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La Fayette se rend en France. Il obtient l'envoi en Amérique d*un corps d'armée auxiliaire. L'Espagne déclare la guerre îi l'Angleterre. Prise du fort Stony-Point par les Américains. Echec essuyé par l'amiral d'Estaing devant Savannah. Combat du Sérapis et du Bonhomme Richard. L'Angleterre déclare la guerre à la Hollande. Arrivée d'une escadre et de 6,000 soldats français en Amérique. La Géorgie se soumet à l'Angleterre. Charlestown capitule. Bataille de Camden. Trahison du général Arnold. Arrestation et exécution du major André. Les Anglais se concentrent autour de New-York. Le général Cornwallis s'arrête îi Yorktown qu'il fortifie. Il y est attaqué par toutes les forces américaines et françaises réunies. Capitulation du général Cornwallis et reddition de la ville. Pin de la guerre. Evacuation des villes occupées par les troupes anglaises. Conclusion de la paix entre la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la France, l'Espagne et la Hollande.
C'est à cette époque que des bruits sur la guerre engagée entre la France et l'Angleterre commencèrent à se répandre en Amérique. La Fayette, qui, malgré Tenthousiasme qu'il ne cessait de témoigner pour la cause américaine, n'avait point oublié sa qualité de Français, sentit se réveiller son patriotisme et obtint du congrès la permission de revenir en France. Il échappa par miracle, pendant son voyage, à une conspiration formée pour le livrer aux Anglais, et arriva à Paris au mois de février 1779. Durant son séjour, il s'oc-
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cupa sans relâche des intérêts de la cause à laquelle il s'était voué en entier, et, par ses pressantes sollicitations, obtint du gouvernement français Tenvoi d'un corps auxiliaire, principalement composé d'officiers, et parmi lesquels on remarquait le comte de Rochambeau, le baron de Vioménil, Matthieu Dumas, Duportail, qui devint ensuite ministre de la guerre, Charles de Lameth et Berthier. — Voyant par la marche -des événements que sa présence, inutile en France, était, au contraire, utile en Amérique, La Fayette résolut de repartir pour ce pays. Au moment où il s'embarquait au Havre, il reçut des mains du petit-fils de Franklin Tépée d'honneur que le congrès américain, en récompense de ses services, avait décidé de lui offrir. Cette épée portait les noms des combats où s'était distingué le jeune volontaire, et avec sa propre devise : « Our non^ » celle des Etats-Unis : « Crescam ut prosim. j>
En Europe, l'Espagne avait cherché à intervenir pour arrêter la guerre. Elle avait déjà fourni des secours indirects aux Etats-Unis ; mais elle ne pouvait pas soutenir bien énergiquement des colonies révoltées quand son empire colonial était encore si étendu. En 1779, elle proposa une longue trêve entre l'Angleterre et les Etats-Unis. Avant même que ses propositions eussent rencontré un refus définitif, . elle signa avec la France une alliance éventuelle contre l'Angleterre ; son ambassadeur quitta Londres, et l'Espagne adressa immédiatement une déclaration de
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guerre au cabinet de Saint-James : elle accusait TAngleterre d'avoir violé son territoire en Amérique, et de n'avoir pas respecté son pavillon. Mais elle se gardait bien de faire allusion* aux Etats-Unis dont elle affectait de séparer sa propre cause. La déclaration de l'Espagne fut bientôt suivie d'un manifeste du gouvernement français contre l'Angleterre.
Pendant cette même année, la prise de Stony-Point, sur THudson, par le général Wayne, à la tête de huit cents hommes, fut Tun des plus brillants exploits de la guerre. Six semaines auparavant, cette forteresse était tombée au pouvoir des Anglais, qlii y avaient mis une nombreuse garnison. A cause de sa position commandant la navigation du fleuve, Washington considérait sa reprise comme de première importance ; c'est pour cela qu'il chargea le général Wayne d'essayer de s'en emparer. Le 15 juillet, les troupes provinciales remontaient l'Hudson, et débarquaient à huit heures du soir dans le voisinage du fort. Le commandant de l'expédition prit avec le plus grand soin ses mesures pour assurer la réussite de son entreprise, et, par ses ordres, tous ceux qui auraient pu porter à l'ennemi la nouvelle de ses mouvements furent arrêtés. Le mot de reconnaissance c le fort est à nous » ayant été obtenu d'un nègre qui était entré dans le fort pour y vendre des fruits aux soldats, Tattaque fut fixée pour minuit. A onze heures et demie, les Américains s'avancèrent sur deux colonnes, sous la conduite dxi nègre, jusqu'à la porte du fort où celui-ci répon-
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dît au < Qui est là? > de la sentinelle par le mot d'ordre et se mît à causer avec elle. Tout à coup ce soldat fie sentif appréhendé au corps et bâillonné, puis le général Wayne et ses hommes, pénétrant dans le fort, commencèrent à gravir Téminence sur laquelle les casernes étaient bâties. Ils n'étaient pas arrivés au haut qu'ils furent découverts, mais, malgré la grêle de balles que les Anglais dirigèrent sur eux, ils continuèrent leur ascension, jusqu'à ce qu'ayant atteint le plateau supérieur, ils se formassent en deux compagnies et tombassent avec un élan irrésistible sur leurs ennemis. En un instant, la victoire fut décidée; le fort resta au pouvoir des patriotes qui firent plus de six cents prisonniers. — Pendant l'action, le général Wayne fut atteint d'un coup de feu à la tête et renversé ; se relevant néanmoins aussitôt sur un genou, il cria : < En avant ! mes braves garçons. En avant ! > Puis, comme il se croyait blessé mortellement, il pria ses aides de camp de le transporter dans le fort, afin qu'il pût mourir sur le lieu si glorieusement conquis. Malgré la gravité de sa blessure, Wayne en réchappa, et, en récompense de cet exploit, il reçut du congrès une médaille d'or avec un vote de remerciements.
Cette forteresse étant ainsi retombée aux mains des Américains, ceux-ci en tournèrent Tartillerie contre le fort de Verplank's-Point, et dirigèrent leurs coups avec une telle précision que les navires de guerre mouillés dans le fleuve durent couper à la hâte leurs câbles et filer vers la mer.
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Dès que la nouvelle de ces événements parvint à New-York, des préparatifs furent faits pour secourir ce dernier poste et recouvrer le premier. Mais il n'entrait pas dans les vues toujours prudentes du général Washington de risquer un combat pour la possession de ces deux places fortes, aussi donna-t-il l'ordre d'enlever toutes les pièces de canon et les approvisionnements qui se trouvaient dans le fort de Stony- Point, et d'en détruire, autant que possible, les ouvrages. Trois jours après, les patriotes abandonnaient le fort, qui retombait une fois encore au pouvoir des Anglais.
Après une campagne assez fructueuse pour la France dans les Antilles, d'Estaing était revenu joindre ses forces à celles des Américains. Il concerta avec eux une attaque contre Savannah, la capitale de la Géorgie. Les opérations du siège durèrent assez longtemps; d'Estaing ordonna un assaut qui fut repoussé avec une perte d'un millier d'hommes, et, lui-même blessé, retourna en Europe avec une des trois escadres françaises.
Aucun des succès des Américains ne causa plus de dépit aux Anglais que ceux qu'ils obtinrent avec leurs vaisseaux. En 1775, quand Washington eut autorisé Tarmement de corsaires qui devaient croiser sur la côte de la Nouvelle-Angleterre, le congrès créa un département naval. Des navires légers et rapides furent équipés en guerre, pourvus de canons, et bientôt leur nombre devint considérable. En trois ans, ils
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capturèrent plus de cinq cents vaisseaux anglais, qu'ils allaient souvent prendre jusque dans les ports et sur les côtes des îles Britanniques. Le plus fameux des combats qulls livrèrent est celui que le capitaine Paul Jones engagea avec le Sérapis. Naviguant, en 1779, dans les eaux anglaises, avec une petite escadre de cinq navires, il aperçut les deux vaisseaux de guerre anglais, le Sérapis et la Comtesse de Scarborough^ qui escortaient un convoi de bâtiments de commerce. A sept heures et demie du soir, il vint, avec son navire le Bonhomme Hichard^ accoster le Sérapis. Une lutte désespérée s'engagea, pendant laquelle le capi* taine Paul Jones fit amarrer son navire au Sérapis. Trois heures durant, les Anglais et les Américains combattirent surtout des vergues et dans les gréements ; les deux vaisseaux prirent feu plusieurs fois ; enfin le Sérapis se rendit. Pendant ce temps, le Pallas attaquait la Comtesse de Scarborough^ et parvenait à s'en rendre maître.
Au commencement du printemps de 1780, Taspect général des affaires américaines s'améliora et ranima ainsi les espérances des patriotes. L'Angleterre ne trouvait auprès des puissances étrangères, qui toutes avaient plus ou moins à se plaindre de ses actes, que marques d'inimitié, et cet isolement de la Grande- Bretagne ne pouvait être que favorable à la cause des provinces révoltées. Tandis que la France publiait, dès le début des hostilités (26 juillet 1778), un règlement maritime avantageux pour les neutres, l'Angle-
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terre regardait comme contrebande tout ce qui pouvait servir à la marine, et arrêtait sur mer tous les vaisseaux neutres allant en France, sous prétexte qu'ils trafiquaient avec des ports bloqués : < Attendu, € disaient les Anglais, que les ports de France sont « naturellement bloqués par les ports d'Angleterre. • Le Danemark, la Suède, la Hollande ge plaignaient de la tyrannie de l'Angleterre. Le cabinet de Saint- James crut pouvoir compter un instant sur l'alliance de la Russie, et la tzarine lui fit entendre que, s'il voulait l'aider contre l'empire ottoman, elle interviendrait, sous forme de médiation armée, contre les colonies, la France et l'Espagne. Mais l'influence du
ministre russe Panin, hostile aux Anglais, fit rompre les négociations entamées, et ce dernier adressa aux puissances belligérantes et aux cours de Suède et de Danemark une déclaration portant : « P Que les vais- <c seaux neutres ont le droit de naviguer de port <r en port et sur les côtes des nations en guerre. (L 2° Que les efiFets appartenant aux sujets des puis- « sauces belligérantes doivent être respectés sur les a vaisseaux neutres. 3^ Qu'il n'y a d'autres objets de « contrebande que les armes, équipements et muni- <r tions de guerre. 4® Que les seuls ports bloqués sont « ceux devant lesquels se tient à demeure et à proxi- « mité une force navale ennemie. > L'Espagne, la Suède, le Danemark et la Hollande adhérèrent à ce qu'on a appelé « la neutralité armée ; » mais l'Angleterre répondit par une déclaration de guerre à la
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Hollande, le 20 décembre 1780, et en attaquant les possessions hollandaises d'Amérique. La guerre d'indépendance avait donc son contre-coup même en Europe; les puissances mécontentes de l'Angleterre profitaient des difficultés qu'elle rencontrait en Amérique pour se liguer contre elle^
Le marquis de La Fayette arriva à ce moment aux Etats-Unis, et reparut au camp du général Washington, rapportant la promesse faite par le roi Louis XVI d'envoyer des secours inmiédiats aux Etats-Unis. Pendant le mois de juillet, une escadre française, commandée par M. de Ternay, jeta l'ancre devant Bhode- Islandy amenant six mille soldats français sous les ordres du général Eochambeau. Afin de prévenir toute jalousie, il fut remis à Washington, de la part du roi Louis XVI, un brevet de lieutenant-général dans l'armée française, l'investissant du commandement suprême des forces françaises en Amérique.
Tandis que les vaisseaux français se tenaient devant Newport, attendant l'arrivée de renforts, le général Clinton proposa à l'amiral commandant la flotte anglaise un plan d'attaque contre eux, auquel il coopérerait par terre avec son armée. L'amiral refusa d'abord, espérant pouvoir rencontrer l'escadre française en mer, et il diflFéra son assentiment jusqu'à ce que les soldats français se fussent solidement fortifiés dans les positions qu'ils avaient choisies. Le général Clin-
& Voir Henri Martin, Histoire de France^ t. XVI.
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ton cependant s'était avancé avec huit mille hommes jusqu'à la baie d'Huntingdon sur Long-Island. Instruit de son mouvement, le général Washington accourut -aussitôt au secours des Français. Il se mit en marche avec son armée, traversa la rivière Nord, et, s'avançant rapidement vers Kingsbridge, il força les commandants anglais à renoncer à leur entreprise.
Pendant la même année, la Géorgie se soumit à lautorité anglaise, et la guerre fut alors portée dans la Caroline du Sud. Charlestown, attaquée pan mer et par terre, dut capituler, après un siège de quarante jours, malgré la défense admirable opposée par le général Lincoln. — Le 16 août, le général Gates prit le commandement de l'armée américaine du Sud, et
s'avança au-devant du général Cornwallis, le vainqueur de Charlestown. Les deux armées se rencontrèrent près de Camden et, par une singulière coïncidence, les deux généraux fixèrent la même nuit pour se surprendre mutuellement. Il arriva naturellement que les avant-gardes des deux armées- vinrent, au milieu de la nuit, se heurter l'une contre l'autre : une fusillade dans l'obscurité s'ensuivit, puis, d'un commun accord, les deux armées s'arrêtèrent pour attendre le jour. Aux premières lueurs de Taube, le général anglais ordonna une charge qui mit immédiatement en déroute les miliciens que l'escarmouche de la nuit avait déjà effrayés. Leur panique fut contagieuse; toute Tarmée américaine se débanda, et le général Gates fut rejoint à plus de quatre-vingts milles
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en arrière par quelques-uns de ses officiers qui le trouvèrent absolument seul.
A la suite de cette affaire, toute résistance à la domination anglaise cessa ^ans les provinces du Sud, qui se reigplirent des tories ou loyalistes expulsés des , autres provinces. La plupart d'entre eux entrèrent dans les rangs de l'armée anglaise, d'autres s'organisèrent en bandes particulières et ravagèrent la contrée, tuant sans pitié ni merci tous les habitants patriotes qu'ils connaissaient. A partir de ce moment, la guerre de partisans prit une grande extension dans les Carolines, car, pour réprimer les violences des loyalistes, il se forma d'autres bandes composées de patriotes. Parmi ces dernières, les bandes de Marion et de Sumter se firent remarquer par leurs exploits audacieux. Ces deux chefs conduisaient leurs compagnons à travers les vastes forêts de la Caroline du Sud par des chemins connus d'eux seuls, et leur faisaient ainsi parcourir de grandes distances la nuit, pour aller attaquer les différents postes de l'armée anglaise, alors campée à Charlestown et dans les environs. En parlant des alertes continuelles que leur causait Marion, surnommé par ses hommes « le renard des marais^, » les officiers anglais disaient qu'il agissait lâchement en ne venant pas les attaquer en rase campagne « pour se battre comme un officier et un' gentilhomme. » — Le traitement cruel infligé par Tarmée anglaise aux habitants dont les sentiments étaient connus pour être favorables aux patriotes, en poussa
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un grand nombre à s'engager dans cette guerre de partisans, et Tissue définitive du conflit dans le Sud fut due en grande partie à leur concours.
Un acte de trahison infâme fut commis pendant cette année par l'un des officiers les plus distingués de l'armée américaine, le général Bénédict Arnold^ Il avait pris part à la lutte dès l'origine, et, par la bravoure qu'il montra souvent et surtout lorsqu'il dirigea un corps d'armée à travers les forêts du Maine pour aller dans le Canada attaquer Québec, il s'était acquis l'admiration de ses compatriotes. Blessé à la bataille de Saratoga, il s'était retiré avec une partie de ses troupes à Philadelphie, où, par l'oppression qu'il exerçait sur la population et par ses tracasseries sans nombre, il se rendit si odieux qu'un jour la foule l'entoura et voulut le mettre à mort. Des plaintes furent adressées au général en chef, qui le réprimanda avec tous les mé* nagements et tous les égards dus à son rang ; mais Arnold, dont le caractère était très -vindicatif et rancunier, conçut un violent dépit de cette mortification, et résolut de satisfaire sa vengeance et sa soif d'argent en trahissant sa patrie. Il se fit nommer par Washington au commandement des forces qui campaient sur les bords de l'Hudson et établit son quartier général à West-Point. Cet endroit était considéré comme le mieux fortifié de toutes les colonies, et, à cause de cela, on l'appelait le a Gibraltar américain. j> — Vers le même temps, les commandants français et américains attendaient l'amiral français de Guichen,
dfif> GUERRE DE UL WÊ^OLJCnrJS. — VT^ x HSS.
qui deraît leur ammer de paissants renforts en troapes et en vmzâseanx de guerre. Ils projetaient, dans le cas où de GnielLen tiendrait sa promesse, de prendre New-York occupé par le g^énéral en chef de Tannée anglaise, sir Henry Clinton, en attaqoant la TÎlIe par terre, et en la Êdsant bombarder par les navires de gnerre qoi entreraient dans la baie. Mais la défaite de la flotte dn comte de Gnichen par sir Géorgie Bodnev dérangea ces projets, et nécessita entre les denx commandants en chef, Washington et Bochambean, une entrevue à mi-chemin entre les deux camps, afin de concerter de nouTeaux plans. Pendant que le premier était ainsi absent de son armée, le général Arnold, qui entretenait une correspondance secrète de* puis plus de dix-huit mois avec le général Clinton, lui écrivit pour lui demander une personne de confiance à qui il remettrait les instructions nécessaires pour l'exécution du complot. Le 22 septembre 1780, le général Clinton lui adressa le major André, adjudant-général dans l'armée anglaise, qui vint, la nuit, retrouver, sur les bords de THudson, le général Arnold, avec lequel il eut un entretien prolongé jusqu'au matin. Pendant leur conversation, les marins anglais qui l'avaient amené à terre furent découverts dans leur barque par quelques patriotes qui les forcèrent à s'éloigner; aussi, lorsque le major André voulut regagner son camp, ne trouva-t-il plus son embarcation. Il se tint caché toute la journée, et, la nuit venue, il résolut de retourner à New- York par voie de terre.
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Le général Arnold l'ayant présenté à un Américain habitant près du lieu de leur entrevue comme un de ses amis et sous le faux nom d* Andersen, le major André obtint de lui, au moment de son départ, un cheval ainsi qu'un grand manteau pour cacher son uniforme. Il n'avait pas fait six milles que trois jeunes gens de la milice de New-York l'arrêtèrent, et Tun d'eux, saisissant la bride de son cheval, lui demanda d'où il venait. Croyant avoir affaire à des loyalistes qui abondaient dans la contrée, André ne crut pas devoir exhiber le passe-port que lui avait remis le général Arnold ; il leur répondit au contraire qu'il venait e: à! m ias^ d leur faisant ainsi connaître qu'il appartenait à l'armée anglaise, et il les pria de ne point le retenir, chargé comme il l'était, disait-il, d'une mission très-importante pour le général en chef. Il s'aperçut bien vite de Terreur qu'il avait commise, mais il était trop tard. Les soupçons des trois jeunes gens étaient éveillés : malgré les offres qu'il leur fit de sa montre, de sa bourse, voire même d'une grande récompense, il dut descendre de cheval et se laisser fouiller. Les papiers que lui avait remis Arnold furent trouvés au fond de ses bottes, et il fut immédiatement conduit au lieutenant-colonel Jamison, commandant d'un'corps de neuf cents miliciens.. Le major André écrivit aussitôt au général Arnold, pour lui annoncer son arrestation, et l'avertir de pourvoir à sa propre sûreté. Celui-ci, comprenant qu'il lui serait impossible de se disculper ou de nier son crime, sauta sur
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le cheval du messager qui lui avait apporté la lettre du major André, et galopa jusqu'à THudson; il se précipita dans une des barques qui stationnaient pour fiûre la traversée, et ordonna aux bateliers de le conduire au vaisseau anglais, le Vautour, ancré dans le fleuve. Quelques minutes après, il y mettait le pied, à l'abri des poursuites, juste comme l'officier chargé de l'arrêter se présentait sur la rive opposée du fleuve, à l'endroit même qu'il venait de quitter. A son arrivée à New- York, il reçut le brevet de brigadier-général dans l'armée anglaise, et une récompense de six mille livres sterling : cette marque de satisfaction de la part des autorités anglaises ne compensa pas le mépris qui, en Amérique, s'attacha par la suite à son nom, ni l'aversion qui lui était témoignée dans le camp anglais, 011 les officiers ne lui ménageaient ni les allusions mordantes ni les insultes. Quelque temps après, Arnold se rendit en Angleterre, et il put voir combien, même dans ce pays, sa vile action lui avait attiré le mépris universel. Comme un membre du Parlement se levait pour parler à cette assemblée, il aperçut Arnold dans la galerie réservée au public ; s'adressant au président, il le désigna du doigt et dit : t Monsieur le président, je ne parlerai pas tant que t cet homme sera ici. » — Quant au major André, amené devant le général Washington, il ne cacha ni son grade dans l'armée ennemie, ni la mission qu'il avait acceptée. Sa candeur et la magnanimité de sa conduite après son arrestation, unies à la dignité de
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ses manières, inspirèrent une grande sympathie en sa faveur dans le camp américain ; mais le cas était trop grave et, bien qu'il n'eût rempli en cette affaire qu'un rôle tout à fait secondaire, Washington le déféra à une cour martiale présidée par le général Greene, et dont La Fayette et le baron de Steuben faisaient partie. Au cours de son jugement, il répondit avec fran- . chise aux questions qui lui furent posées et, quoique ses juges fussent tout disposés en sa faveur, il fut néanmoins condamné, comme espion, à être pendu. Le 2 octobre, André se rendit au lieu de l'exécution, donnant le bras aux officiers de sa garde ; sa grande fermeté et son visage souriant firent couler plus d'une larme de pitié sur son sort. Lorsqu'il fut arrivé à l'endroit fatal, et qu'il vit les préparatifs qui lui annonçaient la honte attachée à ses derniers moments, il s'arrêta comme pour se recueillir, puis, se tournant vers l'un des officiers qui se tenaient auprès de lui, il s'écria : « Quoiî est-ce que je dois mourir de cette manière? j> Ayant appris qu'il en avait été ainsi ordonné ^, il recouvra promptement son courage et dit : « Eh bien, soit! j'y suis fait et je me soumets à" mon sort; cela ne sera qu'une peine momentanée. » Il accomplit ensuite lui-même les derniers préparatifs et pria les assistants d'être témoins e: qu'il mourait en brave. » Dans les premiers jours qui suivirent son arrivée au camp anglais, le traître Arnold, plein de haine- pour
1 II avait demandé comme grâce d*être fusillé, mais Washington s*y était opposé.
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ses compatriotes, se chargea de la direction d'une expédition dans la Virginie. Il conduisit ses opérations militaires avec une grande barbarie, incendiant les habitations particulières aussi bien que les propriétés publiques. Il détruisit une importante fonderie de canons, des casernes et une grande quantité de munitions de guerre. La Fayette qui, à son retour de France, avait pris le commandement de Favant-garde américaine, se préparait à attaquer Philadelphie, quand il reçut du général Washington l'ordre de secourir la Virginie où ce dernier craignait que les Anglais ne vinssent à se créer un poste permanent. Mais le peu de forces dont il disposait ne lui permit de faire aucune opération importante, et, peu de temps après, le général Cornwallis, vainqueur des patriotes à la bataille de Camden, arriva du Sud, prit la place d'Arnold et continua ses déprédations. Le général Clinton s'aperçut alors que Washington cherchait à l'enfermer dans New- York et, craignant une attaque combinée des armées américaine et française, il fit prévenir le général Cornwallis de se tenir près du rivage de la mer, afin de pouvoir lui prêter son aide si besoin était. En conséquence de cet ordre, lord Cornw^allis, après avoir encore détruit une quantité considérable de biens appartenant aux Américains et dispersé rassemblée provinciale de Charlotteville, dont il emmena sept membres prisonniers, se rendit avec son armée, forte de sept mille hommes, à Yorktown et à Glocester-Point, qu'il se mit en devoir de forti-
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fier. Il avait, sur son passage, lancé une proclamation, invitant tous les sujets demeurés fidèles à la Grande-Bretagne à s'armer et à venir grossir le nombre de ses soldats. Cet acte eut un plein succès, et il détacha plusieurs de ses officiers pour guider auprès de lui les loyalistes qui désireraient entrer dans l'armée anglaise. Comme un de ces officiers cherchait à le rejoindre avec une troupe de trois cents loyalistes qu'il avait rassemblés, il vint tomber accidentellement sur un corps d'Américains envoyé par le général Greene pour empêcher cette jonction. Ces pauvres gens, croyant avoir afiaire à leurs alliés, se laissèrent cerner sans comprendre le mouvement des Américains, puis tout à coup, attaqués de tous côtés à la fois, ils furent taillés en pièces pendant que, persévérant dans leur méprise, ils s^évertuaient à crier : « Vive le roi I » et donnaient d'autres marques de loyauté. Entendant au loin la fusillade, le général Cornwallis dépêcha dans cette direction un fort détachement sous les ordres du colonel Tarleton, qui, rencontrant une autre troupe de loyalistes, et la prenant pour la milice du pays, la passa au fil de Tépée.
A cette époque, la guerre était devenue principalement maritime, en sorte qu'une supériorité navale bien accusée devait presque décider du succès définitif pour Tun ou l'autre parti. L'armée anglaise étant divisée et morcelée dans divers ports de mer des Etats- Unis, il devait arriver que, si l'un de ces corps était bloqué par une flotte française et entouré du côté de
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la terre par des troupes américaines^ il serait facilement amené à capituler. Pour profiter de cette imprudence des Anglais, et afin de favoriser les desseins de Washington, le comte de Grasse quitta Brest dans le courant du mois de mars 1781, avec une flotte de vingt-cinq vaisseaux de ligne, plusieurs milliers de soldats et un fort convoi de navires de commerce. Une petite partie de cette flotte seulement fut détachée aux ' Indes orientales, puis, faisant route vers la Martinique, elle évita les amiraux anglais Hood et Drake, qui s'étaient portés à sa rencontre, opéra sa jonction à la Martinique avec huit autres vaisseaux de ligne et un de cinquante canons, et, le 13 août, jeta Tancre dans la baie de Chesapeake. Cinq jours avant son arrivée, le comte de Barras avait quitté Rhode-Island pour cette même destination ; mais il était obligé de faire un circuit pour éviter la flotte anglaise. L'amiral Graves, avec vingt vaisseaux de guerre, fit des eflforts inutiles pour dégager lord Cornwallis. Lorsque sa flotte fut aperçue par l'amiral de Grasse, celui-ci fit sortir ses vaisseaux de la baie, et alla au-devant d'elle, surtout pour protéger l'escadre française qu'il savait en* route pour le rejoindre. Le 7 septembre, un engagement entre les deux flottes eut lieu, mais sans résultat marqué. Sur ces entrefaîtes, l'escadre du comte de Barras arriva et, par sa réunion à la flotte française, donna à cette dernière une supériorité incontestable sur son ennemie. L'amiral Graves renonça alors à son projet et s'éloigna de la côte, tandis que
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les comtes de Grasse et de Barras rentraient dans la baie de Chesapeake,
Après avoir tenu en échec, pendant plusieurs semaines, les forces britanniques de la Virginie, le mar^ quis de La Fayette revint auprès du général Washington qui, suivant un plan arrêté entre lui et le comte deRochambeau, se mit aussitôt en marche vers Yorktown avec toute son armée, le corps de six mille hommes commandé par Rochambeau, et la division du général Lincoln. Washington, lorsqu'il eut pourvu à la défense des forts construits sur THudson, fît avancer son armée sur la rive gauche de ce fleuve, afin de mieux cacher ses intentions en entretenant les craintes du général Clinton, qui s'attendait toujours à une attaque sur New-York. Ce ne fut que lorsque Washington eut dépassé le fleuve Delaware que le général anglais comprit qu'il avait été joué, et devina le projet de son adversaire. Les forces combinées dont disposait Washington se montaient à douze mille hommes qui, rassemblés à Williamsburg, le 25 septembre, quittèrent cette ville cinq jours plus tard pour aller investir Yorktown. En même temps, la flotte française s'avançait à l'embouchure de TYork, afin d'empêcher lord Cornwallis de battre en retraite ou de recevoir des secours de ce côté. — Pendant la nuit du 6 octobre, les Américains ouvrirent la première tranchée à moins de cinq cents mètres des lignes anglaises, et le 9 et le 10, ils commencèrent l'attaque de la ville avec une énergie formidable. Comme deux
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redoutes établies sjit la gauche des iign^ ennemies génaieiît sériensenîenî les travaux des Américains par leur tir contiiiu. il fat convenu, pour exciter Témulation entre les di3ërents corps de l'armée républicaine, que l'attaque de l'une des redoutes serait confiée aux Américains. Tattaque de l'autre aux Français. Toutes deux farent emportées à la baïonnette ; ce ne fut pas cependant sans une grande perte d'hommes du côté des Français. Le 16^ les Anglais firent une sortie; ils réussirent à encîouer onze pièces d'artillerie, sans pouvoir obtenir aucun autre avantage. Ils cherchèrent ensuite à s'échapper dans des bateaux, mais un violent orage fit avorter leur tentative. Lord Comwallis proposa alors un armistice de vingt^uatre heures pour fixer les termes de la capitulation. Le 19 octobre, le traité était signé : les troupes et les munitions furent livrées au général Washington et les vaisseaux, ainsi que les équipages, au comte de Grasse. L'honneur de se retirer enseignes déployées refusé au général Lincoln, vaincu à Charlestown, fat, par représailles, refasé à lord Comwallis. Les armées française et américaine se formèrent sur deux rangs, sous les murs de la ville, et leurs généraux Washington et Rochambeau se placèrent à cheval à leur tète. Voici comment un témoin du défilé de Tarmée anglaise au sortir de la place raconte la scène : c Je fas chargé, « écrit Matthieu Dumas dans ses Mémoires, d'aller € au-devant des troupes de la garnison et de diriger < la colonne; je me plaçai à la gauche du général
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€ O'Hara. En approchant des tranchées, il me de- « manda où était le général Rochambeau, « A votre « gauche, lui dis-je, à la tête de la ligne française. » a: Le général anglais pressa le pas de son cheval pour « présenter son épée au général français. Pressentant « son intention, je partis au galop pour me placer ence tre lui et M. de Rochambeau qui, dans ce moment, a: m'indiquait du geste le général Washington, placé a: en face de lui à la tête de Tarmée américaine. « Vous vous trompez, dis-je au général O'Hara, le <r général en chef de notre armée est à droite. » Je l'y « conduisis, et à Tinstant où il élevait son épée, le « général Washington, le prévenant, lui dit : « Never d fromsuch a good liand » (Jamais d'une aussi bonne « main). — La garnison défila entre les deux lignes, « au delà desquelles je la fis former en bataille et « mettre les armes en faisceaux. Les officiers anglais <i témoignaient le plus vif dépit, et je me souviens « que le colonel Abercrombie, des gardes anglaises
« au moment où sa troupe mettait bas
« les armes, s'éloigna rapidement, se couvrant le via sage et mordant son épée. » Le général Cornwallis, mortifié de sa défaite, feignit d'être malade, et envoya son épée au général Washington. — Après la prise d'Yorktown, La Fayette put écrire : « L'humanité a « gagné son procès : la liberté ne sera jamais plus « sans asile. i> Ce fut la dernière affaire à laquelle assista le général Washington, mais aucune autre bataille n'était maintenant nécessaire, car la reddition
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de Yorktown fut le prélude de rémancipation de l'Amérique du Nord, len mettant fin à la guerre et en précipitant la chute du ministère anglais.
Une flotte anglaise avec sept mille soldats, sous le commandement du général Clinton, destinée à secourir lord Comwallis, arriva le 24 octobre à la hauteur de la baie de Chesapeake, mais en apprenant sa capitulation, elle retourna précipitamment à New- York.
La nouvelle de la prise d' Yorktown parvint à Philadelphie à deux heures du matin ; ceux des habitants qui, cette nùit-là, étaient éveillés entendirent le veilleur de nuit crier : c Deux, heures passées et Cornwal- « lis est pris ! > Dans un instant les lumières s'allumèrent dans toutes les maisons, et les rues s'emplirent d'une foule désireuse de connaître les détails de l'heureuse nouvelle. Les uns étaient muets de joie, d'autres pleuraient, et le vieux portier du congrès, suffoqué par le bonheur qu'il ressentait, en mourut. Le congrès vota un jour d'actions de grâces dans les Etats-Unis, et Washington ordonna la mise en liberté de toutes les personnes arrêtées pour quelque délit, afin qu'elles pussent aussi participer à la joie générale*
Cette guerre avait duré près de sept ans. Elle avait coûté à la Grande-Bretagne cent millions de livres sterling et la vie de cinquante mille hommes pour aboutir finalement à la perte de ses colonies.
Après la capitulation de lord Cornwallis qui, en réalité, termina le conflit, les hostilités languirent. Quelques combats sans iniportaiice furent livrés etj
pendant deux années encore, les villes de New- York, Charlestown (0. S.)% Savannah restèrent en la possession des Anglais, trop faibles pour entreprendre de nouvelles expéditions. Les troupes qui garnissaient ces places faisaient bien encore de temps en temps quelques sorties, mais uniquement pour se procui'er des provisions. Enfin le gouvernement anglais, sentant qu'avec les petites forces qui lui restaient en Atnérique, il y aurait folie de sa part à recommencet la lutte, se décida à rappeler ses armées. Le 14 décembre 1782, Tarmée anglaise évacuait Charlestown (C. S.) pendant que, de Tautre côté de la ville, l'avant-gatde américaine y pénétrait au milieu des cris d'allégresse dé la population. Savannah fut rendue aux Américains le 11 juillet 1783. De là les troupes anglaises se concetttrèrent à New- York, puis, le 25 novembre suivant^ par un temps froid et pluvieux, l'armée anglaise et les réfugiés loyalistes s'embarquèrent pour TAngleteri'e. Depuis 1779, TAutriche et la Russie avaient offert leur lîiédiation aux puissances belligérantes : leurs tentatives avaient été infructueuses. C'est la prise de Yorktown qui décida TAngleterre à la paix. Le 27 février 1782, fut votée une adressé au roi demandant la fin d'une guerre inutile, puisqu'il était devenu impossible de réduire à l'obéissance les colons américains. Lord North, devenu très-impopulaire, fut remplacé par lord Rockinghàm, qiii stipula en en-*
* Caroline du Sud.
trant au ministère la reconnaissance de Tindépendance des Etats-Unis. La victoire navale remportée par l'amiral Rodney, dans les Antilles, sur le comte de Grasse, ne diminua pas le désir que l'Angleterre avait alors de faire la paix. Après la mort de Rockingham, son successeur, lord Shelburne, envoya à Paris MM. Oswald et Fitzherbert pour entamer les négociations. Ils s'adressèrent à Franklin, qui s'adjoignit MM. Jay, Adams, reconnu depuis le 22 avril comme ministre plénipotentiaire par les Pays-Bas, et Laurens, que les Anglais avaient longtemps gardé prisonnier à la Tour de Londres. — Le cabinet anglais avait d'abord voulu traiter séparément avec la Hollande et les Etats- Unis, pour continuer la lutte contre la France et l'Espagne. Ses propositions ayant été repoussées, il engagea les négociations à la fois avec la France, l'Espagne, T Amérique et la Hollande. Lorsque, malgré les conventions, les Anglais eurent amené Franklin et ses amis à signer les préliminaires de paix, sans attendre que les préliminaires avec la France eussent été arrêtés, la plupart des membres du cabinet anglais revinrent à leur première idée d*une alliance entre les Américains et la Grande-Bretagne contre la France. C'était bien peu connaître les véritables dispositions des Américains, car le secrétaire d'Etat des affaires étrangères aux Etats-Unis, Livingston, blâma le manque de bienséance des plénipotentiaires à Tégard de la France.
Les préliminaires, arrêtés le 30 novembre 1782 en-
tre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, ne devinrent définitifs qu'après la signature du traité de Versailles entre la France, et l'Angleterre, le 20 janvier 1783. Le 3 septembre suivant, l'Angleterre conclut un traité de paix avec l'Espagne, mais celui avec la Hollande ne fut signé que le 20 mai 1784.
Par ces traités :
L'Amérique du Nord voyait son indépendance re- ^ connue, obtenait, avec ràgrandissement de ses frontières, le droit de pèche sur les côtes de Terre-Neuve, ■et la navigation du Mississipi, de sa source jusqu'à son embouchure, était ouverte aux navires américains et anglais.
La France obtenait aussi le droit de pêche sur une partie déterminée des côtes de Terre-Neuve, rentrait en possession des îles Saint-Pierre, Miquelon, Sainte- Lucie, du Sénégal, de Pondichéry, de Chandernagorj de Karikal, de Mahé, et acquérait Tabago dans les ' Antilles. La France obtenait en outre Tabolition des clauses du traité d'Utrecht relatives aux fortifications de Dunkerque.
L'Angleterre recevait, de son côté, de la France, les îles de Grenade et les Grenadines, Saint-Vincent, la Dominique, Saint-Christophe, Nevis, Montserrat et, dans rAfrique, Iç fort James et le fleuve Gambie.
L'Espagne recevait de TAngleterre l'île de Minorque et toute la Floride, dont elle ne possédait, avant la guerre, que la partie occidentale. Elle rendait à l'Angleterre Providence et les îles Bahama, et
s'engageait h garantir aax sujets anglais le droit de couper du bois de campèche dans la baie dç Hon* duras.
La Hollande fut obligée de céder Négapatnam aux Anglais et de consentir à la libre navigation des sujets britanniques dans toutes les parties de la mer des Indes, que la Compagnie hollandaise s'était jusqu'à^ lors réservées.
Peu de temps après le traité définitif avec les Etats- Unis, un représentant de cette nouvelle puissance fut introduit et présenté à la cour de SaintJames. La manière simple avec laquelle M. Âdams, accrédité en qualité de ministre des Etats-Unis auprès du gouvernement anglais, fut reçu par le roi Greorge III témoigne de la probité des intentions de ce monarque comme de son invincible opiniâtreté : c Puisque j'ai € été le dernier homme de mon royaume à consentir ff à la reconnaissance de l'indépendance américaine, € maintenant qu.'elle est établie, je veux être le dernier < homme de mon royaume à la violer. *
Le 19 avril 1783, huitième anniversaire de la bataille de Lexington, qui avait été le prélude de la guerre, le général Washingfton proclama, du quartier général de son armée, la guerre terminée.
La Fayette, après avoir reçu du congrès de nouvelles félicitations, retourna en France. Il se rendit ensuite à Madrid où, s'occupant toujours des intérêts de sa seconde patrie, il obtint la reconnaissance par l'Espagne de Tindépendance des Etats-Unis, et conclut
un traité de commerce entre ces deux nations. Quelques mois après, il revint en Amérique, où l'accueil qui lui fut fait par la population tint du délire. Le congrès lui décerna, pour lui et ses descendants, le titre de « citoyen des Etats-Unis, * et chacun des Etats de rUnion envoya, lors de son départ, un député pour prendre congé de lui. — En 1824, le général La Fayette s'embarqua au Havre avec son fils Georges La Fayette pour les Etats-Unis, sur un navire de commerce : il avait refusé de se servir d'un vaisseau de la flotte américaine que le Congrès américain avait envoyé pour le chercher. Il y séjourna quatorze mois et, durant ce temps, il n'y eut pour lui qu'honneurs et fêtes. Le marquis de La Fayette mourut à Paris le 28 mai 1834, d'une maladie de vessie ; dans sa tombe, la terre de France se mélangea à de la terre d'Amérique, spécialement envoyée à cet eflFet par ceux pour lesquels il avait si noblement combattu.