ÉCRITS SATIRIQUES DE FRANKLIN
princes, ou bien encore des résolutions qu'ils ont prises dans les deux Chambres pour le bon gouvernement de leurs propres colonies en Irlande et en Amérique.
Et toutes personnes dans Tîle susdite sont averties de ne s'opposer en aucune façon à l'exécution de notre présent édit, cette opposition étant une haute trahison. £t quiconque en sera suspect sera mis aux fers, et ainsi transporté de Grande- Bretagne en Prusse pour y être jugé et exécuté selon la loi prussienne.
Tel est notre bon plaisir.
Donné à Potsdam, le vingt-cinquième jour du mois d'août mil sept cent soixante-treize, dans la trente-troisième année de notre règne.
Par le roi, en son Conseil, REGHTMiEssiG, Secrétaire,
« Quelques personnes prennent cet édit pour un jeu d'esprit tt du roi ; d'autres le supposent très-sérieux et pensent quç le a roi de Prusse veut, par là, chercher querelle à l'Angleterre, « mais tout le monde s'accorde à penser que l'assertion qui ter- « mine cet édit, « qu'il a été copié sur les lois coloniales du « parlement anglais, » n'est qu'une injure gratuite, étant imtt possible de croire qu'un peuple si renommé par son amour « pour la liberté, qu'une nation si sage et si libérale danfe ses « sentiments, si juste et si équitable envers ses voisins, ait pu « céder à la vile et impolitique considération d'un lucre pas- « sager et traiter ses propres enfants d'une manière si arbi- « traire et si tyran nique. » *
DISCOUBS PRONONCÉ PAR HENRY LEE, DÉPUTÉ DE LA VIRGINIE, LE 8 JUIN 1776, POUR DEMANDER AU CONGRÈS DE DÉCLARER l/lNDÉPEN- DANCB DES COLONTKS.
Je ne sais si dans les troubles civils dont l'histoire nous a transmis le souvenir, et qui ont eu pour origine l'amour des peuples pour la liberté, ou l'ambition des princes, il se présenta jamais une délibération plus grave, plus importante que celle qui nous occupe en ce moment. Il s'agit de la destinée future de ce peuple innocent et libre qui m'écoute, de celle de nos ennemis mêmes, de ces ennemis qui, malgré leur tyrannie et la guerre cruelle qu'ils nous livrent, sont cependant nos frères et formés du même sang que nous. Peut-être enfin s'agit-il du sort de toutes -les autres nations du globe, attentives au grand spectacle que nous donnons; elles se promettent de notre victoire une existence plus libre et plus douce ; elles lisent déjà
dans nos revers l'arrêt d'un esclavage plus rigoureux et sans remède. La soif des conquêtes ou des richesses n'a point armé nos bras; la lutte que nous soutenons va décider si nous devons conserver, ou si nous devons perdre la liberté qui nous fut transmise par nos ancêtres, que nous avons poursuivie au delà des mers, à travers les tempêtes, et que nous avons su défendre sur ce rivage, contre des hommes barbares, contre des animaux féroces et un ciel inclément. Si tant de louanges ont été données, si tant d'éloges se prodiguent encore tous les jours aux généreux défenseurs de la liberté grecque ou romaine, que dira-t-on de nous, qui défendons une liberté fondée, non sur les caprices d'une multitude tumultueuse, mais sur des statuts immuables et des lois tutélaires? Ce n'est plus ici le privilège de quelques patriciens, c'est la propriété de tous; ce n'est plus enfin cette liberté souillée par l'injuste ostracisme, et par l'efiroyable décimation de nos armées. Celle que nous réclamons est douce, pure, tempérée ; elle est conforme à la civili-
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sation de nos mœurs actaelles. Qa*attendon8-noiLs donc pour marcher vers le bat de la carrière où nous avons d^à fait de si grands pas? Puisque notre miion avec 1* Angleterre ne peut plus nous assurer la liberté et le bonheur qui font Tobjet de nos YŒUx, rompons ce nœud fatal, et osons conquérir pour jamais ce bien dont nous jouissons déjà : une indépendance entière et absolue.
Mais n'aurais-je point dû commencer par faire observer qne, si nous sommes arrivés à ce terme extrême, au delà duquel il . ne peut plus exister entre FAmérique et l'Angleterre que la paix ou la guerre, telles que les font entre elles les nations étrangères, faute en est à ces ministres seuls qui, depuis dix ans. nous accablent de demandes insatiables et nous provoquent par de cruels outrages. Que n'avons-nous point fait pour ramener la paix, pour rétablir Tancienne harmonie? Où nos prières, nos supplications n'ont-elles pas retenti? Elles ont fatigué Funivers. L'Angleterre seule nous a refusé la compassion que noas avons trouvée chez tous les autres peuples du monde. Quels égards a-t-elle eus pour notre patience et nos prières ? Quels fruits avons-nous recueillis de notre résistance et du sang que nous avons répandu? N'écoutons plu» de vains ménage* ments, et proclamons notre indépendance. Et que l'on n'imagine point qu'il nous reste un autre parti que celui que je propose ! n viendra un jour, n'en doutez pas, où, malgré vousmêmes, cette séparation absolue s'accomplira ; ainsi le veut la nature môme des choses, l'accroissement progressif de notre population, la fertilité de notre sol, l'étendue de notre territoire, lindustrie de ses habitants et l'immensité des mers qui séparent les deux Etats. Si ce que j'avance est incontestable, pourquoi différer encore? Ce ne serait pas une simple imprudence, j'ose dire que ce serait une déplorable folie de notre part, que de ne point saisir l'occasion où l'injustice britannique a semé l'indignation dans tous les cœurs, excité tous les courages, réuni toutes les volontés dans une seule, et mis les ar-
mes dans toutes les inains. Et jusqu'à, quand faudra-t-il que nous traversions quinze cents lieues d'une mer orageuse, pour aller demander à des hommes arrogants ou des conseils, ou des ordres pour régler nos affaires domestiques? Ne convienMl pas à une nation grande, riche et puissante, comme nous le sommes, d'avoir chez elle-même, et non chez autrui, le gouvernement de ses propres affaires? Et un ministère composé d'individus étrangers peut- il décider avec quelque discernement de nos intérêts, lorsqu'ils ne savent pas, lorsqu'il leur importe peu de savoir ce qui nous est bon ou mauvais? L'épreuve que nous venons de faire de la justice des ministres britanniques doit nous éclairer sur l'avenir, s'ils parvenaient jamais à nous ressaisir dans leurs serres cruelles» Nos barbares ennemis nous ont réduits à l'alternative de l'esclavage ou de l'indépendance : y a-t'il un homme assez dégradé, assez peu dévoué à sa patrie, pour hésiter sur le choix? Pour ces êtres perfides, nulle promesse n'a de valeur, nul serment n'est sacré. Supposons, ce qîie le ciel veuille détourner ! supposons que nous avons repris nos liens, supposons un accommodement : qui nous garantira la générosité de l'Angleterre à user de la victoire, sa fidélité à observer les traités? Est-ce le soin qu'elle a pris d'armer et de lancer contre nous d'impitoyables Allemands et de barbares Indiens ? Est-ce sa foi donnée et violée si souvent dans cette querelle ; cette foi britannique qui sera plus honteusement célèbre encore que la foi punique? Sachons prévoir que, lorsque nous serons tombés nus et sans défense entre leurs mains, ils assouviront sur nous leur fureur et leur vengeance; ils nous chargeront de chaînes pesantes pour nous ôter, non-seulement la force, mais l'espérance même de recouvrer jamais notre liberté.
Mais je veux croire, quoiqu'il n'en existe pas un seul exemple, que le gouvernement britannique abjurera tout ressentiment, et qu'il accomplira ses promesses : pensez-vous qu'après de si longues dissensions, après tant d'outrages, tant de combats,
tant de sang répandu, la réconciliation puisse être durable? Et doutez-vous que la première étincelle ne rallume ce feu mal éteint? Déjà les deux nations sont séparées de cœur et d'intérêt : Tune connaît son ancienne force, l'autre vient d'apprendre à connaître la sienne ; l'une veut exercer un pouvoir absolu, l'autre ne veut obéir qu'à son gré. Quelle paix, quelle concorde peut-on espérer dans une telle situation? Les Américains peuvent devenir les amis fidèles des Anglais ; ils ne seront jamais leurs sujets. Quand il serait possible que la réunion s'opérât sincèrement, elle ne serait jamais sans danger. La puissance même de la Grande-Bretagne, sa richesse, doivent remplir les hommes prévoyants de crainte sur l'avenir. Au point de grandeur où elle sera parvenue, n'ayant plus rien à redouter des £tats voisins, les courages s'amolliront dans le sein d'une paix oiseuse, les mœurs se corrompront, la jeunesse croîtra au milieu des vices, et, dans cet état de dégénération, l'Angleterre deviendra la proie d'un ennemi étranger ou d'un citoyen ambitieux. Si nous restons liés avec elle, nous participerons à ^a corruption et à son infortune, d'autant plus déplorable qu'elle sera sans remède. Séparés d'elle, au contraire, comme nous le sommes maintenant, nous n'aurons à craindre ni une paix trompeuse, ni une guerre fatale. En déclarant notre indépendance, nous n'augmentons point nos périls, mais nous ajoutons à l'ardeur de nos défenseurs et à l'éclat de la victoire. Il faut sortir enfin d'une pénible incertitude, il faut nous dégager de tant d'entraves. Nous avons saisi le pouvoir souverain, et nous n'osons nous en parer; nous désobéissons à un roi, et nous nous reconnaissons ses sujets : nous faisons la guerre à une nation, dont nous protestons sans cesse que nous voulons dépendre. Quel est l'effet de tant d'inconséquences ? L'hésitation paralyse toutes nos mesures, le chemin que nous devons suivre n'est point tracé ; nos généraux n'obtiennent ni respect, ni obéissance; nos soldats manquent de confiance et de zèle; faibles au dedans, nous ne sommes point considérés
au dehors ; les souverains étrangers n'osent secourir, ne peuvent même estimer un peuple si timide, si chancelant. Mais proclamons l'indépendance, désignons le but vers lequel nous tendons, notre marche deviendra aussitôt plus ferme et plus assurée; les courages croîtront avec la grandeur de l'entreprise, les magistrats civils redoubleront de zèle, les généraux d*audace, et tous les citoyens de constance pour atteindre à une aussi haute, à une aussi glorieuse destinée^
Quelques esprits semblent redouter les suites de cette résolution. Mais l'Angleterre déploiera- t-elle, et peut-elle déployer contre nous, plus de vigueur et de rage qu'elle n'en a fait paraître jusqu'ici ? La résistance à l'oppression n'est pas moins une révolte à ses yeux que l'indépendance même. Où sont, d'ailleurs, ces armées formidables qui doivent nous terrasser? Ce que n'ont pu les Anglais, les Allemands le pourront-ils? Sont-ils plus braves, mieux disciplinés? Le nombre de nos ennemis s'est accru; maiis. le nôtre n'est point diminué, et les combats que nous avons soutenus nous ont rendu l'usage de nos armes plus familier. Est-il ici un individu qui doute que l'indépendance nous procure des alliés ? Toutes les nations recherchent les productions de notre fertile territoire; elles viendront aborder dans nos ports, fermés jusqu'à ce jour par le monopole de l'avare Angleterre* Elles ne sont pas moins avides de contempler l'abaissement de l'odieuse puissance britannique; sa barbare domination est pour toutes un objet de haine; leurs encouragements, leurs secours témoigneront aux valeureux Américains la reconnaissance qu'elles leur porteront pour avoir les premiers ébranlé ce colosse. Les souverains de TEurope n'attendent, pour se déclarer, que l'impossibilité reconnue d'un arrangement avec nos ennemis. Si le parti que je propose est avantageux, il n'est pas moins conforme à notre dignité. L'Amérique est parvenue au degré de puissance qui lui assigné une place parmi les nations indépendantes : nous n'y avons pas moins de droits que les Anglais eux-mêmes. S'ils sont
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richeâ, nous le sominef ans^i; s'ils sont counigeax, nous ne le sommes pas moins; s'ils sont nombreux, notre population, grflce à la fécondité de nos chastes épooses, égalera bientôt la leur ; s'ils ont des hommes recommandables dans la paix et dans la gaerre, nous pouvons en citer parmi nous : les révola tions politiques engendrent et développent les grands conragee et les génies audadenx. De ce que nous avons déjà fait dans ces pénibles commencements, il est facile de présnmer ce que nous pourrons faire : Texpérience est la source des sages conseils, et la liberté est la mère des grands hommes. N^avez-vons pas TU Tennemi chassé de Lexington par trente mille citoyens armés et rassemblés en un Jour? Déjà les plus fameux gênéraux ont cédé dans Boston à Thabileté dés nôtres ; déjà lenra marins, repoussés de nos côtes, errent sur TOcéan, où ils sont le jouet des tempêtes et la proie de la famine. Acceptons dé si favorables augures : combattons, non pas pour savoir à quelles conditions nous devons être les esclaves de TAngleterre, mais pour nous assurer une existence libre, pour fonder un gouvernement juste et indépendant. Animés par la liberté, les Grecs ont repoussé l'innombrable armée des Perses; soutenus par Famour de Tindépendance, les Suisses et les Hollandais ont humilié par de nombreuses défaites la puissance de FAutriche, et ils ont conquis un rang parmi les nations. Mais Fastre qui éclaira leurs exploits luit aussi sur nos têtes ; la pointe de nos armes n*est pas moins redoutable, notre courage ne le cède pas au leur; on voit régner parmi nous la même union, le même mépris des dangers et de la mort, pour briser les fers de la patrie.
Pourquoi donc nous consumer dans de plus longs délais f Que ce jour même, que cet heureux jour voie naître la république américaine ! Qu'elle s'élève, non pour dévaster et conquérir, mais pour rétablir le règne de la paix et des lois ! L'Europe a les yeux fixés sur nous : elle nous demande, au nom du bonheur de ses habitants, d'opposer le triomphe éclatant de la
liberté à la tyrannie toujours croissante sur ces malheureui bords. Elle nous invite à préparer un doux asile, ot. l'infortune puisse échapper à la persécution. Elle réclame de nous un champ où puissent croître et s'étendre au loin le» rameaux de cet arbre précieux qui, né dans sa vigueur sur le sol de F Angleterre, mais bientôt flétri par le souffle de la tyrannie écossaisoi ne trouve plus, dans tout Thémisphère oriental, un terrain où if puisse iianimer ses racines languissantes^ Voilà le but auquel ont aspiré nos premiers efforts^ voilà le prix dû à nos premières victoires et à Tardeur qui nous embrase tous également aujour* d'hui. Seront-ce des augures insignifiants pour nous, que la faite de Howe, le fléau qui dévora les troupes de Dunmore, les vents qui repoussèrent les flottes de la Grande-Bretagne, les tempêtes qui engloutirent sept cents vaisseaux sur les côtes de Terre-Neuve ? 8i nous ne trahissons pas aujourd'hui nos devoirs envers la patrie, les noms des législateurs américains seront placés par la postérité à côté de ceux de Thésée, de Lycurgue> de Romulus^ de Numa> des trois Guillaume de Nassau, et de tous ceux dont la mémoire a été et sera toujours chère aux hommes de bien et aux citoyens vertueux <
DÉGLAkATION d' INDEPENDANCE ADOPTÉE PAtl LE GONQBÊS,