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colères de la foule, qui naguère s'étaient portées sur les receveurs présumés de la taxe du timbre, poursuivaient maintenant les agents douaniers. De temps à autre des bureaux étaient brusquement envahis, tous les meubles brisés, tous les papiers brûlés, forme habituelle de la protestation populaire. En février 1768 l’Assemblée du Massachusetts envoya une circulaire aux Assemblées des autres provinces pour recommander l'union dans la résistance. Le ministère enjoignit au gouverneur Bernard d'exiger le retrait des résolutions qui avaient donné lieu à cet écrit séditieux. L’Assemblée refusa par 95 voix contre 17 et fut aussitôt dissoute (juillet 1768). Le gouverneur avait demandé l'envoi de troupes à Boston ‘. Des délégués de plusieurs comtés de la province se réunirent en convention à Faneuil Hall en septembre et rédigèrent des adresses de protestation contre le projet d'imposer une garnison à leur capitale. Les troupes que Bernard attendait avec tant d'impatience arrivèrent cependant d'Halifax le 28 septembre. Sept vaisseaux de guerre entrèrent dans le port et débarquèrent un millier d'hommes avec de l'artillerie. Les soldats défilèrent à travers les rues étroites (1° octobre 1768) et occupèrent Faneuil Hall et d'autres monuments publics, les magistrats de la ville refusant de fournir des logements. Trois mille hommes arrivèrent encore peu de temps après (10 novembre) et Bernard put supposer que le temps des épreuves était passé.
Townshend était mort subitement à la fin de 1767, mais les principes qui avaient inspiré sa politique coloniale lui survécurent. Hillsborough, son successeur, les adopta et ne parla plus que de dompter la rébellion américaine. Il se sentait soutenu par l'opinion publique. Personne à Londres n'osait prendre la défense des colons; leur conduite semblait extravagante et leurs prétentions ridicules : « Il n’est pas un Anglais, écrivait Franklin, qui ne croie posséder sa petite part de souveraineté sur l'Amérique, qui ne se hisse sur le trône à côté du roi et ne blâme fort nos sujets des colonies. » L'attitude des habitants du Massachusetts était principalement jugée scandaleuse. Aussi, lorsque le Parlement se réunit en décembre 1768, Hillsborough et lord North n'eurent-ils aucune
4. « I y a bien ici un gouvernement, écrit-il à Londres, mais il est entre les mains du peuple de la ville! »
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inlimidation des Chambres anglaises. La session de l'Assemblée s'ouvrait à Williamsburg (mai 1769). Au nombre des députés se trouvaient Patrick ;
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bres, L'harmonie semblait parfaite, Mais le 16 furent proposées
des résolutions refusant une fois de plus au Parlement le droit d'imposer des laxes aux colonies, lecommandant l'union entre les
s colons, et Prolestant contre l'application à l'Amérique d'un Slalut suranné de Henri VIII. L'Assemblée vola sans débat; le lexte des résolutions fut transmis aux Assemblées des autres colo. uies, Le BOuverneur, fidèle à ses instructions, dut dissoudre ] Chambre des Burgesses, La plupart des députés se r sitôt à la taverne de Raleigh et signèrent un plan que Washington avail préparé avec Mason pour l'organisation bien définie et pratique d’une association générale des planteurs du objet l'interdiction d'importer ou d'acheter de
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anglaises ‘. Ainsi la Virginie, que l'on aurait pu, en Angleterre, croire désintéressée dans la question, ne montrait pas moins de résolution que le Massachusetts dans la résistance. L'exemple des deux plus grandes colonies était suivi par les autres. Partout les Assemblées s'obstinaient à refuser d'obéir à la loi relative au logement des troupes, votaient des résolutions analogues à celles de la Virginie et encourageaient les associations de non-importation. Les gouverneurs n'avaient que l’arme de la dissolution. Ils en usaient et abusaient sans rien modifier à la situation.
Cette ténacité américaine commençait à lasser le cabinet anglais et aussi l'opinion publique dans la métropole. Les ministres se sentaient mal armés pour prolonger cette lutte sur le terrain du droit. Sans cesse des difficultés légales entravaient leur action; ils n’osaient point s'engager aveuglément dans l'arbitraire, même à l'égard de rebelles aussi obscurs et aussi méprisables qu'étaient encore les colons pour l'immense majorité de la population du royaume. Les négociants de Londres se plaignaient de la diminution considérable de leurs exportations en Amérique. Aux Communes Conway disait : « La taxe sur le thé, avec une grande armée pour la percevoir, a produit trois cents livres sterling au sud et rien au nord ». « Pour un misérable revenu, dit lord Beauchamp, nous perdons l'affection de deux millions d'hommes. »
Il faut ajouter que le gouvernement trouvait à sa porte, à Londres mème, de bien plus graves sujets de souci que ceux que lui pouvait donner l'Amérique, si lointaine, si mal connue. Des émeutes éclataient dans la capitale contre les familiers du roi. Wilkes, qui avait insulté dans le North Brilon tous les pouvoirs constitués, se faisait expulser du Parlement et devenait l’idole du peuple. Le mystérieux Junius publiait ses lettres. Qui, en dehors de quelques fonctionnaires spéciaux ou de quelques membres des Communes bien informés sur la question, avait, au milieu de ces agitations domestiques, le loisir de songer aux compatriotes du nouveau continent? Pownall ne fut même pas honni par les « Amis
4. Washington à Mason, 5 avril 1769 : « On n’a rien obtenu par les adresses au trône et les remontrances au Parlement. Il y a les armes; il faudra peut-êlre en user, Il nous reste à essayer jusqu’à quel point nous pourrions forcer leur attention sur nos droits et privilèges en affamant leur commerce et leurs manufuctures, »
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LA TAXE SUR LE THÉ. 469 du roi », lorsque vers la fin de la session (avril 1769) il proposa le rappel des dernières lois coloniales. Les ministres avaient déjà songé à ce rappel. Un succès décisif que la cause de l'autorité venait d'obtenir dans l'État de New-York les encouragea dans les idées de conciliation. Deux fois l’Assemblée de cette province avait dû être dissoute pour refus de voter les fonds nécessaires à l'application du Mutiny act. Enfin en janvier 1769 le parti du gouvernement manœuvra avec une grande habileté pour les élections nouvelles. Il flatta tous les intérêts, gagna les négociants en fermant intelligemment les yeux sur la contrebande, les gens d'affaires en se déclarant favorable à une extension du papier-monnaie, le populaire en l’ameutant contre les gens de loi. Le résultat fut que, dans ces élections, les dernières à New-York sous l'autorité de la couronne, les modérés l’emportèrent sur les Fils de la liberté.
Toutes les taxes sont abrogées, sauf celle sur le thé (1770).
En Angleterre, le vent tournait de plus en plus à l’apaisement. Les ministres libéraux insistaient dans le conseil pour qu'on fit quelque tentative en vue de regagner les colonies. Lord North, seul, résistait. Des ordres confidentiels furent néanmoins envoyés au général Gage, commandant des troupes en Amérique, l’autorisant, s'il le jugeait convenable, à retirer ses régiments de Boston. On songeait à rappeler Bernard, le gouverneur du Massachusetts, trop visiblement porté aux mesures violentes de ‘pression, et à le remplacer par le sous-gouverneur Hutchinson 4&: les Bostoniens accepteraient sans doute plus volontiers, puisqu'il était un enfant de leur ville. On offrait à la Virginie l’appt de larges satisfactions à ses visées sur les lerres de l’ouest, dont elle réclamait la juridiclion.
La question du rappel des taxes fut agitée officiellement en conseil, la veille de la prorogation du Parlement (1° mai 1769). Il y eut unanimité pour l’abrogation de toutes les taxes autres que celle sur le thé. Cinq membres (Grafton, Camden, Granby, Conway, Hawke) furent d'avis qu'il fallait aller jusqu'au bout dans le changement de politique et renoncer au droit sur le thé comme aux autres, Les ministres amis de Shelburne avaient commis la faute
de le laisser écarter du cabinet. Sa présence eùt assuré l'adoption de la mesure complète et prévenu peut-être de grands événements et de grands malheurs. Quatre autres membres (Rochford, Gower, Hillsborough et Weymouth) opinèrent pour le maintien de la taxe. Restait lord North qui ne tenait guère à l'impôt sur le thé, l’estimant à sa juste valeur, mais dont toute la politique se ramenait à l’unique souci d'être agréable au roi. Il fut d'avis que la taxe du thé fût maintenue, non pour le revenu qui était nul, mais pour le principe.
Lorsqu'une nouvelle crise ministérielle, renversant la faible administration de lord Chatham, eut rendu le pouvoir aux « Amis du roi », et que lord North, comte de Guilford, grand favori de George III, fut devenu le chef du cabinet, on ne crut pouvoir se dispenser de tenir la promesse faite aux agents des colonies par le ministère précédent. Lord North ne manquait ni de finesse d'esprit, ni de connaissances variées. De solides et sérieuses qualités de debater lui permirent de tenir tête longtemps à une opposition qui comptait dans ses rangs Burke, Fox, lord Chatham, lord Camden, et le second Pitt. Il ne manquait même pas de clairvoyance politique, car il s’aperçut presque toujours, au moment où il s'engageait dans une des mesures irréparables qui conduisirent à la perte de l'Amérique, qu'il commettait une faute. Mais tout en voyant juste, il ne voulait que ce que voulait le roi. Il n’était point de taille à prendre l'ascendant sur cet esprit malade, détraqué. Ne pouvant diriger son souverain, il se laissa tristement conduire par lui, tout en comprenant qu'ils marchaïent tous deux aux abimes. Esprit délié, sans hautes visées politiques, homme d'État d'ordre très inférieur, tel était le ministre qui, pendant douze années, allait tenir le gouvernail, et devenir après son maitre l'artisan le plus directement responsable de la scission des colonies.
Au commencement de 1770, le bill d'abrogation des taxes fut présenté et débattu. Le thé seul était excepté. Des mesures étaient prises pour que le sacrifice, imposée aux Américains, fût à peine sensible; mais il fallait que la suprématie de la couronne et du Parlement fût établie par un fait tangible. Grenville, le rival de lord North, accabla de sarcasmes les inconséquences des proposi-
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