‹ Histoire des États-Unis d'Amérique (volume 2)Chapitre 7 sur 19 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

• Des Manufactures des États-Unii.

L'agriculture est , sans contredit , plus avantageuse à la population d'un pays, sous le rapport de la salubrité et de la production , que les manufactures ; mais Tune et l'autre de ces deux causes agissent ensemble et dans un intérêt commun ; car la partie la plus importante du commerce de chaque nation est celle qui se fait entre les liabitans des villes et ceux des campagnes. Les premiers tirent de la campagne les produits bruts , les fruits du sol , qu'ils paient en les échangeant pour des objets manufacturés et disposés à l'usage des hommes. Tout ce qui pourrait tendre à diminuer les produits des manufactures, tendrait donc aussi à atténuer les produits de l'agriculture.

Dans les pays nouveaux encore, où la population n'est p is assez considérable pour répondre à tous les travaux, il est peut-être plus avantageux de s'occuper davantage des produits bruts, de disposer les terres, de cultiver amplement celles déjà défrichées, pirce qu'ils peuvent recevoir les objets manufacturés d'autres pays plus avancés en industrie , et par conséquent à meilleur compte qu'ils ne pourraient les fabriquer eux mêmes. Ils parviendront plus facilement , en agissant ainsi , à accroître leur force, leur richesse et leur populution, plutôt que d'employer des Cipit.tux considérables à former des manuf ictures, qui ne donneront que des produits inférieurs et d'un prix plus élevé que ceux qu'ils peuvent se procurer îiilleurs. En outre , la main-d'œuvre est élevée si haut, et les terres sont k si bns prix, aux Etats-Unis, comme dms tous les pnys nouveaux, que tous les jours on offre des primes ou avantages aux ouvriers des manufactures , pour s'att.cher à l'agriculture. Euxmêmes , séduits p;ir le produit des terres, en achètent et les cultivent ; car quel est l'homme qui ne préfère p;>s, quand il a le moindre sentiment de su dignité, se rendre indépendant, lui

(^7 ) et SI famille, par son travail , que se soumettre à travailler pour un étranger! Ces motifs sont cause que , tous les jours , aux Etats-Unis , il y a des interruptions dans les entreprises de manufactures, qui viennent, de plus en plus, déprécier la qualité de leurs produits , genre de malheur dont le résultat tombe évidemment sur le consommateur et retarde les efforts productifs de la communauté.

Il paraîtra sensible , d'après ces données , que les Etats-Unis ne doivent pas forcer le produit des manufactures par des encouragemens du gouvernement, par des prohibitions, des droits, et par des monopoles , avant qu'il n'y ait effectivement des demandes réelles résultant de l'accroissement de la population le long des côtes et dans l'intérieur , avant que le prix du travail se soit plus également établi , et avant surtout qu'il n'y ait un système plus exact de commerce et d'agriculture. Il y a mieux : il serait peut-être plus sage , pour eux, pendant plusieurs années encore ( à moins que la population ne devienne plus compacte), de se contenter de produire les matières brutes, et de laisser l'Iîurope continuer à être l'atelier où les objets peuvent être manufacturés ; car

( ^8 ) l'expcrience a toujours prouvé que les nations qui donnent à leurs manufacturés la plus grande extension , ne le font jamais, sans introduire, parmi leur population, les vices, les maladies, les déréglemens de toute espèce, dans la basse classe du peuple ; et pour l'homme d'état , qui mesure la grandeur et la force d'une nation sur les principes, la prospérité et le bonheur de ses habitans , c'est acheter trop cher l'avantage de faire quelque quantité de draps , ou quelques pièces de mousseline. L'Angleterre elle - même est la preuve la plus forte de cette assertion. Depuis plus de vingt-cinq ans, les contrées où sont ses manufactures, ont produit plus de mauvais sujets, plus de jacobins, de rebelles et d'assassins , disposés à entraver la marche du gouvernement , que tout le reste du royaume.

Cependant , comme l'établissement des manufactures offre en général des chances heureuses aux capitalistes et aux spéculateurs, on ne peut penser que la considération des vices et des dangers qu'elles introduisent chez le peuple , pourront jamais être un obstacle aux moyens de richesse et de prospérité qu'elles présentent. La main-d'œuvre aux Et?*s-Unis

(69) est au moins le double de celle d'Angleterre, et le quadruple de celle de France; et néanmoins les produits agricoles de ce pays trouvent des débouchés dans les marchés d'Europe ; t mdis que les frais d'établissement de manufactures sont tels que , sans primes , prohibition de droits ou monopoles, il serait impossible de lutter avec celles d'Europe. Les causes de ces effets, contradictoires en apparence, sont dans le bas prix des terres nouvelles, toutes fertiles. Un homme peut étendre ses travaux d agriculture sur une plus grande surfac:e de terrain dans ces immenses régions d'Amérique, que cela ne se pourrait comp rati ement dans une terme d'Europe , qui , en proportion , est plus circonscrite et chargée d'une population plus considérable : d'où il suit que le système d'agriculture des Etats-Unis est moins parfait et moins productif comparativement, s r un espace de terrain donné, qu'en Europe ; mais que, néanmoins, la plus graîide étendue de terre qui est cultivée, produit annuellement une récolte plus considérable pour un certain nombre donné d'individus.

Autrefois, nos plus grands politiques pensaient qu'il étùt plus convenable, pour les

Etats-Unis, de poursuivre les travaux d'agriculture , que de chercher à établir uu système de m au 11 factures d'uue niauière peut-être trop prtunaturée. M. Jefferson , dans ses JXotes sur la Firginie, déplore le moment où l'Amérique transformera ses robustes et laborieux cultivateurs , en paresseux ou indolens manufacturiers. Il paraît néanmoins avoir changé d'opinion, d'après une lettre qu'il a écrite au secrétaire de la Société pour F Encouragement des Manufactures ^ en Amérique. Cette société , afin de parvenir à son but, réclame continuellement du Congrès l'exclusion des marchandises étrangères, afin d'obtenir le monopole des marchés américains ; ce qui signilie , en d'autres termes, qu'elle demande un impôt considérable sur toutes les autres classes de la société , telles que les fermiers , les ecclésiastiques , les avocats, les négocians, les médecins, et toutes les professions laborieuses, afin que quelques manufacturiers , qui ne forment pas la centième partie de la population , puissent s'enrichir en vendant à leurs concitoyens des objets souvent mal fabriqués, et beaucoup plus cher qu'ils ne pourraient se les piocurer en les faisant venir des autres pays coinmercans.

( 7- ) Ce principe nuit ;i la richesse et à la population des Etats-Unis , de toute la différence qui e Jste entre le prix du monopole des manufactures d'Amérique, et celui des mêmes marchandises importées d'Europe. C'est peutêtre un principe patriotique , mais il est certainement d'une bien mauvaise politique. Les Etats-Unis, commençant depuis peu leur carrière nationale, et devant avoir pour but , dans l'avenir , l'amélioration et la prospérité nationales , doivent, plus que tout autre pays, éviter Terreur du système mercantile de l'Europe ; erreur qui tient encore à l'ignorance née du despotisme féodal , condamné universellement par les plus habiles politiques. Ils doivent mettre de coté toutes les considérations de primes, de prohibitions et de monopoles; ils doivent permettre à l'agriculture, au commerce et aux manufactures, d'établir un juste niveau , de manière à n'employer d'industrie productive et de capitaux, que ce qui est requis par l'intérêt et la disposition de chaque individu, surtout sans aucune intervention de la part du gouvernement, qui n'agit jamais plus Si gement que quand il laisse à chacun la faculté de faire selon ses intérêts. Laissez-

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nous faire , disaient les négocians à Colbert , quand il cherchait, par des mesures ministérielles, à rétablir le commerce en France ; nous savons ni: eux que personne ce qui convient à nos intérêts.

Un pays libre ne manufacture que se'on les demandes et les besoins , car les pays sont en général comme les individus eux mêmes, qui préfèrent leur piopre marché à celui de l'étranger. Les intérêts de Tagriculture, toutefois, ne sont pas de nature à balancer l'esprit de monopole, inhérent à tonte espèce de manufactures. Les manufacturiers jouissent d'un grand avantage sur les fermiers , qui se trouvent éparpillés rà et là , dans un vaste pays , tandis que les premiers ont la facilité de se concerter , d'ai:ir en corps , et de forcer le gouvernement d'écouter leurs plaintes. Leurs comités pernîanens, leurs clameurs continuelles sur la patriotique nécessité de ne pas dépendre des étrangers pour les besoins et les objets de nécessité, sera toujours un avantage qu'ils auront sur les propriétaires qui, séparés les uns des autres^, ne peuvent jamais agir de concert, ni avec une persévérance semblable. Ajoutez à cela que nondjre de membies du

( 7M Congrès, propriétaires eux-iHemes, et représentant plus particulièrement l'agriculture , sont aussi liés à des associations pour des manufactures , et à des opérations de banque , de sorte qu'ils ne sont pas aussi à portée de Toir le danger du monopole , et conséquemment de s'y opposer.

Pendant la dernière guerre avec l'Angleterre, les manufactures ont prospéré , justement par le système d'un monopole forcé , qui a obligé le consommateur de payer environ cent pour cent de plus, pour des objets d'une qualité inférieure à ceux qui auraient pu être importés d'Europe à moitié piix , si nos ports avaient été ouvei'ts aux étrangers. A cette époque, il y avait environ 1 ,000,000,000 de dollars employés à ; ctiver les manufactures; mais à ia paix , la concurrence des objets d'Europe réduisit la valeur des nôtres de moitié, de telle sorte que c'est tout au p us si maintenant la moitié de ces capitaux a ia même destination. Cependant , nos manufacturiers sunt convaincus qu'eu contiiHiant cette guerre de monopole , et en forçant les Améi-icains de payer le double les objets de consommation , la

(74) prospérité des Etals-Unis s'accroîtra de plus eu plus II reste à savoir si le gouvernement se soumettra à cette opinion , et s'il voudra sacrifier les intérêts de la généralité de la nation à celui dt" quelques individus.

Peu de nations, il est vrai, ont fait autant de perfeclionnemens propres à dimimier les frais de fabrication. Le liant prix de la maind'œuvre et la rareté de bons ouviiers ont stimulé l'esprit d'invention ; et il en est résulté l'adoption, dans toutes 'es manufactures, d'un grand nombre de machines ingénieuses. On jouit d'ailleiu's, aux Etats U lis, de la plus coniplète liberté dans la proft'ssion qu'on adopte; point d'apprentissage, nulle coi poration , nulle juridiction pour aucun métier^ comme en Eu ope , où ces restes de rancienne servitude féodale sont un obstacle aux j^rogrès de toute industrie. Ici chacun se livie à la profession qui lui plaît, dans les fomies qui lui conviennent et partout où il juge qu'il est de son intérêt de s'établir. Aussi existe t-il, dans ce pays, un plus véritable talent d'entreprise que dans aucun autre. On voit souvent un individu commencer sa carrière comme fer-

( 7'^ ) mier , devenir manufacturier, négociant , parcourant ainsi divers états dans le cours de sa vie, et arrivant enfin à remplir des f"oncli<ns diplomatiques. Presrpae tous les gens à talent qui ont échoué en Europe, viennent souvent tenter ici la fortune; ils sont toujours secondés par les efforts inventifs des Américains; et il est à remarquer que , presque toujours , les découvertes utiles arrivent aux Etats-Unis peu de temps après qu'elles ont été faites ailleurs , et qu'on ne néglige rien pour en faire aussitôt l'application.

Le rapport du général Hamilton , sur les manufactures des Etats-Unis , peut donner au lecteur une juste idée de ce qu'elles sont : ce rapport est ancien ; il date de 1791 , lorsque ce général était secrétaire de la Trésorerie. On ne croit pas trop s'avancer en disant que cerapport est un document d'état de la plus hauteimportance.

L'état sommaire suivant des manufactures d'Amérique est tout ce que les limites de cet ouvrage peuvent permettre d'offrir au puhlic.

On ne connaît j as exactem» nt aujourd'hui la •valeur aniuicile des manufactures des États- Unis ; mais avant que la paix de 1 8 1 5 ea eut ré-

( 76) duit le monopole et diminué le nombre , elles étaient ainsi évaluées.

Manificti'BES dollars.

de Bois. 25,o(»o,ooo

de PcciM. a4,'><><i.ooa

de Savon, Suif et Cliatid< lies. 10,000.000

de Chiiii(KlL-.> de baleiue et Huile. 5,000.000

de ucrt raûue. i,Goo,ooo

de Cartes. 3oo.ooo

de Chape lux. i5, 000. 000

de Liqueurs spiritueuses. 1 '1.1100,000

de Fer. 18,000.000

de Colon, Laine ei Ch.invre. 4"'*?'"'^'""<*

TotaL in .4 -0,000

Ix tout consommé clans le pavs, connue on va le voir.

Ex ortations cVob'iets rnanufaclurés.

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