant le peu de résultat obtenu sur les Américains par ce combat à distance, le général anglais Clinton voulut les prendre par derrière, et, dans
ce but, il débarqua avec une partie de son armée. Tous ses eflForts furent vains et inutiles : il se heurta à une résistance opiniâtre, et bientôt il était obligé de battre en retraite devant les tirailleurs caroliniens, qui, à l'abri des éminences de terre et des buissons, tiraient à coup sûr sur ses soldats. Enfin, la flotte fut tellement endommagée par le tir des Américains qu'elle dut rembarquer précipitamment les troupes du général Clinton, et mettre à la voile pour New- York.
Après l'évacuation de Boston par l'armée anglaise, Washington pensa que les généraux anglais tourneraient leurs forces contre New-York, tant à cause de son importance commerciale que parce qu'ils comp* talent sur l'aide des nombreux loyalistes qui habitaient cette ville. Dans cette crainte, Washington s'y rendit en toute hâte et fit achever les fortifications que le général Charles Lee avait commencées par ses ordres.
Le P' juillet 1776, le général Howe arriva à Staten- Island avec Tancienne armée de Boston ; il y fut rejoint, peu de jours après, par son frère, l'amiral lord Howe, qui lui amenait de puissants renforts, et par le général Clinton, le vaincu de la Caroline. Ainsi, en un très-court espace de temps, une armée, forte de 30,000 hommes bien armés et bien disciplinés, se trouva réunie à quelques milles de New-York, qui était défendue seulement par 15,000 volontaires. La flotte anglaise, composée de dix vaisseaux de ligne, de vingt frégates et de quatre cents navires et transports, vint ensuite jeter Tancre dans la baie qui s'étend devant
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la ville, prâte à seconder l'attaque de Tarmée de terre. A la suite d'une décision toute récente, le parlement anglais avait autorisé l'amiral Howe à offhr des conditions de paix aux insurgés. En conséquence, ce der* nier annonça aux populations des colonies qu'il était chargé d'une mission pacifique, et, se souvenant des liens d'amitié qui avaient; autrefois, uni Franklin à sa famille en Angleterre, il s'adressa d'abord à lui. Franklin crut de son devoir d'oublier ces relations, et il ne vit devant lui qu'un Anglais qui venait détruire l'indépendance des colonies américaines : u II est imc possible, lui répondit-il, que nous songions à nous c soumettre à un gouvernement qui, avec la plus in« c signe barbarie, a, dans le fort de l'hiver, brûlé nos c villes sans défense, excité les sauvages à massacrer c nos paisibles cultivateurs, nos esclaves à assassiner € leurs maîtres, et qui, en ce moment même, nous en- € voie des stipendiaires étrangers pour inonder de sang « nos provinces, i^ — Ne voulant ni reconnaître le pouvoir du congrès, ni les fonctions du général Washington, Howe se trouvait très-embarrassé pour leur faire connaître les propositions dont il était porteur .^ Après avoir essayé de plusieurs petits moyens qui n'aboutirent pas, il se décida à adresser une lettre à c George Washington, Esq., t^ mais le général Washington renvoya l'officier chargé de la lui remettre ; on changea alors l'adresse, et l'on mit : c George Washington, etc., etc... » Le messager devait expliquer que etc., etc«.. impliquait une reconnaissance tacite de son
grade, mais Washington ne voulut recevoir aucune communication qui ne lui fût pas adressée comme général commandant Tannée des États-Unis. Ainsi, les négociations relatives à la paix offerte par l'An^gleterre ne purent être entamées.
Les deux partis en présence se préparèrent au combat, et, le 27 août, l'armée anglaise, divisée en trois colonnes, s'avança contre le fort de Brooklyn et les hauteurs situées au sud de New- York, qu'occupaient 5,000 recrues commandées par le général Putnam. Deux divisions attaquèrent les retranchements des Américains de front, tandis que le général Clinton, faisant un circuit, allait les prendre par derrière. Pendant les premiers moments, les patriotes se défendirent vaillamment; mais lorsqu'ils entendirent la fusillade sur leurs derrières, ils perdirent courage et né songèrent plus qu'à fuir. Les soldats anglais firent alors un épouvantable carnage des volontaires américains, et c'est à peine si 2,000 d'entre eux réussirent à s'échapper.
Comprenant l'inutilité de ses efforts contre une armée aussi puissante que celle qui lui était maintenant opposée, Washington résolut d'abandonner New- York aux Anglais ) et, deux jours après cette dernière bataille, dans la nuit du 29 au 30, profitant d'un épais brouillard qui devait cacher ses mouvements à l'ennemi, il quitta New- York avec son armée. Il reconnut bientôt que son dessein avait partiellement échoué en s'apercevant qu'il était suivi de près par lord Corn-
wallis, auquel la retraite des Américains avait été signalée par un loyaliste. Pendant trois semaines, les Américains reculèrent devant les Anglais, se retranchant, pour se reposer un moment, là où ils rencontraient des moyens de défense naturels, harcelés par leurs ennemis, et perdant dans chaque combat un certain nombre des leurs. Enfin, ils atteig^nirent les bords du fleuve Delaware, et, s'étant emparés de toutes les embarcations qu'ils trouvèrent, ils traversèrent ce fleuve et débarquèrent sur le bord opposé au moment où lord Comwallis et son armée arrivaient sur la rive qu'ils venaient de quitter.
Howe comprit que la nature du pays l'empêchait de forcer le général en chef de l'armée américaine à accepter une bataille rangée; il opéra alors un mouvement rétrograde et investit le fort Washington, poste très-important et bien fortifié, situé sur l'île York et qui commandait les communications avec New- Jersey. Le colonel Magaw, qui avait été préposé à sa défense, n'ayant pas obéi aux sommations du général Howe, subit, le 16 novembre 1776, un assaut furieux des troupes anglaises. Le fort fut pris et toute la garnison faite prisonnière. Les Anglais perdirent en cette affaire huit cents hommes, mais le chiffre des morts américains fut de beaucoup supérieur et s'éleva a près de trois mille.
Immédiatement après cet avantage, lord Cornwallis s'avança contre le fort Lee. A son approche, la garnison Tabandonna avec une telle précipitation, qu'il y
recueillit plusieurs pièces d'artillerie et quantité d'approvisionnements de toutes sortes. Le général Washington qui avait traversé l'Hudson afin de protéger New- Jersey, fut contraint de se retirer à Newark, d'où il repartit bientôt après, lorsqu'il apprit les succès obtenus par lord Cornwallis et que celui-ci se portait à sa rencontre. Ces échecs successifs découragèrent profondément les patriotes américains dont les désertions augmen* tèrent dans une proportion inquiétante. Washington, malgré ses prières, ne parvenait qu'à grand* peine à les empêcher de se débander, tant leur position et leurs souflFrances étaient cruelles. « L'échec que notre divi- « sion a éprouvé, écrivait Washington au congrès, a « démoralisé une grande portion de nos troupes, et a « jeté dans les esprits la crainte et le désespoir. Au « lieu de se roidir par un nouvel effort, la milice est « découragée, intraitable, impatiente de retourner . dans ses foyers. Des compagnies, des régiments « entiers désertent tout d'une fois. L'insubordination « devient contagieuse, elle gagne ceux qui restent et « produit un mépris complet de la discipline et de « l'obéissance. » Beaucoup d'entre les révoltés n'avaient pas de souUers et leurs pieds fatigués et meurtris laissaient à chaque pas une empreinte sanglante dans la neige. D'autres avaient à peine les vêtements nécessaires pour se couvrir, et les jours que le général Washington passait sa misérable armée en revue, des officiers manquant d'habits cachaient leur dénùment en se drapant dans des couvertures. Lorsque, le 14 sep-
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tembre, Tannée anglaise cherchait à débarquer dana Tîle de New-York, Washington poavait la surprendre là et la faire prisonnière d'un seul coup de filet : les milices américaines se débandèrent avant même d'avoir essuyé le feu de Tennemi, et le lendemain les Anglais entraient à New- York, où ne tardèrent pas à accourir les c tories » fidèles à l'autorité de la Grande-Bretagne. Tandis que la retraite confuse des Américains n'engageait personne à se joindre à eux, les Anglais se voyaient bien accueillis par des gens qui ne demandaient que la paix et la protection.
Vainqueur, Howe chercha à reprendre les négociations, et il envoya un de ses prisonniers, le général Sullivan, au congrès de Philadelphie. Il lui faisait dire qu'il était disposé à accepter une conférence avec quelques-uns de ses membres, non pas comme représentants de cette assemblée, mais comme particuliers. Il déclarait d'ailleurs qu'il pourrait reconnaître l'autorité du congrès lorsque l'accord semblerait possible. Le congrès lui envoya trois commissaires avec mandat officiel, Franklin, John Adams et Edouard Butledge. Le 11 septembre 1776, la conférence se réunit à Staten-Island, mais elle n'aboutit pas. Les délégués déclarèrent en effet que les colonies se regardaient maintenant comme des Etats indépendants et qu'il n'était plus au pouvoir du congrès de stipuler pour elles et de consentir à ce qu'elles redevinssent dépendantes ; toutefois, ils consentaient à signer avec l'An * gleterre un traité avantageux pour les deux pays. -^ '
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Le général Howe avait échoué dans fies tentatives auprès de Franklin^ auprès de Washington, auprès du congrès; il s'adressa alors au peuple américain et sa proclamation eut là plus de succès. A New-*York, en particulier, plusieurs Américains se soumirent au gouvernement anglais et, parmi eux, on remarquait Joseph Galloway, député au congrès de 17^74 par la Pennsylvanie*.
Comme si toutes ces causes ne suffisaient pas à rabaisser les espérances des partisans de la révolution, une autre vint encore, à la fin de l'année 1776, ajouter à leur découragement. Le général Lee, dont les talents militaires étaient admirés de ses compatriotes et redoutés des Anglais, avait été fait prisonnier. Le 13 décembre 1776, comme cet officier était en marche pour rejoindre le général Washington, il quitta son camp devant Morristown, afin de faire une reconnaissance et s'arrêta dans une ferme pour déjeuner. A ce moment, il fut surpris par le colonel anglais Harcourt qui, à la tête d'un petit détachement de cavalerie, surveillait ses mouvements et avait eu connaissance de l'endroit où il s'était arrêté. Ayant pris toutes les précautions nécessaires pour prévenir sa fuite, le colonel Harcourt s'avança devant la maison, désarma les sentinelles, força la porte et fit prisonnier le général Lee que, quelques minutes après, il faisait monter à cheval et emmenait au quartier général
^ Laboulaye, Hiêtùirê des Etats-Unis^ t IL
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anglais. Cette capture cansa de vife r^rets dans Farmée proTindale, et Washington n'ayant, ponr l'instant, entre les mains, aucun prisonnier de rang* ^al h échanger, proposa au général Eove de loi rendre ax officiers supérieurs anglais contre la nûse en liberté da général Lee, mais cette oBk fut rejetée.
Vers la fin de l'année, les plaintes et l'abattement devinrent tels dans l'armée républicaine, que Washington, poar y remédier, décida de tenter quelque coup hardi. Mais, comprenant que, pour entreprendre, avec chance de succès, des opérations impor^ tantes, une armée véritable lui était indispensable, Washington demanda au congrès les pouvoirs nécessaires pour la réunir. Peu satis&it de ceux qui lui furent de suite accordés, il pria cette assemblée, le 20 décembre, de les étendre davantage : « Dana dix jours, écrivait-il, notre armée n'existera plus, > et en effet, les engagements de toutes les troupes, à l'exception de celles de la Virginie et d'un régiment de Maryland, allaient expirer. Il réclamait cent dix bataillons. Le congrès fut assez sage pour ne pas s'eflrayer de cette sorte de dictature que demandait Washington : levée des troupes, réquisition des milices, formation de magasins, arrestation de toute personne suspecte d'hostilité à l'indépendance américaine, tous ces droits furent remis entre ses mains pour six mois.
Washington n'avait pas encore obtenu ces pouvoirs étendus, lorsqu'il fit sa tentative du 35 décembre 1776. Il savait qu'il y avait un corps assez considérable de
soldats hessois à Trenton. L'Angleterre, ne trouvant pas chez elle un nombre suffisant de soldats, avait, par de nouveaux contrats avec les princes allemands, ' porté le chiffre des soldats mercenaires employés dans l'armée anglaise à près de trente mille hommes dont les généraux anglais disposaient en toutes occasions, et que les patriotes américains, à cause du mal qu'ils leur faisaient, haïssaient profondément. Washington, qui connaissait les habitudes des Allemands, était certain que, le jour de Noël, la garnison hessoise de Trenton aurait une grande fête et que la surveillance, par suite, serait un peu relâchée. Dès que la nuit fut venue, le jour de Noël 1776, Washington s'embarqua sur le fleuve Delaware avec deux mille cinq cents hommes d'élite et, malgré une violente tourmente de neige, au milieu des dangers présentés par les énormes glaçons que charriait le fleuve et qui menaçaient de faire sombrer ses embarcations, il le traversa et vint tomber sur les Hessois au point du jour. Ceux-ci, surpris par cette attaque imprévue, ne purent même se défendre; leur colonel fut tué et environ mille d'entre eux furent emmenés prisonniers. Les Américains n'avaient perdu dans cette expédition que quatre des leurs, dont deux tués et deux gelés par le froid intense de la nuit.
Bientôt après, Wahington gagna une seconde bataille. Traversant le fleuve Delaware, il vint s'établir devant Trenton, et, le même jour, il fut attaqué par lord Cornwallis'. Le combat dura jusqu'au soir; à la fin les
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Américains repoussèrent les assaillants. Le général anglais résolut^ à cause de la nuit, de remettre au jour suivant une bataille qu*il voulait rendre décisive. — Washington feignit d'attendre également le lendemain, mais, sentant ce que sa situation avait de cri* tique, se trouvant pris entre une armée beaucoup plus puissante et mieux organisée que la sienne, et un fleuve qu'il lui serait à peu près impossible au retour de traverser, il profita des premières ombres de la nuit pour faire passer son armée par les routes qui coptoumaient le camp anglais. Arrivé près de Princeton, il fondit sur les derrières de Tarmée anglaise qu il mit complètement en déroute, et fît plus de trois cents prisonniers. Lorsque lord Comwallis, entendant le bruit de la fusillade, arriva sur le lieu de Taction, led vainqueurs s'étaient déjà retirés sur les hauteurs de Morristown.
Ces exploits attirèrent naturellement sur leur auteur les louanges universelles, et il fut unanimement appelé le c Sauveur du pays, i»
Comme on devait s'y attendre, les généraux anglais furent exaspérés des succès remportés par les patriotes, par les c rebelles, t^ ainsi qu'ils continuaient à les appeler. Le général Howe voulut, encore une fois, essayer de forcer Washington à accepter une bataille générale, mais le jeune commandant en chef des forces américaines était trop prudent pour s'engager dans une telle aventure. Howe résolut ensuite d'attaquer Philadelphie, et, le 23 juillet 1777, embarquant
fies troupes sur la flotte commandée par son frère, il se transporta dans le voisinage de cette ville. Washington, contraint de la secourir, y accourut en toute hâte avec son armée, et lui fit occuper, sur la rivière Brandywine, Tendroit appelé t Chad*s-Ford, * où elle était guéable. Le 10 septembre, les deux armées étaient en présence, et le lendemain, au point du jour, le général Howe dirigeait le gros de ses troupes contre le front des patriotes pendant qu'une division, se glissant adroitement derrière eux, venait répéter la manœuvre du général Clinton à Staten-Island. La bataille dura toute la -journée; à quatre heures de l'après-midi, après un instant de répit, un nouvel assaut fut donné aux Américains par toutes les troupes anglaises, et, malgré les prodiges de valeur déployés par les patriotes, par leur chef le général Sullivan, et le marquis de La Fayette, Wayne, le comte Pulaski, qui comniandaient sous lui, les Américains étaient chassés de leurs positions, laissant trois cents morts, quatre cents prisonniers, ainsi que plusieurs pièces de canon. Washington rassembla vivement son armée dispersée, et, ralliant sur son chemin ce qu'il rencontrait de fuyards, se retira avec son artillerie et ses bagages à Chester ; le jour suivant, il se rendit à Philadelphie pour y réparer sur les magasins de la ville les pertes d'armes et d'effets militaires que ses soldats avaient subies pendant cette désastreuse bataille.
Le général Washington s'occupa alors activement à mettre Philadelphie en état de défense , tandis que
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Howe s'avançait avec prudence et s^eflforçait, par ses manœuvres, de distraire l'attention de rennemi en voltigeant sur ses côtés et en menaçant de Tattaqner. Le 26 septembre 1777, Washington résolut de risquer une bataille pour sauver la place; les deux armées s'étaient rangées en face l'une de l'autre, et avaient ouvert le feu quand un violent orage et une pluie torrentielle séparèrent les combattants. Les Américains, voyant leurs munitions mouillées et gâtées, se retirèrent, pour la nuit, dans un lieu de sûreté; le lendemain, après une nouvelle attaque dont le résultat leur fut défavorable, ils durent abandonner complètement la ville, laissant toutes les routes qui y conduisaient ouvertes devant Tarmée anglaise.
Gilbert de Motier, marquis de La Fayette, dont nous venons de citer le nom, était né àCbavaniac, près de Brioude, le 6 septembre 1757. Il était issu d'une famille déjà illustre ; le marquis de La Fayette, son père, maréchal de camp sous Louis XV, avait trouvé la mort à Tâge de vingt-cinq ans, à la bataille de Minden en Westphalie, quelques jours avant la naissance de Gilbert. A la fois officier et étudiant, il appartenait au régiment des mousquetaires noirs, dans lequel il ne figurait d'ailleurs que les jours de revue, et pour cela il lui fallait sortir du collège. A seize ans, La Fayette se maria à mademoiselle de Noailles, et il parut, peu de temps après, à la cour de Louis XVL Lorsque les premières nouvelles de Tinsurrection américaine parvinrent en France, La Fayette était
capitaine de cavalerie, en garnison à Metz. Pendant un dîner donné par le maréchal de Broglie, et auquel il assistait avec le duc de Gloucester, frère du roi d'Angleterre, il entendit parler de la déclaration d'indépendance dont la nouvelle venait d'arriver. Il s'éprit aussitôt d'une cause qui s'accordait si bien avec ses idées de liberté : « A la première connaissance de cette € querelle, écrit- il dans ses Mémoires, mon cœur fut € enrôlé et je ne songeai qu'à joindre mes drapeaux. De € mafamîUe, je n'attendais que des obstacles; je comp- « tai donc sur moi, et osai prendre pour devise, à mes € armes, ces mots : Cur non I afin qu'ils me servissent < quelquefois d'encouragement et de réponse. Silas
« Deane était à Paris En présentant à M, Deane
€ ma figure à peine âgée de dix-neuf ans, je parlai c< plus de mon zèle que de mon expérience, mais je lui « fis valoir le petit éclat de mon départ, et il signa € l'arrangement. » Refusant d'écouter les conseils de ceux qui cherchaient à le dissuader de son projet, La Fayette équipa à ses frais un bâtiment et engagea à le suivre quelques officiers de ses amis qu'il désirait emmener en Amérique pour instruire les troupes des € insurgents, * comme on les appelait à cette époque. La Fayette, malgré l'opposition de sa famille et la défense formelle de la cour, mit à la voile le 26 avril 1777, évitant fort heureusement la lettre de cachet que le gouvernement français venait de lancer contre lui et les deux vaisseaux de la marine française qui, sur l'instigation de l'ambassadeur d'Angleterre, avaient
été dépêchés à sa poursuite. — Après sept semaines de navigation, La Fayette débarqua à Charlestown, dans la Caroline, et se rendit tout de suite à Philadelphie où le congrès était réuni. Reçu assez froidement par le président du comité des aflPaires étrangères, il envoya au président du congrès le billet suivant : c D'après mes sacrifices, j'ai le droit d'exiger deux grâces : l'une, de servir à mes dépens, l'autre, de commencer à servir comme volontaire. » Le même jour, il fut reçu en audience par cette assemblée, et, autant par sa figure que par ses paroles, La Fayette conquit, de prime abord, la confiance de ses membres. Quelques jours après, il fit la connaissance du général Washington, qui l'accueillit avec bienveillance et avec lequel il ne tarda pas à se lier d'une amitié que le temps ne fit que fortifier.
Le 31 juillet 1777, La Fayette fut nommé « major-général de Tarmée républicaine, y Deux mois plus tard, il assiste à la bataille de Brandywine où, en essayant de s'opposer à la fuite des- Américains, il reçoit une balle qui lui traverse la jambe. C*est à l'occasion de cette bataille qu'il écrivit à sa femme cette lettre charmante : t A présent, comme € femme d'un officier général américain, il faut que « je vous fasse votre leçon. On vous dira : « Ils ont € été battus. > Vous répondrez : « C'est vrai, mais « entre deux armées égales en nombre, et en plaine* « d© vieux soldats ont toujours de l'avantage sur des c neufs; d'ailleurs ils ont eu le plaisir de tuer beau-
c coup, mais beaucoup plus de monde aux ennemis
< qu'ils n'en ont perdu, i Après cela on ajoutera : « C'est € fort bien, mais Philadelphie est prise, la capitale de € l'Amérique, le boulevard de la liberté. » Vous repar-
< tirez poliment : « Vous êtes des imbéciles. Phila- € delphie est une triste ville, ouverte de tous côtés, « dont le port était déjà fermé; que la résidence du « congrès a rendue fameuse, je ne sais pourquoi. >
Pendant que les Anglais obtenaient des succès dans la Pensylvanie, leurs victoires se trouvaient plus que contre-balancées par les défaites qu'ils éprouvaient dans le nord. Ils avaient formé le dessein de séparer la Nouvelle- Angleterre de New^York en envoyant une expédition sur Tancienne route de guerre francoindienne jusqu'au lac Champlain : cette expédition aboutit à la ruine. — Au mois de juin 1777, le général Burgoyne, à la tête d'une armée de dix mille hommes, envahit les Etats de la Nouvelle- Angleterre et invita les Indiens à se joindre à lui. Il passa le long du lac Champlain et prit successivement les forts de Crown- Point, Ticonderoga et Edouard, puis il détacha une partie de ses troupes pour aller à Bennington détruire les approvisionnements militaires que les Américains y avaient rassemblés. Instruits de son projet, les patriotes organisèrent rapidement leur défense, et lorsque le colonel Baum arriva à Bennington, il y rencontra le général Stark à la tête d'un corps de milice. Les Anglais s'arrêtèrent pour faire leurs préparatifs de combat^ et, tandis qu'ils formaient leurs
ligiies, Stark, qui avait assisté à la bataille de Bunker- Hill et n'ignorait pas que les troupes américaines pouvaient aussi bien attaquer que résister à leurs ennemis, vint se placer devant ses hommes et leur cria : « Voici les habits rouges! Il faut qu'avant la € nuit, nous les ayons battus, ou Molly Stark sera c veuve. » Enflammés par son intrépidité et par son patriotisme, les miliciens à peine formés et mal aguerris qui composaient sa petite troupe parvinrent néanmoins à repousser les Anglais et leur firent plus de six cents prisonniers. — Les habitants de la contrée étaient dans un état de surexcitation extraordinaire qui leur faisait accomplir des actes d'héroïsme et d'abnégation que leur multiplicité empêche seule de signaler. Un vieillard avait cinq fils dans l'armée du général Stark, à Bennington. Un de ses voisins, qui avait été témoin de l'action, vint lui apporter de tristes nouvelles de l'un d'eux, c A-t-il été lâche ou traître ? > demanda le père. — Pis que cela, lui fut-il répondu, il est mort, mais en combattant bravement. > — « Ah ! s'écria le vieillard, en ce cas, je suis content! »
Le lendemain de cette affaire, un corps plus nombreux de Hessois vint attaquer les patriotes qui, malgré leur infériorité numérique, réussirent à le défaire. Ces succès servirent naturellement à encourager les Américains dans leur résistance et leur firent acquérir en même temps une plus grande confiance dans leur force» en sorte qu'ils ne craignirent pas, un mois plus
tard, d'afifronter rarmée du général Burgoyne et de lui livrer bataille.
Après la prise des trois forts dont nous l'avons vu s'emparer, le général Burgoyne avait réparti son armée dans leurs environs. Il n'avait pas tardé à la voir souffrir de la faim, car partout sur son passage les habitants avaient détruit leurs récoltes, afin qu'elle n'en pdt pas profiter. Les entreprises qu'il combina pour lui procurer des provisions échouèrent presque toutes. Reculant devant ce nouveau danger, Burgoyne se replia alors sur Saratoga, où il fut rejoint par le général Gates, à la tête d'une forte troupe de patriotes. Deux batailles importantes furent livrées à Stillwater, mais sans résultats marqués. Bientôt l'armée anglaise se vit entourée d'assaillants dont les batteries d'artillerie, placées sur des hauteurs, commandaient ses positions. Le général anglais comprit que toute chance d'échapper aux Américains était perdue, et il réunit ses officiers en conseil de guerre pour leur exposer la nécessité de capituler. Pendant qu'ils délibéraient dans la tente du général en chef, un boulet de canon vint passer à quelques pieds au-dessus de leurs têtes et leur fit sur-le-champ adopter la propositiqn qui leur était soumise. Le 17 octobre 1777, l'armée anglaise, forte de six mille hommes, déposa les armes devant les troupes américaines, et le général Burgoyne remit son épée au général Gates qui la lui rendit aussitôt. Les approvisionnements militaires qui tombèrent entre les mains des vainqueurs, à la suite de cette capitulation,
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furent considérables : trente-cinq pièces de canon, près de cinq mille fusils, sans compter une quantité d'articles dont ils avaient le plus pressant besoin, tel fut pour les Américains le résultat de cette Journée.
A' la suite de la victoire qu'ils avaient remportée à Brandywine sur les patriotes, les Anglais s'établirent à Philadelphie et à Germantown, pour y passer l'hiver. Cependant Washington n'entendait pas laisser les ennemis de son pays vivre en paix dans ces villes, et il chercha à les en déloger. Se mettant en marche à la nuit avec toutes ses troupes, il vint tomber au point du jour sur la garnison de Germantown: mais son assaut fut repoussé et il dut battre en retraite.
Pendant ce temps, le général Howe, qui occupait Philadelphie, tournait toute son attention vers les forts construits sur les bords du fleuve Delaware et qui empêchaient le ravitaillement de la ville. Un bombardement terrible que les Anglais dirigèrent sur ces forts contraignit les garnisons américaines h les abandonner.
Quelques autres engagements sans résultats sérieux eurent ensuite lieu, puis Washington se retira avec toute son armée, c'est-à-dire vingt mille hommes, dans la vallée Forge pour attendre la fin de l'hiver dont la rigueur causait un très<grand mal à ses sol* dats. On peut dire que le temps qu'ils passèrent dans cette vallée fut la période la plus sombre de la guerre* Le papier-monnaie créé par le congrès était si déprécié, que les billets de quarante dollars ne valaient pas
plus d'un dollar en espèces. Une paire de bottes coù-^ tait six cents dollars en cette monnaie. La paie d'un officier ne pouvait suffire pour l'habiller, et une quantité de soldats employaient leur solde entière d'un mois à payer leur dîner. Beaucoup avaient dépensé tout leur avoir pour se soutenir jusqu'à ce moment et ils se trouvaient dans cette alternative dont le choix ne laissait pas que d'être fort embarrassant : ou d'être exposés à mourir de faim en restant à l'armée, ou de la quitter pour reprendre leurs anciens métiers et gagner de quoi vivre. — Il est facile, d'après cela, de s'imaginer ce que devait être la misère des soldats et la difficulté extrême qu'ils éprouvaient pour se procurer les choses les plus indispensables à leur existence. Ils étaient logés dans de misérables huttes, sans paille, et les malades, comme les autres, étaient obligés de cou* cher sur la terre nue. La Fayette, qui se trouvait avec eux, remis de sa blessure, disait en parlant des logements que lui et les autres officiers étrangers occupaient dans le camp, qu'ils n'étaient < pas plus gais qu'un donjon. » D'autre part, le congrès était en proie à des divisions regrettables, et il n'était question de rien moins que de destituer Washing^ton dont on blâmait l'inaction forcée, et de le remplacer par le général Gates. — Malgré toutes ces souffrances, le patriotisme ne s'éteignit pas parmi les Américains. Le général Washington, plus qu'aucun autre peut-être, sentait que la cause qu'ils défendaient était juste, et il se serait énergiquement opposé à ce qu'ils abandon-
24A GUERRE 1% Là RÉTOLCTfOgL ~ nX-irST-TTSBL
nasseot la latte, en admettant toulefins qii*ils y fassent isclinés. D*aillearSy les noarelles qai leor étaient parvenaes dermèrement sur les dé£ûtes des Anglais dans la NoaTelle- Angleterre oontrîbaèrent aosst à leur inspirer da courage et à leur £ûre désirer de se rencontrer de nouveau arec leurs ennemis.
En attendant, Faxmée anglaise, installée k Phila* delphie, viraît dans la plos grande abondance, si bien qu'elle âisait dire à Franklin, qui avait toujours le mot pour rire, que c ce n*était pas Howe qui avait pris Philadelphie, mais au contraire Philadelphie qui avait pris Howe. >
La capitulation de l'armée du génénd Bui^yne décida la France à prendre, vis-à-vis de rAngleterre, une attitude hostile que ses intrigues secrètes en £&veur des révoltés américains avaient préparée. Le gouvernement français savait que l'Angleterre avait établi sur les côtes américaines une surveillance destinée à empêcher toute transaction commerciale, et qu'en conséquence les colonies insurgées seraient bientôt forcées de se soumettre, à moins que des secours efficaces ne leur fussent envoyés par quelque nation étrangère. L'Angleterre, non contente d'adresser au gouvernement français des plaintes continuelles sur l'accueil fait aux corsaires américains dans les ports français et sur la présence d'agents rebelles en France^ non contente de demander l'extradition de Silas Deane, c sujet rebelle » de Sa Majesté britannique, osa proposer au cabinet de Versailles un traité
de garantie mutuelle pour les possessions des deux nations en Amérique. La réponse à cette proposition ne se fît pas attendre. Franklin avait gagné la société française du dix-huitième siècle par les qualités de son esprit comme par le caractère de sa mission, et il fut au moins aussi populaire en France que de l'autre côté de rOcéan. Restait à gagner de même la cour de Versailles : il fallait convaincre le roi, la reine, Maurepas, Vergennes, Necker. Franklin employa tous ses efiForts à atteindre ce but, et, par ses instances, obtint enfin du gouvernement français la promesse formelle d'un puissant secours, ainsi que la conclusion d'un traité de commerce et d'alliance défensive et offensive. Par ce traité, qui fut signé le 6 février 1778, l'indé- ^ pendance complète des Etats-Unis d'Amérique était reconnue par la France. — Dans le fait, il y eut deux traités signés entre la France et les Etats-Unis d'Amérique. Par le premier, les deux Etats se garantissent paix et amitié ; ils se promettent réciproquement pour leur commerce les privilèges accordés par chacun d'eux à la nation la plus favorisée; ils abolissent le droit d'aubaine ; ils accordent à leurs navires l'autorisation de commercer en toute liberté avec les ennemis de l'une et de l'autre puissance ; ils puniront comme pirate tout Américain qui prendra des lettres de marque d'une puissance étrangère contre la France, ou réciproquement tout Français contre les Etats-Unis. Le second traité arrête les mesures nécessaires pour résister à l'Angleterre, si elle déclarait la guerre à la
3tt IHJERRB DE LA BÉTOLUTIOK. -• ITT^ITH-HTS.
France : la Fnmoe elles Etats-Unis feront alors cause commune; Sa Majesté très-chrétienne renonce pour jamais k la possession de tonte partie du continent de rAmériqne septentrionale qui se tronve on qni s'est trouvée récemment sons le pouvoir du roi et de la couronne de la Grande-Bretagne. Aucune des deux parties ne traitera avec la Grande-Bretagne sans le consentement de Tautre, et elles s'engagent à ne pas cesser la guerre avant que l'indépendance des Etats* Unis soit assurée par le traité ou les traités qui termineront la guerre. Enfin les États-Unis garantissent pour toujours à la France les possessions présentes de la couronne de France en Amérique, ainsi que celles que pourra lui donner le futur traité de paix, et la France garantit aux États-Unis leur souveraineté, liberté et indépendance, leurs possessions, et les accessions ou conquêtes qu'ils pourront obtenir durant la guerre, sur les États possédés par la Grande-Bretagne. Le gouvernement anglais eut bientôt connaissance de ces traités, et il en conçut les plus vives alarmes. A sa requête, le parlement vota plusieurs lois acceptables pour les Américains et envoya des commissaires en Amérique afin d'arriver à une conciliation. Mais il était trop tard. Les Américains s'étaient accoutumés à la pensée d'une entière indépendance : ils ne voulurent rien accepter des compromis qu'on leur offrait. Les commissaires essayèrent de se concilier les membres du congrès et allèrent même jusqu'à offrir des présents magnifiques à quelques patriotes marquants afin de
GUERRE DE LA RÉVOLUTION. — 1776-I7n-Ï778. 343
s'assurer leur concours. Ils s'adressèrent, entre autres, au général Joseph Reed et lui offrirent une somme de dix mille livres sterling (250,000 francs), mais celui-ci, indigné, leur répondit : « Je ne vaux pas la peine d'être < acheté, cependant, tel que je suis, le roi de la « Grande-Bretagne n'est pas assez riche pour le faire.» C'est en vain qu'ils promirent la retraite des troupes, le paiement des dettes de l'Amérique, l'entrée au parlement de. plusieurs agents des colonies. Le congrès exigea de l'Angleterre une reconnaissance préalable de l'indépendance des États-Unis; sur le refus des commissaires, il leur fit savoir qu'à partir de ce moment il ne tiendrait plus aucun compte des propositions de l'Angleterre.
L'ambassadeur de France avait notifié, le 13 mars, au cabinet anglais, le traité d'amitié et de commerce signé entre la France et les Etats-Unis de l'Amérique septentrionale. Il déclarait que le roi ne doutait pas que cette communication ne parût à Sa Majesté britannique une nouvelle preuve des dispositions de Louis XVI pour la paix, et qu'il croyait bien que les sujets français auraient toute sécurité dans leur commerce avec les Etats-Unis; d'ailleurs, ajoutait-il. Sa Majesté a pris toutes les mesures éventuelles, de concert avec les Etats-Unis de l'Amérique septentrionale, pour protéger efficacement la liberté légitime de ses sujets et soutenir l'honneur de son pavillon. L'Angleterre rappela son ambassadeur, la France mit l'embargo sur les vaisseaux anglais, l'Angleterre riposta
3H GTEBBE I>S LA EÊVCXXnOS. — n?5-I7n.I7:?.
psr une semblable mesare: enfin ces deux natioiis se dédarèreat rédpfoanemeat la guerre. — Après avoir ea connaissance de la note de la Fianee, le dac de Bidimond proposa an paiement one adresse an roi, pour le prier de retirer âes flottes et ses armées des treize colonies et de reconnaître lear indépendance. Lord Chatam^ l'année précédente encore, s*était fait transporter â la Chambre des lords, couTert de flanelle et appnvé sur sa béquille, pour soutenir de sa parole une adresse, priant Sa Majesté d*écarter les grie& des Américains et de leur laisser le droit de disposer de leur ai^nt. Aujourdliui, en apprenant la proposition du duc de Bichmond, épuisé par la goutte, mourant, il se fait porter de son lit à la Chambre des lords, et là, s'appuyant sur son fils William qui devait être le second Pitt, et sur lord Mahon, son gendre, il proteste contre le démembrement du royaume britannique. Le duc de Richmond lui ayant répondu que toute réconciliation était désormais impossible et que l'Angleterre ne pouvait soutenir la lutte avec succès contre la France, l'Espagne et l'Amérique coalisées, il ne put que murmurer quelques mots et, brisé par la violence de rémotion, il tomba évanoui. Transporté sur-lechamp dans une maison voisine, il mourait quelques semaines après.
La Fayette communiqua lui-même au général Washington Theureuse nouvelle de la conclusion du traité d'alliance et de commerce avec la France; des actions de grâces furent adressées au Tout-Puissant
par les aumôniers de Tarmée, un feu de joie fut allumé et, à un signal convenu, Tair retentit du cri de < Vive le roi de France! i> — La Fayette raconte qu'après avoir lu ces paroles du gouvernement français dans la notification du 13 mars : « Les Etats-Unis en possession de l'indépendance prononcée 'par leur acte de tel jour, i> il s'écria : < Voilè^ une grande vérité que nous leur rappellerons un jour chez eux. »
Contrairement aux espérances qu'avaient fondées les Américains sur les secours promis par le gouvernement français, l'aide qu'ils attendaient de ce côté fut moindre qu'ils n'avaient cru, et ce, par suite de la , déclaration de guerre qui venait d'être faite à la France par l'Angleterre. Néanmoins, sans parler de l'emprunt de trois millions de livres, accordé par le gouvernement français au congrès, un premier secours de douze vaisseaux de ligne et de six frégates, sous le commandement du comte d'Estaing, fut envoyé aux provinces révoltées. A bord d'un de ces vaisseaux se trouvaient Silas Deane, le commissaire américain, et M. Girard, premier agent diplomatique du gouvernement de Louis XVI auprès des Etats-Unis d'Amérique. John Adams fut le successeur de Silas Deane à Paris, où les commissaires devaient s'occuper de l'envoi des fournitures militaires, de l'armement de vaisseaux de course, de la réalisation des captures faites par ces derniers, enfin de toutes les fonctions ordinairement remplies par les consuls ou par les agents commerciaux. Cette mission était maintenant moins
difficile qu'avant la conclosion da traité; la Grande- Bretagne, lors de la déclaration de gaerre k la France, avait rappelé son ambassadeur de Paris, laissant ainsi la France libre d'agir suivant son inclination.
Depuis son arrivée en Amérique, La Fayette avait toujours désiré obtenir la direction d'une expédition qui serait pour lui une occasion de se signaler. Le général Washington accéda enfin à sa demande, vers le mois de mai 1778, en lui confiant la tftche d'aller, avec trois mille hommes, occuper Barren-hill, situé à une distance de sept milles du camp américain, pour arrêter les excursions et les ravages des Anglais. La Fayette s'y rendit avec sa troupe, mais au milieu de la nuit, deux corps d'armée anglais, sous le commandement des généraux Grant et Gray, vinrent s'interposer entre lui et le gros de l'armée américaine, pendant que le reste de l'armée anglaise s'avançait pour l'attaquer de front. Prévenu à temps fort heureusement, La Fayette put opérer sa retraite et rejoindre le général Washington. Sa conduite prudente dans cette affaire lui valut les félicitations du congrès.
En juin, le général Clinton, qui avait succédé au général Howe dans son commandement, ayant appris la prochaine arrivée de la flotte française, voulut concentrer ses troupes à New-York. Washington se mit aussitôt à sa poursuite, et les deux armées se rencontrèrent à Monmouth. La bataille dura toute la journée et se termina par la fuite des troupes anglaises, qui profitèrent de l'obscurité pour se retirer à
New- York. La Fayette' se distingua particulièrement dans ce combat, pendant lequel il se passa, un fait qui mérite d'être signalé : au plus fort de l'action, une femme, qui apportait de l'eau à son mari servant une pièce d'artillerie, le vit tomber frappé d'une balle, au moment où le général en chef donnait l'ordre de changer de positions; sans hésiter, elle vint prendre la place qu'occupait son mari et remplit son service pendant le reste de la journée avec une adresse et un courage surprenants. Les soldats rappelèrent « le major Molly, d et, dans la soirée du même jour, elle fut présentée au général Washington qui, en récompense de sa belle conduite, lui donna le brevet de < sergent 2> avec demi-solde pour sa vie entière.
Peu après la déclaration de guerre que s'étaient faite la France et l'Angleterre, la lutte entre ces deux puissances commença par un combat qui se livra à la hauteur de l'île d'Ouessant, et où la vie* toire fut indécise. De là, elle s'étendit dans l'Inde, à cause des colonies que les deux nations rivales y possédaient, et donna lieu à une série de batailles navales dont nous n'avons pas à nous occuper, leurs résultats n'entrant pas dans le cadre de notre récit; puis elle atteignit l'Amérique, où le vice-amiral d'Estaing, d'accord avec les colons révoltés, voulut attaquer, par terre et par mer, l'importante position de Rhode-Island, au milieu des Etats-Unis du Nord. D'Estaing avait franchi les passes qui conduisent à Newport dans Tîle, et il allait débarquer, quand il apprit
l'arrivée de l'escadre de l'amiral Howe. Il se porta aussitôt à sa rencontre; mais une tempête survint, occasionna de graves dégâts aux deux flottes française et anglaise, et d'Estaing fut obligé de renoncer à Tattàque de Rhode-Island. — Les Américains montrèrent une grande irritation de cette mésaventure, et il fallut toute l'habileté de La Fayette et de d'Estaing, qui offrit de servir sous les ordres du général Sullivan, un légiste, pour rétablir l'union un instant troublée.
Dans cette première année, le concours que la France prêtait aux Etats-Unis lui coûta bien des pertes. Le marquis de Bouille s'empara, il est vrai, de l'île de la Dominique, mais la France perdait Sainte-Lucie, que d'Estaing tenta inutilement de reprendre, et les îles de Saint-Pierre et de Miquelon. En revanche, au début de l'année suivante, la France reprenait aux Anglais Saint-Louis du Sénégal, et détruisait les comptoirs anglais de la Gambie, de Sierra-Leone en Afrique.
Au mois de juillet 1778, une bande de loyalistes, qui avaient appelé à leur aide quelques tribus d'Indiens, envahirent la vallée de Wyoming, où ils firent un épouvantable carnage des vieillards, des femmes et des enfants qui y avaient été laissés par leurs parents enrôlés dans l'armée républicaine.
Pendant trois ans encore, la guerre de la révolution continua avec des chances diverses.