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Crise religieuse, « Revival ». Le Méthodisme. Whiteñfeld.
Au moment où commençait, vers 1740, la guerre contre l'Espagne, se produisit en Amérique un remarquable mouvement religieux, connu dans les annales ecclésiastiques des populations anglo-saxonnes (métropole et colonies) sous le nom de Great Revival.
En Angleterre, les non-conformis . presbytériens avaient constitué longtemps dans l'organisme religieux un corps nombreux de dissidents. Puis leurs congrégations avaient peu à peu disparu ou s'étaient fondues dane l'Unitarianism. La place qu'ils laissaient à peu près vide fut tout à coup remplie par les congrégations de baptists et d'indépendants, jusqu'alors faibles et impuissantes, mais qui reçurent une nouvelle vie par la violente agitation que déterminèrent les prédications de John Wesley et de Whitefield *.
Tout jeunes encore, à Oxford même, ils avaient formé une association religieuse que leurs camarades appelèrent méthodiste par raillerie. Ils conservèrent le nom et fondèrent cette forme nouvelle du puritanisme qui, sous les appellations de méthodisme el, plus tard, de religion évangélique, a exercé une si grande influence depuis cent cinquante ans sur la race anglaise dispersée dans le monde entier. Le mouvement fut général. Il arrêta le parti de la basse Église (low Church) dans son évolution vers le Latitudinarianism et le ramena sur le terrain évangélique.
Le mouvement, commencé en Angleterre, se propagea bien vite dans les colonies, où il eut pour promoteur Jonathan Edwards,
1. « Vers le commencement du règne de George IE, une dizaine de jeunes étu-
diants d'Oxford s'étaient réunis pour pratiquer en commun la dévotion et pour s'isoler de la bruyante dissipation de la ville universitaire, Ils jeñnaient deux fois la semaine et recevaient la communion tous les dimanches. On les appelait par dérision les méthodistes. Les principaux d’entre eux, John et Charles Wesley, élaient les fils d’un savant et très pauvre ministre, Is admettaient dans leur familiarité un jeune homme nommé Whitefeld, qui avait occupé l’humble situation de garçon d'auberge, et qui payait le prix de son éducation universitaire en servant comme domestique les étudiants riches, Ils ne tardèrent pas à entrer dans ls ordres, car ils ne visaient pas à se séparer de l’Église établie, « Voulez-vous être utiles, leur avait dit l'archevêque de Canterbury, n’usez point votre temps et vos forces à disputer sur des points douteux, mais portez témoignage contre le vice qui se montre à découvert, et gagnez les âmes à la véritable sainteté, » Fox, Histoire de la littérature anglaise, p. 402,
qui, après avoir été latitudinarian, rejeia la doctrine du halfwaycovenant, et commença à prècher le retour aux anciens dogmes du droit exclusif des sanctifiés à ètre membres de l'Église et du salut par la seule foi. Les revivalists exprimaient les émotions qu'excitait en eux cette prédication par toutes sortes d’extravagances, des cris, des contorsions, que le populaire considérait comme le témoignage visible des effets de la grâce divine.
Les ministres congrégationalistes s’alarmèrent de cette invasion de leurs droits acquis, par des prédicateurs volontaires et ambulants. Un schisme violent éclata au sein du Congregational establishment de la Nouvelle-Angleterre. Les revivalists se donnèrent le nom de New Lirhts, et les conservateurs du dogme établi devinrent les Old Lights, auxquels se joignirent les latitudinaires, dont le chef était à cette époque le ministre Chauncy, successeur de Wilson, de Cotton, de Norton et de Davenport dans la premitre église de Boston. Chauncy publia en 1743 ses Seasonable Thoughis on the State of Religion in New England, peinture peu flattée de tous les désordres résultant du zèle des Vew Lights. D'autre part, cinquante-neuf ministres du Massachusetts, tout en avouant qu'il s'était commis quelques extravagances, témoignèrent d'à « heureux et remarquable réveil de l'esprit religieux en beaucoup de points du pays ». Edwards avait développé la même opinion dans ses T'houghts on the Revival of the Religion ?.
Dans le Connecticut, Jonathan Law, gouverneur de 1741 à 1751, engagea une lutte très vive contre les revivalists et fit voter par l'Assemblée une loi déclarant que les prédicateurs ambulants venant d'autres colonies seraient arrêtés et expulsés du territoire du Connecticut comme « vagabonds ». Après dix années d’une controverse furieuse (1750), les lois passées contre les New Lights tombèrent peu à peu dans l'oubli, sans être formellement rappelées.
4. « Dans le Nouveau Monde, l'état de la société et des manières n’a pas été jusqu'ici aussi favorable à la science abstraite qu'aux recherches ayant directement pour objet les affaires pratiques de la vie humaine, 11 y a cependant un mélaphysicien dont l'Amérique a le droit d'être fière, qui, par la finesse et la subtilité logique, ne le cède à aucun dialecticien nourri dans les Universités d'Europe. Je n'ai pas besoin de dire que c’est de Jonathan Edwards que je parle, » (Dugald Stewart, Dissertation sur le progrès de la philosophie, 1820.) Edwards avait été poussé aux études métaphysiques moins par l'impulsion d’une curiosité spéculative que
par le désir anxieux de défendre le système theclagique © dans lequel il avait été élevé et qui lui inspirait un ardent attachement,
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Ps Nue donna un développement subit à la secte 8 « s » de la Nouvelle-Angleterre. Tri et qu'alors, les baptists virent se Ra aie D de Lo: des congrégations séparatistes new-lights. St A La religion était devenue vers le milieu du xvur sièel grande majorité des Américains, aussi bien chez les s JL ae la Virginie que chez les calvinistes de la Noa Pau . une affaire de cérémonie extérieure, d'observation dé . ne du culte. L’assiduité à l'église, le respect pour la ALL « livre de prières », étaient tenus pour l'essence mèm à # religieure. On se disait prêt à combattre, à donner sa “ 0 *. A Mais vivre conformément à ses préceptes était autre Fe + “ tout dire, l'indifférence avait fait de grands progrès, et 1 ve Fa était plus une question d'accoutumance que de one ie . avait pris un caractère conventionnel. Dans la Virgini, h ss duite de la plupart des ministres laissait fort à dalrer Le : es la chasse au renard, la boisson, avaient pris une Gé See dans leur vie. Les vertus des premiers ministr Le Nr re stres, Robert Hunt et Whitaker, n'étaient plus qu’un souvenir et non un modèle suivi Le recrutement ne pouvait se faire aux meilleures us tenure étant précaire et les administrateurs laïques de ie : peu commodes. ds L'arrivée de Whitefield, le grand réformateur anglais, vi dissiper cette torpeur et propager dans toutes les ohne se lation cantonnée jusqu'alors dans les possessions du nord | White. field avait commencé à prècher en Angleterre à le + vers 1736. Il se rendit peu de temps après en ion PR : avait séjourné lui-mème quelque temps cobdne un de la paroisse de S iré ve Le hu attiré par Oglethorpe pour la conver-
1, Wesley avait d'abord réussi, et ses paroissi entendre ses ser SP paroissiens renonçaient aux danses \ une grande A der : Le . s'éprendre d'une jeune femme qui atectait Mes dite: lan . oi ut assez vif pour que le ministre dût rompre 1 te par MEN E spin la demoiselle se maria, el devint moins dut : Hits AE rie 4 Ut eu de pièté; aussi Wesley lui oftéée bi on au ministre pour atteinte or dt eo A apres de longs dé dd. aractère religieux de sa femme, Wesley ra ai ET A er ae un soir, la prière dite, à « secouer la Mar nn 2 ‘r la Géorgie, Il alla s'embarquer à Charleston (1737 e n ; | que. i)etne
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Whitefeld commença une tournée dans les États du cenire et du sud, pour recueillir des fonds destinés à la création d’un orphelinat à Savannah. Éloquence pathétique, ton inspiré, imagination ardente, il avait tous les dons nécessaires pour agir sur les foules ‘. Il évitait les temples et prèchait en plein air des doctrines peu éloignées en réalité de celles de l'Église officielle, mais il s’attachait surtout à réveiller la foi, à animer d’une vie nouvelle ce qui n'était plus que le squelette de l’ancien système.
En Virginie sa parole excita presque une révolution en enflammant le zèle des presbytériens écossais-irlandais contre l'Église épiscopale. Vainement le gouverneur et le conseil de la province puisèrent-ils dans l'arsenal des vieilles lois persécutrices pour repousser ce nouvel assaut des dissidents. On poursuivit les New Lights comme faisant profession d’être ministres sous la prétendue « influence d’une nouvelle lumière, d'une impulsion extraordinaire et d’une soi-disant connaissance inspirée », et conduisant ainsi les gens innocents et ignorants à toutes sortes de faussetés. Sous l'action vigoureuse de Whitefield, le mouvement se développa, le peuple acclamait les dissidents persécutés et s’assemblait pour les entendre prècher sous les fenêtres des prisons où on les jetait. Patrick Henry déclarait qu'il n'avait jamais entendu un plus grand orateur que Samuel Davies, chef de toutes les sectes pres.
4. Franklin, dans son autohiographie, conte l’anecdote suivante : « J'étais loin de désapprouver le projet de M. Whitefeld concernant les orphelins; mais comme la Géorgie manquait de matériaux et d'ouvriers, je pensais qu’au lieu d’en envoyer, à grands frais, de Philadelphie, il serait préférable de construire le refuge dans cette ville, et d’y faire venir les enfants, Je lui avais donné cet avis, mais, obstiné dans sa première idée, il le rejeta,et, de mon côté, je refusai ma contribution, Peu de temps après, assistant à l’un de ses sermons, dans le cours duquel j'avais pu comprendre qu’il allait terminer par une collecte, je m'étais bien décidé à ne lui rien donner. J'avais dans ma poche une poignée de monnaie de cuivre, en argent trois ou quatre dollars, et en or quatre ou cinq pistoles. Comme il continuait de parler, je commençai à fléchir et je me laissai résoudre à donner le cuivre. Un autre passage de son sermon, m’ayant impressionné, me rendit honteux de ma résolution, et je me promis de donner l’argent que j'avais sur moi; enfin, il termina d'une manière si admirable, que je versai tout ce que contenait ma poche. » Franklin dit encore de Whitefield : « Une foule immense de toutes les sectes allait à ses sermons, et je me plus à observer l'empire de sa parole sur ses auditeurs, qui tous le respeclaient et l’admiraient malgré le sans-façon avec lequel il leur disait qu'ils étaient naturellement moilié béles et moitié diables. L'effet qu'il produisait était remarquable : d’indifférents qu’ils étaient en matière religieuse, tous nos concitoyens parurent ne plus s'occuper ‘que de religion ; ainsi, L soir, on ne pouñvail passer dans les rues sans entendre partout chanter les psaun :s. »
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ÉTAT SOCIAL ET INTELLECTUEL. 453 bytériennes en Virginie‘, L'esprit antiépiscopalien ne cessa de faire des progrès; un act de l’Assemblée (1748) dut concéder officiellement aux bureaux des paroisses ce qu’ils possédaient de fait depuis longtemps, le choix de leurs propres ministres.
Whitefield visita plusieurs fois les colonies et prêcha dans nombre de villes, aussi bien dans la Nouvelle-Angleterre que dans les provinces du centre et du sud, où il avait concentré ses premiers efforts. C'est de cette période que date le système, singulièrement développé dans des temps plus récents, des revivals ou crises religieuses. qui ont marqué d'une empreinte si vive le caractère moral et intellectuel de la nation. Mais tous ces efforts et les incontestables succès des revivalists, tout en ranimant périodiquement la foi chancelante, n’empèchèrent point la religion de perdre de plus en plus en Amérique son importance politique, son action directe sur les affaires publiques des colonies et plus tard des États. La tendance du méthodisme était d'ailleurs beaucoup plus vers les préoccupations du « salut individuel », qui fait abstraction de la politique, que du côté des anciennes vues théocratiques du « salut de la société ».
Enseignement, collèges : Harvard, William and Mary.
Sauf dans la Nouvelle-Angleterre, où existait déjà une organisation assez avancée d'écoles publiques, soumises au contrôle de l'Église, les colonies n'avaient encore à peu près rien fait pour l'enseignement populaire. Cependant la bigoterie des anciens temps faisait place à des idées plus larges; le goût de la lecture, des sciences, des raflinements sociaux, commençait à se propager. Ce résultat était dû non seulement à l'instruction que les lils des planteurs allaient chercher en Angleterre, mais encore à l'hcureuse action qu'exerçait déjà l’enseignement donné dans les six collèges que possédaient les colonies avant 1760. Deux de ces établissements furent fondés dès le xvu° siècle, le collège Harvard dans le Massachusetts en 1636, et le collège William and
1. C'est Samuel Davies qui, après la défaite de Braddock, signala « cet héroïque jeune homme, le colonel Washington, que la Providence a conservé d’une manière si marquée pour quelque grand service à rendre à son pays. » Davies fut le suc-
cesseur de Jonathan Edwards comme président du collège de Princeton, TI 28